31 juillet 2006

transition III

Dès mardi, je pars jouer les intendants d'un camp scout pour une petite dizaine de jours. Dans mon sac de marin, j'ai tapé en vrac ma cagoule de terroriste, Mes inscriptions de Louis Scutenaire, mes gants de gardien de but, cinq cutters, un bic que je perdrai après deux heures dans la prairie, quelques photos, Café Europa de Serge Delaive, des tongs sans chaussettes, du produit anti-moustiques pour que ça sente quand même les vacances et je ne prends pas de carnet pour que les gosses ne se mettent pas à danser autour de moi en chantant des airs insultants.
Si je n'en reviens pas, conférez à ce post une dimension tragique.

SCOOP

Trouvé dans des documents jamais publiés, au hasard d'un furetage dans une farde marquée d'un Ponge presque rendu illisible par la poussière, dans l'Enfer de l'UD romanes, vendredi après-midi:

Francis Ponge - Le camp scout
Après une longue et pénible journée de labeur âpre et qui semblait ne jamais voir le soleil se coucher, quatre ou cinq tentes, comme autant de feuilles d’un trèfle, viennent redoubler le vert d’une prairie, perdant du coup sa virginité. Cette défloraison au carré – les bâches tuent la végétation – s’accompagne d’une odeur de feu ou d’excréments, selon la feuille du trèfle qu’on choisit d’approcher.

Des comportements très étranges rythment la ruche : cris, courses, pistes souvent factices, dispositions particulières et toutes sortes de choses qu’il faudrait expliquer bien plus longuement car elles paraîtraient incompréhensibles à qui les observerait pour la première fois. (Certains soirs demeurent secrets et inobservables – des physionomies s’y gravent et des verdicts immuables s’y établissent). Un mat où flottent des couleurs synonyme le conglomérat, chaque matin et soir, à la même heure. Cela dure des quinze jours, parfois moins.

Ce pot-pourri d’émeraude qui devrait s’avérer fourmilière tient, la plupart du temps, plus d’un groupe de lions repus et satisfaits. Cela se traîne quelques mètres et s’assied, baille et converse peu. Il suffit cependant d’une étincelle pour que le dortoir se mue en feu d’artifice.

Un empiètement de feuille de trèfle suffit à l’explosion: les hourras fusent ! Les quolibets giclent ! L’électricité plane ! On rit par-ci et craint par là !
------ Les artificiers veillent à ce que les poings fassent office de bouquet final.

(Placer ici un ricochet sur rivière encombrée de casseroles sales).

On y prie parfois. En général, comme pour rire. Comme un « bonne nuit » reformulé et rimant christique. On ne dort pas, on pieute. Du moins, s’il ne fait pas trop froid. Le confort de la chambrée étant inversement proportionnel à la durée du moment près du feu, la nuit, après la veillée. Alpha et Oméga, les couches métaphorisent ce désordre organisé: six pilotis à distances égales mais branlants, des tressages ultra joints mais trop souples, de la place pour les sacs mais tout le linge à terre.

Pendant trois jours – au milieu de la quinzaine, la cité bucolique se vide de ses autochtones. Les autres usent les chaussées des Ardennes et jurent en trimbalant des charges superflues. Leurs pieds en pâtissent, mais goûtent d’autant plus la sérénité nocturne. Au retour, l’imprévue routine retrouve ses droits. On narre ses aventures et on chuchote les interdits bravés, les marques des autos stoppées…. On compare les trajets et crache son infortune… On perce ses cloches…

26 juillet 2006

polarité II

C’est avec une main qui serre si fort sa nuque qu’il en restera des traces qu’elle va jusqu’à user de la pire tentative imaginable : « En fait, c’est toi que j’embrassais dans sa bouche, vraiment toi… ». L’argumentation est plutôt faible, qui pourrait à peine brouiller les pistes d’un logicien déboussolé à cette heure-ci, mais il n’aime pas qu’elle ose encore transformer ses paupières et cils en ailes de papillon. Il éructe des paroles qu’elle ne comprend pas et qui le surprennent, obscénités tirées de sa langue maternelle inusitée depuis plus de quinze ans, bien plus puissantes que celles qu’il puiserait à son idiolecte français et qu’il ne pensait pas posséder. Ca l’épate tellement qu’il relâche l’étreinte pour se foetuser tout petit, tandis que, dans le café, la musique diffusée couvre les maman qu’il geint comme un marcassin lunaire.

23 juillet 2006

transition II

We're currently working on Girls in Hawaii's new album's pictures.

poésie contemporaine

Au fond, on peut, d'une certaine manière, considérer sperme stagnant dans un préservatif usagé comme une synecdoque paricularisante de type Π. Je ne citerai toutefois pas de nom à qui pourrait judicieusement s'appliquer la figure.

21 juillet 2006

et des miettes de mon cerveau

Ce soir, Lio se produit à Spa (à 21h30, au petit théâtre du casino) dans le cadre des francofolies. Du coup, la radio pure fm lui offre une dizaine de minutes pour vendre un peu ce qu'elle a produit jusqu'alors. Après que la chanteuse a établi que Walt Disney était un grand criminel du vingtième siècle (en matière de représentation féminine), l'animatrice propose d'écouter une nouvelle version du tubesque Banana Split, revu et corrigé par Jacques Duvall. L'artiste conclut la diffusion du morceau par un vibrant "je pense que les Grandes Chansons peuvent être modifiées, elles restent toujours de Grandes Chansons".

En début d'année, la même avait affirmé que "Noir désir, musicalement, c'était quand même pas terrible". Je laisse le métadiscours se reposer un peu.

censurons-nous

La monographie que Marcel Coulon consacra en 1927 à Raoul Ponchon a probablement perdu en pertinence avec l'âge, à moins que sa qualité ne fût dès la parution entravée par une trop grande connivence entre le biographe et l'auteur.
Cent cinquante mille vers : c'est-à-dire 20.000 de plus que Hugo, 65.000 de plus que Ronsard, 110.000 de plus que Marot et deux fois plus que nos autres grands lyriques ensemble!
Or, ce chiffre se compte à partir de 1986. Lorsqu'Il arrive à trente-huit ans, Ponchon n'a rien publié, sinon quelques douzaines de rimes.
Avait-il beaucoup produit? - Oui et non. Certes, il est tout à fait loin de la machine qui abattra, en un an, autant que Baudelaire, Heredia et Mallarmé. Cette machine appartient à l'usine journalistique et Ponchon n'entrera dans l'usine qu'en 1886. Mais il faut se garder de le croire le paresseux fieffé que, sincèrement, Il s'imagine être. (M COULON, Raoul Ponchon, Grasset, Paris, 1927).
La comparaison plus ou moins implicite qui suit les deux points est éloquente : Coulon entend placer, quantitativement au moins, Ponchon au-dessus d' "auteurs-éclipses" et relativement scolaires, de monstres sacrés, institutionnalisés (restriction pour Marot, probablement).
Il faut toutefois noter que Ponchon a participé, en 1871, au cercle zutique et a même fourni la dernière pièce de l'album éponyme:
Quand j'vas m'fout' dans l'portefeuille
Ce sera dur jusqu'à tant que je pionce.
Si encor j'rencontrais un'fille
Dans mon pieu, qui m'appelle Alphonse!

Je m'rappelle qu'hier, comme un âne,
J'ai cassé mon dernier carreau,
Et qui fait pus froid, Dieu m'damne,
Depuis que j'y colle le Figaro.
Il n'y a pourtant pas d'erreur sur l'absence de publication évoquée par Coulon, puisque l'album est longtemps resté un simple manuscrit inconnu du public et qui volait de membre en membre, jusqu'à une première édition au début des années trente. L'intérêt de cette auto-censure est d'avoir permis l'édification d'une posture relativement correcte pour certains membres: pour Ponchon, ça aboutira simplement à un biographe trop élogieux; pour Richepin, ça se terminera les fesses posées sur un fauteuil de l'Académie. Ca me rappelle un carnet à détruire, qu'il faudrait retrouver. Il est une heure du matin, tout va très bien, j'ai perdu l'habitude de mai-juin, de dormir dix heures chaque nuit.

19 juillet 2006

philanthropie

just like heaven

Au début (la première semaine de travail dans la grande surface, la deuxième s'il faut vraiment), l'essentiel est de se donner une posture de futur employé modèle: intéressé, disponible, rapide, au courant. Après trois semaines, le but du jeu s'est inversé: d'une part se retrouver isolé le plus souvent possible, se trouver des petites tâches à réaliser seul dans un coin sombre (banni si ça existe) d'une quelconque réserve, d'autre part en faire le moins possible en un maximum de temps.

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Le client de la grande surface ne sait pas, malgré le superbe t-shirt rouge, que tu es étudiant, que tu connais encore moins bien le magasin que lui, puisqu'il a le loisir de chatonner librement dans les allées alors que tu es cantonné à une partie fixe (une réserve - dans laquelle il ne peut pas rentrer - ou un rayon). Alors il vient vers toi et il te demande si tu sais où c'est qu'elles sont rangées, les pièces de batterie de voiture qu'il te tend sous le nez, dis (la sienne est cassée). Moi je réponds que je n'ai jamais mis les pieds dans le magasin avant et que le t-shirt rouge, je viens de le choper à une fille par là (en montrant du doigt, dans mon dos), que comme ça je vais pouvoir rentrer en réserve pour bouffer plein de trucs sans qu'on fasse attention à moi, qu'il y a encore des étudiantes dans le coin si ça l'intéresse, mais faut pas ébruiter trop le tuyau. Et je m'éloigne en regardant mes pieds.

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- J'ai fini journée... C'est quoi mon horaire demain?
- 14-18.
- C'est joyeux.
- Quoi?
- Rien. Et ça consistera en quoi?
- Il faudra trier les vidanges, mais d'abord des palettes de marchandise à contrôler.
- Oh...
- Mais pourquoi tu demandes toujours ça? T'aimes pas ça, le contrôle?
- J'adore trop. Ca me fait bander.
- Quoi?
- Non, rien, peu importe pour moi, hein. À demain.

14 juillet 2006

soyons tous des monomaniaques (1.0)

je tachycardise un peu

Disons que ce sont les vacances (tape dans tes mains et crie "ouaiiis") et que les nuits et les jours ressemblent à de jolies giboulées, que les radiateurs produisent des borborygmes effrayants. Disons qu'il faudrait que tout ça ne devienne pas juste un fichier intitulé juillet 2006 qui croupirait dans la partie "mes images" de mes documents. A propos de photo, vous n'en trouverez ici aucune de la première édition du festival Les Ardentes, qui s'est déroulée du 7 au 9 juillet parce que le vigile chargé d'inspecter mon sac n'a pas cru bon de contourner le règlement quand je lui disais qu'il pouvait dormir sur ses deux oreilles, que je n'encombrerais pas ma carte mémoire avec la physionomie de Sirkis et que les autres groupes n'en avaient probablement rien à fiche de se faire shooter par moi, que je pouvais leur demander si ça lui chantait. Disons qu'il n'allait pas risquer sa place.

13 juillet 2006

l'histoire sans fin

Dans Au bonheur des ogres de Pennac (que je viens de découvrir cinq ans après l'âge où certains élèves doivent le bouquiner pour le cours de français), à l'inspecteur stagiaire chargé de lui poser quelques questions de routine et qui lui demande si son boulot lui plaît, Benjamin Malaussène répond: " C'est comme tout. Beaucoup trop payé pour ce que je fais, mais pas assez pour ce que je m'emmerde "(1). Le problème - mais sans ça il n'y aurait pas le bouquin, alors bon - est que Benjamin Malaussène n'est pas un employé de grande surface ordinaire. D'une part pour une foule de raisons (sa fonction, son origine sociale... - Lisez le bouquin si ce n'est pas fait), d'autre part parce qu'il est auto-clairvoyant. Un employé de grande surface ordinaire aurait répondu catégoriquement que son travail lui déplaisait profondément, pauvre exploité qu'il était d'oeuvrer sans relâche pour servir au mieux le client et son patron. En vérité, je vous le dis, ils se trompent et la productivité des grands magasins doit atteindre des sommets pendant les grandes vacances, moment où les étudiants effectuent en trois heures et en se faisant engueuler ce que les employés à plein temps font en six heures. C'est épatant, parfois, la méthode Coué.

(1)PENNAC Daniel, Au bonheur des ogres, Gallimard, "folio", 1995, p.32.

06 juillet 2006

le bon plan du jour

Tu recherches un sujet original pour ton mémoire de LLR, une thématique piquante et inouïe qui risque de mener les professeurs à se battre pour devenir ton promoteur? Tu frappes à la bonne porte. Aujourd'hui, l'offre porte sur une étude qui mêle les champs d'investigation de la littérature francophone de Belgique, de la sémiotique, des cours de commu dont je ne connais pas le nom mais qui ont rapport avec les médias et des paralittératures : "Pic-pic et André, un dessin animé belge à l'heure de la phase identitaire : procédés et enjeux".

En plus, ça pourrait vraiment être intéressant. Bon, pour un mémoire ce serait peut-être limite au vu de la production restreinte (quoique si on inclut Panique au Village...), mais il y a moyen d'en tirer un article ou l'autre.

05 juillet 2006

respecter les consignes

Quand les gens s'essayent au portrait chinois, ils ont souvent tendance à oublier d'assimiler chaque élément (si tu étais une couleur, un animal, une ville, un sport, un livre, une épice, un handicap, une façon de se suicider...) à une de leurs qualités effectives et se contentent de répondre en citant l'élément qu'ils préfèrent. On peut prendre l'exemple d'une petite fille bourgeoise férue d'équitation qui dirait "si j'étais un animal, je serais un fier étalon galopant librement sous l'azur du ciel de Camargue". C'est pas ça qu'on vous demande, hein.

01 juillet 2006

se réveiller à l'aube

Plus que les compilations d’auditeurs diffusées par pure fm, ce sont les aboiements du chien qui me réveillent et peut-être le soleil qui, à travers le velux, chauffe ma peau sans la noircir. Il y a aussi ces piafs qui s’égarent parfois et pénètrent le deux-pièces pour constater qu’ils y sont pris au piège et se tétaniser – ça crée des vigilances courtes mais intenses avec une chasse et une libération, puis je me recouche.

En te basculant hors du lit, je m'aperçois que, en définitive, tu n’es plus là. Comme si je t’avais relâchée par la fenêtre avant de me rendormir. J’hésite entre me pencher sur la corniche pour vérifier et mettre les voiles très vite, en abandonnant mes papiers d'identité.