03 avril 2007

Le pavillon...

Cioran écrivait quelque part qu'il ne comprenait pas que la perspective d'avoir un biographe n'incitait personne à ne pas vivre. Plus sérieusement, il me semble que le risque de générer un métadiscours extérieur doit, de nos jours, freiner considérablement un certain nombre d'auteurs potentiels. Ce sentiment n'est pas neuf, mais il a refait surface à la lecture de The time of the Assassins de Henry Miller. Présenté comme un essai sur Rimbaud, le bouquin vise surtout à montrer comment la trajectoire de l'auteur est pleine de similitudes avec l'Ardennais. L'entreprise serait simplement risible si elle ne convoquait toute une série de fragments textuels auxquels Miller donne d'étranges significations, considérant, par exemple, que le dernier vers de Voyelles (— O l'Oméga, rayon violet de ses Yeux !) réfère à une première petite amoureuse de Rimbaud... Bien gentil tout ça! Elle ne s'appelerait pas Henrika, aussi ? ou Hortense ?
En fait l'exégèse se justifie surtout pour lutter contre un certain oubli. Si j'écris aujourd'hui un poème sur le mensonge inhérent à notre société et que j'y consacre un vers aux services publics d'information (je vois d'ici la gueule du poème, je ne le lirais pas si j'étais vous), le - bon - lecteur activera le contexte énonciatif et pourra y voir un écho éventuel à l'émission factice d'il y a quelques mois sur la Rtbf (du coup, il se sentira impliqué dans cette poésie et achètera mes bouquins, il n'y a pas de secret). Dans cent ans, pourvu que mon texte soit passé à la postérité et qu'il soit jugé digne d'être étudié, un critique devra réactiver cet environnement socio-historique pour permettre au lectorat de l'époque de goûter pleinement le sel du poème. Dans ce cas-là, oui, l'exégèse et le métadiscours sont légitimes. Je caricature à peine, les Évhémère méritent une balle. Des balles.

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