15 septembre 2005

TEC forever

Il faudrait peut-être calculer le temps que je passe dans le bus. Ou à l’attendre. Je finirai par croire que la finalité de mon existence est étroitement liée à ce moyen de transport. En fait, si on considère mes échecs en voiture comme des Signes Divins, tout s’arrange… Je donnerai en sacrifice le premier imbécile qui osera s’en moquer –c’est dit.

Il y avait une sorte de couple d’indigents. Un vieux, jouant les savants, bonnet posé sur la tête (une sorte d’hommage à feu Cousteau ?) et complet gris. Son compagnon est plus jeune. Il porte également un vieux costume. Mal rasé, air hagard et bouteille de blanc à la main. Il ressemble fort à Massimo Troisi, en fait.
Dans un premier temps, le vieux se renseigne auprès du chauffeur : il aimait bien un autre chauffeur, un jeune, qui roulait bien. Il est où lui? Vu la précision de la question, l’interlocuteur esquive : il n’en sait trop rien. Je pense qu’il s’agit peut-être de celui qui s’est tué la semaine passée, mais je le garde pour moi. Il ne doit pas avoir des masses de plaisir autant lui laisser l’espoir de revoir son conducteur préféré.

Dix minutes plus tard :
Le vieux : «Tu vois, ça, c’est un vieux château… »
L’autre : « ah…un vieux château… » (coup de blanc)
Silence.

La femme la plus laide du monde pénètre dans le véhicule.
Le silence se poursuit : une telle laideur, ça force le respect.

Après trois arrêts, nouveaux arrivants, je déplace le zoom. Des toxicomanes redescendent en ville et, vaguement, parlent de quelque embrouille et de besoin de méthadone. Ils se posent trop loin pour que je puisse vraiment comprendre.

De toutes façons, un nouveau personnage entre en scène. Grosse. Elle est là depuis quelques arrêts, mais les lumières la fixent seulement vers la mi-trajet. Elle surjoue. C’est un rôle assez dramatique : elle vient de se faire cambrioler (son lecteur dvd, sa télé avec écran plasma, sa chaîne hi-fi…). Ses serrures n’ont pas été forcées, il s’agit donc de quelqu’un de son entourage et elle sait qui c’est. Elle le crie fort. Pas à moi. À quelqu’un à l’autre bout du fil. D’ailleurs, lui, il est vraiment trop con d’avoir laissé traîner les clefs. Quant à l'autre ordure, si elle l'attrape... J’écourte parce qu’après ça devient vulgaire. C’est un peu comme si elle s’adressait à l’ensemble des voyageurs. Du coup, tout le monde l’écoute très attentivement (chacun avait quelque chose à raconter chez lui, en rentrant).

Déplacement de l'objectif. Deux ans que je ne l’avais plus vu et on se tombe dessus deux fois en deux semaines.
J’ai horreur des bus. Ma voiture est en réparation… »
Il s’essuie, chassant l’esprit de poix qui s’installe dans le creux d’une main propre agrippant un axe. Espérant que je le comprenne. Tout à fait.

XXX

Dans le bus du retour, rien de notable. Il y a juste une fille avec la coiffure de Cruella. Mais elle n’a pas de fume-cigarette et ne porte pas de manteau en dalmatien.

De toutes façons, j’ai beaucoup moins envie de lire ou d’écouter les gens. Alors tout le monde la ferme.

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