La monographie que Marcel Coulon consacra en 1927 à Raoul Ponchon a probablement perdu en pertinence avec l'âge, à moins que sa qualité ne fût dès la parution entravée par une trop grande connivence entre le biographe et l'auteur.
Cent cinquante mille vers : c'est-à-dire 20.000 de plus que Hugo, 65.000 de plus que Ronsard, 110.000 de plus que Marot et deux fois plus que nos autres grands lyriques ensemble!
Or, ce chiffre se compte à partir de 1986. Lorsqu'Il arrive à trente-huit ans, Ponchon n'a rien publié, sinon quelques douzaines de rimes.
Avait-il beaucoup produit? - Oui et non. Certes, il est tout à fait loin de la machine qui abattra, en un an, autant que Baudelaire, Heredia et Mallarmé. Cette machine appartient à l'usine journalistique et Ponchon n'entrera dans l'usine qu'en 1886. Mais il faut se garder de le croire le paresseux fieffé que, sincèrement, Il s'imagine être. (M COULON, Raoul Ponchon, Grasset, Paris, 1927).
La comparaison plus ou moins implicite qui suit les deux points est éloquente : Coulon entend placer, quantitativement au moins, Ponchon au-dessus d' "auteurs-éclipses" et relativement scolaires, de monstres sacrés, institutionnalisés (restriction pour Marot, probablement).
Il faut toutefois noter que Ponchon a participé, en 1871, au cercle zutique et a même fourni la dernière pièce de l'album éponyme:
Quand j'vas m'fout' dans l'portefeuille
Ce sera dur jusqu'à tant que je pionce.
Si encor j'rencontrais un'fille
Dans mon pieu, qui m'appelle Alphonse!
Je m'rappelle qu'hier, comme un âne,
J'ai cassé mon dernier carreau,
Et qui fait pus froid, Dieu m'damne,
Depuis que j'y colle le Figaro.
Il n'y a pourtant pas d'erreur sur l'absence de publication évoquée par Coulon, puisque l'album est longtemps resté un simple manuscrit inconnu du public et qui volait de membre en membre, jusqu'à une première édition au début des années trente. L'intérêt de cette auto-censure est d'avoir permis l'édification d'une posture relativement correcte pour certains membres: pour Ponchon, ça aboutira simplement à un biographe trop élogieux; pour Richepin, ça se terminera les fesses posées sur un fauteuil de l'Académie. Ca me rappelle un carnet à détruire, qu'il faudrait retrouver. Il est une heure du matin, tout va très bien, j'ai perdu l'habitude de mai-juin, de dormir dix heures chaque nuit.
1 commentaire:
Intéressant de se relire et de constater qu'on était dans l'erreur : Ponchon n'a pas participé au cercle zutique en 1871. Suivant son grand ami Richepin, aidé de Nouveau et Bourget, c'est en 1872, après que le cerle a probablement disparu, qu'il pose dans l'Album zutique (qu'on - Ch. Cros?- a prêté aux quatre jeunes gens) quelques contributions.
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