Alors que le mec derrière le comptoir tend un paquet de frites en gueulant presque un euro cinquante, le ou la triso sourit en lui présentant quatre pièces rouges. Les toutes petites qui traînent parfois au fond des poches et qui font plus chier qu'autre chose les clodos normaux quand on leur en file pour faire semblant de se donner des airs compatissants. J'ai le temps de compter sept centimes d'euro (trois pièces de deux, une de un) avant le vendeur et de relever les yeux sur celui-ci, qui ne semble pas connaître le personnage et dont je perçois le basculement dans la colère : - putain, mais il se fout de ma gueule ou quoi, c'est quoi ce blaireau. Visiblement, il lui donne un sexe sans hésiter et ce serait un comme le mien. Depuis les trente minutes qu'il (ou elle) me colle, je n'ai toujours pas réussi à le (la?) cerner, cette chose. C'était rentré dans le bar dans lequel j'étais assis à picoler et ça s'était directement pris une droite du serveur (ça doit être un mec, en fait, il aurait pas frappé une femme quand même) qui lui indiquait la sortie en laissant tomber les mots que, de toutes façons, son interlocuteur n'avait pas l'air de piger. Ca grognait et pleurait quand je l'ai récupéré dans la ruelle, mais ça ne parlait pas vraiment. Ca avait des cheveux assez longs et gras et pas des masses de dents, des yeux plissés qui lui donnaient une face de macareux, mais en laid. Comment ça survivait ces types-là? Le truc s'est accroché à mon bras et poussait des gémissements plutôt flippants. La situation était plutôt crasseusement malsaine, comme une nouvelle que Thomas Gunzig aurait rapidement bâclée. Je l'ai trimballé un moment à travers les ruelles en tentant je ne sais pas trop quoi. Peut-être tomber sur une équivalence ou un propriétaire. Ca pesait son poids et ça se laissait pendre, ça m'emmerdait. Puis il m'a tiré en indiquant plus ou moins la baraque à frites. Il a désigné un ravier vide au vendeur. Le gars l'a servi et gueulé devant les petites pièces. Là, je suis intervenu, bon Samaritain jusqu'au bout, pour dire au mec que ça allait, du calme, c'est moi qui payais. Mais j'ai ajouté que je le faisais seulement s'il me le gardait le mongol cinq minutes, le temps de me casser. Il a accepté, j'ai dit qu'il garde la monnaie et j'ai mis les voiles. Le gars de la friterie a chopé la manche du mongol quand il s'est retourné. Il ne lui a rien dit d'abord, je crois (je n'ai rien entendu), il l'a juste accroché plutôt doucement et je ne me suis plus retourné pour ne pas revoir l'autre. J'ai changé de quartier, repris quelques blancs dans un café que je n'aime pas, puis j'ai récupéré la bagnole que j'avais laissée sur l'autre rive et je suis rentré à la maison. Mais comment ils survivaient ces types-là?
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