06 avril 2006

implication(s)

En empruntant l'escalator qui me conduit du premier étage au niveau zéro d'un de ces magasins de vêtements dont on pourrait comparer la floraison avec celle, négativement fulgurante, des centres de restauration rapide, j'entends une voix enfante pleurnicher derrière moi un "je ne me sens pas très bien" des plus mièvres. Par réflexe – mon inconscient a probablement lié cet énoncé à l’idée de vomissure – je saute deux marches de l’escalier en mouvement. La gamine s’écroule presque instantanément et sa mère la retient comme elle peut, ce qui m’apparaît comme un bel effort, oui, mais plutôt superflu. Une dizaine de secondes plus tard, la course entre les étages est terminée et le petit corps gît devant un rayon de pantalons du rez-de-chaussée, tout agité de convulsions assez amusantes, je trouve. Comme personne ne vient aux nouvelles, je dis à la mère qu’on pourrait l’achever. Elle me considère incrédule et hébétée, comme si elle n’avait pas compris ma proposition. « Oui, une manchette ici, paf, et on n’en parle plus ». J’amorce le geste et l’effectue au ralenti pour qu’elle puisse juger de la pertinence de mes propos et de mon savoir faire, amenant doucement l’extrémité de ma main, paume tournée vers moi, vers la petite nuque toute tremblotante, on dirait un écureuil (je sais que, selon les diverses traditions, le coup peut être porté en d’autres points, mais, hé, je ne vais pas lui donner un cours d'ethnologie à la dame). Devant la définitive absence de réaction maternelle, je reste un moment à hésiter en donnant de petits coups de pied dans la gesticulante évanouie, avant de demander : « bon je peux alors ? », et la mère de répondre en un cri déchirant quelque chose que je ne comprends pas vraiment, mais il me semble que la première lettre était une consonne nasale (après ça tendait vers un long [a], mais avec un je-ne-sais-quoi de coulant vers le [oe], c’est très difficile à faire). « Bon, bon, bon, si on ne veut pas de mon aide, autant prendre congé », murmuré-je en constatant que, de toutes façons, des vendeuses se précipitent vers nous et que la dame ne sera pas seule. En sortant du magasin, je hèle un flic bleuâtre auquel je signale qu’il y a à l’intérieur une gosse pas en forme et que sa mère ne veut pas qu’on l’achève. « C’est ce qu’on va voir », répond l’apostrophé en caressant la gaine de son Beretta 92.

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Avant de monter dans le bus, je repère une trentenaire portant une veste en jean sur laquelle des diamants forment le nom Rapsat, en grand, dans le dos. Un examen de son sac à dos révèle des symptômes pathologiques qui corroborent mon diagnostic : une kyrielle de badges faits main à l’effigie de feu le chanteur... Elle entame alors la conversation avec une amie et… Et puis non. Il me semble qu’il serait temps d’instaurer une véritable mise à distance de la gratuité ou de s’en prendre à des éléments susceptibles de répondre (mais on entre alors dans une impasse, puisqu’il n’y a aucune raison de les railler, ceux-là).

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