31 août 2005

égocentrisme et insignifiance

Réussir à cesser d'évoquer les autres. Il faudrait en arriver à ne parler que de soi et de choses insignifiantes pour ne pas entacher la réputation des gens, transformer leurs dires ou interpréter leurs gestes. Bien sûr cela soulève un certain nombre de problèmes.

Le premier relève de la question de la signifiance (c'est très mal dit). Problème de ce point: certains êtres sont insignifiants et on pourrait donc en parler. De plus, outre le degré cinq cent de subjectivité que cette considération implique, il faudrait veiller à ce que ma notion d’insignifiant soit commune à celle de mon interlocuteur…Avant de lancer la conversation, il serait donc nécessaire de procéder à une sorte d’échange de nos listes respectives de thèmes ou personnes insignifiants. Dans de telles circonstances, établir un dialogue s’avérerait particulièrement fastidieux et briserait tout effort d’économie que le langage a instauré. Le plus simple serait donc de ne pas parler du tout des autres.

Le second problème est celui du vide, de l’ennui.
Imaginons telle rencontre:
--« Tiens, aujourd’hui, j’ai bu un verre avec X et nous avons pu discuter pendant quelques heures…
--Ah, discuter de quoi ?
--Je suis désolé, mais je ne peux m'avancer à résumer le contenu de cette discussion. Cela équivaudrait probablement à trahir les pensées de X, que je ne pourrais transposer fidèlement. »

Ridicule assuré.

On pourrait concevoir qu’il suffirait de tout transcrire, mais nous retournons alors au problème du laborieux… De plus, aucun écrit n’a jamais rendu de façon exacte des paroles (problème de l’absence d’intonation, etc. Basique).

Ce qui est surtout très drôle, c'est qu'une telle renonciation serait vraisemblablement considérée comme de l’égocentrisme alors qu’il s’agit au contraire du plus pur désir de philanthropie jamais imaginé… ça pourrait être intéressant.

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