06 septembre 2006

Le retour 3

Les quatre premiers sièges à gauche du troisième wagon sont occupés par deux employés qui regagnent Liège après leur journée de travail. Ils discutent des filles qu'ils tentent péniblement de lever sur meetic et pèsent entre 200 et 250 kilos à eux deux. Pour l'une d'elle, qui habite Chimay, le moins gros serait capable de reprendre un train directement, dès qu'il arrive aux Guillemins. Il ne l'a jamais vue, mais il en est amoureux. Il y en a une autre avec qui il a chatté une fois et qui est passionnée de World of Warcraft : ils n'ont parlé que de ça pendant deux heures. Alors que la communauté imaginative s'étiole peu à peu, le plus gros revient vers une discussion qui concerne leur entreprise et, donc, vers des collègues qu'il visualisera absolument, sans devoir collecter des informations pour recomposer un portrait approximatif qui n'approchera de toutes façons pas le sujet original. Ils en viennent rapidement à plaindre ceux qui ont une famille et ne peuvent se permettre de jouer en réseau le week-end (le vendredi soir, c'est les meilleures parties).

Et tout leur discours apporte, malgré eux, de l'eau au moulin de certains buts de vie, qui se construisent par opposition, négativement, mais qui se construisent : le voeu de ne jamais devenir un héros de Houellebecq.

Pendant que je trace la conclusion au dos d'un formulaire cartonné de la KBR, ils se trouvent une nouvelle communauté, celle des armes qu'ils choisissent dans tel JDR. Une arbalète, une arme légère et une arme lourde. Mais ils n'utilisent jamais cette dernière.

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