26 octobre 2007

Cemented shoes

L'ipod, ces derniers mois, a provoqué sur ce blog le déclin des posts consacrés aux transports en commun. En effet, ce délicat petit bout de plastique (ou d'acier? ou de ce fameux métal qui n'existe pas?) me permet de me couper définitivement du monde, lové dans mon siège de bus, et de posséder désormais le don de me plonger dans n'importe quelle lecture sans avoir à composer avec les tribulations du petit univers mobile duquel je participe sans participer, en devenant élément passif et non-concerné du décor (ça n'a pas toujours été le cas). Mais pas le jeudi. Le jeudi, c'est le marché d'Herstal, et je ne peux m'assoir dans le bus. Ma place et celles qui, d'ordinaire, sont vacantes sont réquisitionnées par une armée de petites vieilles permanentées à cabas, clignant des yeux de verre entre elles et songeant à leur déambulation proche et faussement préoccupée dans la brume empestée de Gorgonzola et les travées de toile blanche doucement ruisselantes. Le jeudi, ma lecture de La tache de Philip Roth ne progresse pas, à moins que j'accepte de me casser la figure dix-sept fois et de devoir m'interrompre pour aider à décharger les cabas, comme je décharge les poussettes. Le jeudi, l'ipod dans les oreilles, je regarde monter et descendre les personnes âgées, qui recréent dans le bus une certaine forme de sociabilité vaguement mondaine, sans rites d'introduction (ou alors les adeptes ont depuis longtemps réussi l'épreuve) et sans véritable leader, mais soutenue par une routinisation indéniable et qui permet d'entretenir leurs petits sourires. Et sans avancer dans ma lecture, je profite peut-être plus de la playlist du mois, qui, à l'image d'un automne sans grosses surprises, est une suite prévue de petites minutes douces-amères.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

L'ipod sur les oreilles, tu es prêt à te fondre au sein de la foule de milliers de tes congénères montréalais, métroïdes ou coureurs de fond qui se croisent mais ne se parlent pas, qui se toisent mais ne râlent pas, et voilà que je tente de faire de la poésie maintenant.
Ca devient n'importe quoi.

Anonyme a dit…

Oulah oui. Mais les derniers jours n'étaient pas plus incarnés, vivants?
(Ce colloque sur les Goncourt?)