J’emprunte le trottoir qui mène à la rue Féronstrée, celui qui passe devant l’Hôtel de Ville et qui trace une sorte de frontière entre le monde réel et le marché de Noël duquel des lutins brachycéphales ont finalement pris possession pendant la nuit, prenant plaisir à diffuser de la musique qui pourrait être définie comme du Chantal Goya meets Eiffel 65, plus insupportable que cette phrase à laquelle la répétition des relatives foireuses parvient à transmettre des vertus vomitives (parler de vertu est ici bien maladroit). Les gens sourient, pourtant, à neuf heures quatorze, ils n’en veulent pas aux lutins, même pas pour le coup du préservatif géant sur le Perron. Désavoeu politique?
Il eût été illusoire de penser que les desseins impérialistes lutins se fussent limités à quelques chalets de bois puant l’urine et le refroidissement du vin chaud : les velléités gnomes englobent la totalité de la ville de Liège et quelques places fortes ont été soumises à rude épreuve ces derniers temps. Ainsi, le bureau des archives de la ville, dont le toit a été canardé à plusieurs reprises, les becs des palmipèdes provoquant une multitude de petites fissures dans le plexiglas, l’eau s’infiltrant jusqu’aux volumes contenant les résultats du recensement de 1881 que, pas de bol, je dois justement consulter.

La dame avec la veste et a robe en jeans tapote gentiment le clavier quand je lui dicte les noms des auteurs belges dont j’espérais découvrir les domiciles respectifs, qui m’auraient mené à la composition de leurs familles respectives – le principe du recensement, somme toute. Si je jouis de la double chance que les résultats de ce recensement ont été encodés sur de fougueux ordinateurs et que les fichiers informatiques n’ont pas encore été attaqués, il n’en demeure pas moins que le temps presse, que tout n’est qu’une question de microsecondes. Une goutte de sueur perle à mon front (une entrée de cette expression figure probablement dans le dictionnaire de Flaubert) et la dame ne tape pas assez rapidement à mon goût. Comme si tout était normal, qu’on avait vachement le temps de récupérer ces infos, qu’aucune menace ne pesait. Et je serre les dents en pensant qu’après l’accomplissement de la mission, j’aurai vraiment besoin de vacances.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire