20 avril 2007

engagez-vous!

Le seul intérêt de l'agrégation, c'est, après une année déplorable, de pouvoir se targuer auprès de Français inconnus de son titre d'agrégé, qui, chez nos amis de l'hexagone, est porteur d'un puissant capital symbolique dans la mesure où il n'est obtenu que par l'élite reçue à un concours pour le moins exigeant. Positionnement cynique, on ne se refait pas.

Le petit livre rouge intitulé L'hypocrisie pédagogique de Laurent Demoulin (éditions Talus d'approche, 1999) ne se présente pas comme un discours scientifique dogmatique et c'est probablement sa force. Petit pamphlet dirigé contre l'idéologie d'une pédagogie contemporaine aussi aveugle qu'inefficace, d'une part, et celle véhiculée à l'âge d'or de l'autoritarisme professoral, d'autre part, le texte déconstruit ces deux systèmes en proposant une troisième alternative, sorte de "liberté conditionnelle de l'étudiant", que l'auteur sait utopique, mais qui gagnerait peut-être à être envisagée progressivement. Evidemment, huit ans plus tard, une actualisation du propos est nécessaire (les Di Rupo et Onckelinckx de l'époque ont passé le flambeau à des Arena et Simonet qui méritent également qu'on s'attarde à leur cas), mais le Décret Mission et sa couverture racoleuse sont toujours vantés par certains professeurs de l'agrégation... Et quand certains élèves tentent de s'insurger contre le vide et l'incohérence du discours professé au cours de cette année indispensable à la perspective d'une nomination future, la majorité de leurs condisciples, moutons abrutis d'admiration devant des maîtres dont la position suffit à les convaincre du bien-fondé de l'enseignement qu'ils ingurgitent, refusent de les suivre, convaincus de la légitimité des pages noircies par leurs idoles. L'opuscule de Laurent Demoulin devrait être glissé dans la poche de chaque étudiant en fin de parcours universitaire susceptible d'ouvrir sur l'enseignement. Et quand l'auteur semble regretter d'user quelquefois de l'ironie, "arme facile" selon ses dires, on est tenté de lui répondre, en citant Guitry, que ceux qui la craignent ne craignent que la raison.

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