L'écriture automatique, c'est un peu comme un joueur du standard bien éduqué, l'infini ou la littérature belge (on le saura), ça n'existe pas. Avant de poursuivre gentiment l'exposé de ce point de vue qui n'a rien de révolutionnaire, je vous invite à entrer n'existe pas dans votre moteur de recherche - on trouve des trucs épatants
Selon Breton (p.33 dans l'édition Folio des manifestes du surréalisme), "la vitesse de la pensée n'est pas supérieure à celle de la parole et ne défie pas forcément la langue, ni même la plume qui court". Si on lie à la première idée de Breton la définition qu'il donne du surréalisme ("Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale"), on est en droit de s'attendre à du très neuf, de l'inouï.
Il me semble pourtant que Breton ne fait que récupérer le procédé du monologue intérieur (cf. Dujardin). On sait qu'approcher la fidélité de retranscription de celui-ci est une tâche plus que compliquée : on peut ôter la ponctuation, mais ça reste un peu bancal - dans L'Innommable, on peut relativement s'y retrouver grâce à un auto-discours qui n'est pas fidèle à la réalité. L'idéal, pour rendre une bonne apparence monologue intérieur, ce serait de mêler - à mon avis - cette absence de ponctuation à des abrèv. et de la très private joke. Pour rester lisible, le monologue intérieur devrait être partiel et accompagné d'un guide, narrateur omniscient.
Pour le moment, l'exemple qui m'a le plus convaincu à ce niveau figure dans certains extraits de L'Île Atlantique de Tony Duvert:
("Tatanes refuge. Agress. Peur pan. Du mond. Lui. Enormes bateaux... comment... Péniches. Disent argot péniches. Pénis. Non. Pas. Des berceaux. Marche dans des. Berceaux blindés. Ferrés. Blockhaus. Déchaussé va pleurer. Piauler maman. Tomber accordéon. Il a. Peur.") (p.242, dans l'édition Minuit).
L'écriture automatique aurait du (et devrait encore) ressembler, si elle suivait ses définitions, à ce genre d'extrait de Duvert.
Bien sûr, c'est beaucoup plus gai de se la jouer Rimbaud période Londres et d'écrire
Autour de nous, j'ai tout de suite vu que les différents objets sentimentaux n'étaient plus à leur place.
Ce type d'écrit est toutefois légitimisé (c'est la seule façon) par la présence, dans le discours surréaliste, de cette volonté d'hallucination. Simple (entendez "naturelle") chez Rimbaud*, elle est travaillée, provoquée, factice chez les surréalistes. Or, si l'accompagnement de drogues, d'hypnose ou que sais-je encore fausse un peu - il me semble (quoique pour l'hypnose...) - le processus de dictée de la pensée, il peut néanmoins permettre un ralentissement de celle-ci et donc une plus fidèle transcription.
En fait, l'écriture automatique, c'est du monologue intérieur mal fichu (puisque trop constuit) et abruti (puisque vicié).
*Je m'habituai à l'hallucination simple : je voyais très franchement une mosquée à la place d'une usine, une école de tambours faite par des anges, des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d'un lac ; les monstres, les mystères ; un titre de vaudeville dressait des épouvantes devant moi.
(Délires II - Alchimie du Verbe)
[Notons que Breton aura l'audace de vouer l'Ardennais aux gémonies dans le deuxième volet de son manifeste, jugeant que Rimbaud, en n'empêchant pas totalement la possibilité de lectures déplorables (c'est vrai que le coup du "mystique sauvage" de Claudel, était justifiable textuellement et au prix de quelques pirouettes) avait voulu le tromper. On se demande qui a le plus trompé l'autre.]

Sur quelques points des passerelles de cuivre, des plates-formes, des escaliers qui contournent les halles et les piliers, j'ai cru pouvoir juger la profondeur de la ville! C'est le prodige dont je n'ai pu me rendre compte: quels sont les niveaux des autres quartiers sur ou sous l'acropole? Pour l'étranger de notre temps la reconnaissance est impossible.
Selon Breton (p.33 dans l'édition Folio des manifestes du surréalisme), "la vitesse de la pensée n'est pas supérieure à celle de la parole et ne défie pas forcément la langue, ni même la plume qui court". Si on lie à la première idée de Breton la définition qu'il donne du surréalisme ("Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale"), on est en droit de s'attendre à du très neuf, de l'inouï.
Il me semble pourtant que Breton ne fait que récupérer le procédé du monologue intérieur (cf. Dujardin). On sait qu'approcher la fidélité de retranscription de celui-ci est une tâche plus que compliquée : on peut ôter la ponctuation, mais ça reste un peu bancal - dans L'Innommable, on peut relativement s'y retrouver grâce à un auto-discours qui n'est pas fidèle à la réalité. L'idéal, pour rendre une bonne apparence monologue intérieur, ce serait de mêler - à mon avis - cette absence de ponctuation à des abrèv. et de la très private joke. Pour rester lisible, le monologue intérieur devrait être partiel et accompagné d'un guide, narrateur omniscient.
Pour le moment, l'exemple qui m'a le plus convaincu à ce niveau figure dans certains extraits de L'Île Atlantique de Tony Duvert:
("Tatanes refuge. Agress. Peur pan. Du mond. Lui. Enormes bateaux... comment... Péniches. Disent argot péniches. Pénis. Non. Pas. Des berceaux. Marche dans des. Berceaux blindés. Ferrés. Blockhaus. Déchaussé va pleurer. Piauler maman. Tomber accordéon. Il a. Peur.") (p.242, dans l'édition Minuit).
L'écriture automatique aurait du (et devrait encore) ressembler, si elle suivait ses définitions, à ce genre d'extrait de Duvert.
Bien sûr, c'est beaucoup plus gai de se la jouer Rimbaud période Londres et d'écrire
Autour de nous, j'ai tout de suite vu que les différents objets sentimentaux n'étaient plus à leur place.
Ce type d'écrit est toutefois légitimisé (c'est la seule façon) par la présence, dans le discours surréaliste, de cette volonté d'hallucination. Simple (entendez "naturelle") chez Rimbaud*, elle est travaillée, provoquée, factice chez les surréalistes. Or, si l'accompagnement de drogues, d'hypnose ou que sais-je encore fausse un peu - il me semble (quoique pour l'hypnose...) - le processus de dictée de la pensée, il peut néanmoins permettre un ralentissement de celle-ci et donc une plus fidèle transcription.
En fait, l'écriture automatique, c'est du monologue intérieur mal fichu (puisque trop constuit) et abruti (puisque vicié).
*Je m'habituai à l'hallucination simple : je voyais très franchement une mosquée à la place d'une usine, une école de tambours faite par des anges, des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d'un lac ; les monstres, les mystères ; un titre de vaudeville dressait des épouvantes devant moi.
(Délires II - Alchimie du Verbe)
[Notons que Breton aura l'audace de vouer l'Ardennais aux gémonies dans le deuxième volet de son manifeste, jugeant que Rimbaud, en n'empêchant pas totalement la possibilité de lectures déplorables (c'est vrai que le coup du "mystique sauvage" de Claudel, était justifiable textuellement et au prix de quelques pirouettes) avait voulu le tromper. On se demande qui a le plus trompé l'autre.]

Sur quelques points des passerelles de cuivre, des plates-formes, des escaliers qui contournent les halles et les piliers, j'ai cru pouvoir juger la profondeur de la ville! C'est le prodige dont je n'ai pu me rendre compte: quels sont les niveaux des autres quartiers sur ou sous l'acropole? Pour l'étranger de notre temps la reconnaissance est impossible.
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