13 décembre 2006

Welles 2006

L'intéressante (et burlesque) mise en situation proposée ce mercredi soir par la rtbf a engendré des réactions un peu comparables à celles suscitées le 30 octobre 1938 par la lecture de "La guerre des mondes" d'Orson Welles sur la radio CBS. Aujourd'hui, je n'ai pas vu de père de famille enfourner sa femme et ses gosses dans la voiture pour mettre les voiles, mais une sorte d'interrogation dans des regards et d'autres manifestations de crédulité (je me réjouis de lire les journaux de demain, qui devraient compter quelques faits divers notables à ce sujet). La modernité a ses limites.

Note du 14.12.2006, à 1h06: La dernière heure/les sports a été prompte à réagir. Convoquant les sources les plus pertinentes pour établir le procès de la chaîne publique (A cette heure, vous étiez nombreux à nous avoir joint pour nous faire part de votre mécontentement. Ainsi, René n'a d'autre mot que "c'est crapuleux, scandaleux! Cela va provoquer une réaction du côté flamand!" Eric, lui, était prêt à se rendre à la RTBF qui, avec son émission-canular a fait pleurer la maman, bouleversée, du jeune homme. Jean-Louis, lui, a juré que c'était la dernière fois qu'il regardait la RTBF. "D'ailleurs, je coupe cette émission tout de suite", a-t-il dit.), l'organe de presse récupère sans mon autorisation la brillante analogie que j'avais osée en me référant à Welles. Malheureusement, la triste plume du torchon s'est contenté de survoler wikipédia avant de recopier ma comparaison: "Orson Welles avait déjà fait le coup, en 1938, dans une émission radio durant laquelle il avait fait croire aux Américains que les martiens débarquaient chez eux. N'est pas Orson Welles qui veut"... Et le lecteur naïf de s'imaginer que la panique provoquée par Welles était désirée!
L'entreprise de la RTBF n'était peut-être pas absolument intelligente au point de vue stratégie institutionnelle, dans le sens où elle risque de la discréditer auprès du grand public qui s'estimera trompé et ridiculisé (la maman d'Eric n'a-t-elle pas pleuré ?), mais, au-délà de ce coût plus quantitatif que qualitatif, c'est une réussite totale: d'un point de vue artistique et externe, d'une part, puisqu'elle a réinventé un genre et berné presque gratuitement un public immense (un véritable acte poétique, du rêve); d'un point de vue pratique et interne, d'autre part, pour avoir réussi à prouver l'invalidité de l'inquiétante hypothèse mise en place. Clap clap clap.

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