07 mars 2007

immobile bien sûr

En me faisant apposer, après avoir tendu un billet de cinq euros, le cachet qui me permettrait de quitter et réintégrer la salle à mon gré (mais sans verre, monsieur), j’ai jeté un œil par-dessus l’épaule du préposé aux entrées pour constater que l’affluence s’élevait probablement à vingt-cinq individus. J’ai commandé un tango et suis entré en conversation avec la première personne dont j’aurais pu avancer le prénom avec certitude (ou presque, un nom en « a », je dirais).

J’ai consacré l’essentiel de mon temps à regarder les mouvements vains et ridicules de danseurs de nylon, accompagné dans un premier temps d’E. et O., arrivés peu après moi, mais qui m’abandonnèrent rapidement, les vils, l’alcool bon marché ayant tôt fait de provoquer une émanation de bonne humeur qui les encouragea à rejoindre la piste de danse. J’ai rejoint le bar en toisant un peu les gens, désagréable, jouant mon jeu - l'oeil fixant dur un détail du désert s'emplit de larmes.

V. m’a retrouvé. Il débarquait à l’instant et, considérant l’assemblée théâtralement – comme s’il la prenait seulement en compte à présent, moi aperçu, alors qu’il l’avait observée dès son premier pas dans la salle dont le contenu avait, depuis mon arrivée, quadruplé au moins deux fois – m’a confié qu’il était particulièrement heureux que son village n’ait pas le monopole des soirées mal famées. J’ai un peu forcé le sourire, mais j’étais réellement enchanté qu’il échoue sur moi, comblant le vide instauré par l’absence de mes compagnons éméchés. Déception fulgurante.

La présence de V. tenait plus à son désir de rencontrer ici quelqu'une avec laquelle il pourrait passer un laps de temps variable – la nuit au moins, quelques jours au plus, peu importait au fond – qu’à sa volonté de refaire le monde avec ses amis près d’un stroboscope qui tiendrait lieu de feu de camp. D’un côté, c’était peut-être tant mieux car, j’avais beau creuser, je ne distinguais aucune raison valable qui aurait justifié mon opiniâtreté à m’éterniser là.

Je réussis à soutirer V. à sa conquête (il lui avait fallu une demi-heure ou un peu plus pour s’attirer les faveurs d’une jeune fille dont j’estimais l’âge à dix-sept ans, trop maquillée et fringuée comme pas possible, dommage parce que plutôt mignonne sinon) l’espace d’un quart d’heure, le temps qu’il me parachute dans le centre, moyennant la cession de mes tickets boissons qui lui donnaient droit à trois bières, mais il me déposait avant de les commander, n’est-ce pas ?

Au retour, le chat, qui avait profité de moi pour retrouver la chaleur de la chambre, a fatigué les draps soigneusement pliés en ronronnant son opinion, puis s’est déployé et, les yeux fermés, s’est mis en veille avec sur la gueule l'impression de [les derniers mots de Mal vu, mal dit].

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