Le volume Les nouveaux mots du pouvoir, dirigé par Pascal Durand, se présente comme un "abécédaire critique". Le but est, pour le dire vite, de donner au lecteur les armes de l'entendement, celles qui lui permettront de décrypter ces termes passe-partout qui, à force de se voir convoqués de façon systématique par ceux qui occupent les positions dominantes, finissent par se vider de leur substance pour mieux dire le flou.

"Conservateur", "idéologique", "compétence", "autonomie", "jeune(s)", "francophonie" sont autant d'exemples de ces termes dont l'emploi outrancier finit par obscurcir le référent. Les mots composés récemment forgés sont également pris en compte, qu'ils soient de nature oxymorique ("flexi-sécurité") ou fondés sur un principe de redondance ("signe ostensible", "plan stratégique"). On y apprend, par exemple, que la locution "gauche de la gauche" est le détournement erroné d'un article livré par Pierre Bourdieu et certains de ses épigones dans le cadre de l'association Raisons d'agir (avec laquelle le présent volume présente certaines accointances) dans lequel les sociologues réclamaient de la gauche française qu'elle soit une vraie gauche (une "gauche de gauche" - rien n'a changé).
Mobilisant près de 70 chercheurs, cet abécédaire offre une résistance intelligente et réfléchie aux lieux communs du pouvoir. Sans échapper aux macro et microstructure du dictionnaire traditionnel, il ne respecte cependant pas la neutralité théoriquement impliquée par les ouvrages de référence*. Ce positionnement est ce qui fait son efficace. Idéalement, la démarche devrait être poursuivie au gré des ans puisqu'elle, si le lexique est intrinsèquement le lieu de modifications, cette terminologie est particulièrement sujette à l'érosion et au renouvellement (quelques propositions de définitions : "diabolisation", "désir d'avenir", "concurrence des mémoires", "engagement", "pacte (républicain)" et "Union Méditerranéenne"). Au cas où les maisons d'édition traditionnelles ne seraient pas convaincues, la plateforme internet pourrait être une solution intéressante...
* Les puristes objecteront que le dictionnaire est une forme de fascisme puisque rien, essentiellement, n'implique que tel mot réfère à telle réalité. À ceux-là, je donne une tape amicale dans le dos et leur demande de reprendre leurs esprits : il y a un moment pour chaque chose.
Mobilisant près de 70 chercheurs, cet abécédaire offre une résistance intelligente et réfléchie aux lieux communs du pouvoir. Sans échapper aux macro et microstructure du dictionnaire traditionnel, il ne respecte cependant pas la neutralité théoriquement impliquée par les ouvrages de référence*. Ce positionnement est ce qui fait son efficace. Idéalement, la démarche devrait être poursuivie au gré des ans puisqu'elle, si le lexique est intrinsèquement le lieu de modifications, cette terminologie est particulièrement sujette à l'érosion et au renouvellement (quelques propositions de définitions : "diabolisation", "désir d'avenir", "concurrence des mémoires", "engagement", "pacte (républicain)" et "Union Méditerranéenne"). Au cas où les maisons d'édition traditionnelles ne seraient pas convaincues, la plateforme internet pourrait être une solution intéressante...
* Les puristes objecteront que le dictionnaire est une forme de fascisme puisque rien, essentiellement, n'implique que tel mot réfère à telle réalité. À ceux-là, je donne une tape amicale dans le dos et leur demande de reprendre leurs esprits : il y a un moment pour chaque chose.
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