30 décembre 2006

transition VII

Je me rends compte que, depuis le 21 novembre, date à laquelle j'ai copié-collé un bout de code de google analytics en bas de ma feuille de style, on peut compter près de 1500 visites sur cette page. En ajoutant à ce total le nombre de buts infligés à nos malheureux adversaires, ce matin, on arrive plus ou moins à 2007. Il y a des jours comme ça, on croirait que tout était prévu...
On disait que celui qui identifie correctement le type sur la photo gagne un verre.

29 décembre 2006

sans filtre ou presque?

Il faudrait un blog secret où on ne publierait que ses courriels privés (c'est un mot mal choisi privé: disons que ça comporterait les échanges type boulot et réservation d'avion, mais pas les chaînes). Secret parce que sinon les gens ne t'écriraient plus. Et le jour où un des expéditeurs tomberait - par hasard - sur le site, il faudrait tout détruire et nier les faits. Est-ce que Gallimard publiera des Correspondances Complètes qui ne comporteront que des courriels, dans quelques années?

27 décembre 2006

premier niveau

part 1.0 Noël
X: Et l'an prochain, tu fais quoi? / moi: (réponse en deux minutes, qui passe en revue toutes les possibilités logiques. Structure parfaite, sorte de dégradation: de l'idéal au pire, qui ne serait pas un pire après tout, plutôt un aboutissement normal. Savant mélange de lucidité et d'optimisme qui clôt un peu la conversation). / X: ... / moi: ... / X: Et ton permis alors, t'en es où? / moi: Nulle part.

part 2.0 La poste
Le postier est le maître du monde, aujourd'hui, et il faut le lui faire sentir. C'est un document important que je vais poser entre ses mains: un dossier en double exemplaire et un CV, qui constituent une base de données plus ou moins décisive pour l'an prochain. Le postier détient la première clef, je dois graisser ses pattes d'ours, absolument, le considérer comme le boss du niveau1, mais un boss avec lequel il faut ruser - la prise est simple: les flagorneries, je gère. Mais la facilité n'est qu'apparente: bien au chaud derrière sa vitre, ses lunettes et sa moustache, le postier use de toutes les ficelles pour exciter les nerfs de son opposant (il va falloir revenir avec un autre papier; vous avez mal rempli le formulaire; dix-sept timbres pour la France? il m'en reste un, alors bon; il manque deux cents, vous les avez pas? Au suivant). Les sept personnes qui me précédent dans la file d'attente résistent à ses attaques, courbent l'échine sans s'écrouler, plient mais ne rompent pas, redoublent de douceur et, à chaque fois, il finit par céder à leurs désirs, leur donne la clef. Quand c'est mon tour, le type me regarde noirement et me jette un "Monsieur" glacial. Je réponds "Bonjour, ma jolie...".

La première porte du faisceau de possibles se referme et le boss du niveau1 triomphe. Le dossier dans la main, je vois se restreindre les ouvertures futures et je me souviens de l'oracle de Noël - le permis, oui, oui, c'était un peu le même genre de règle du jeu que je ne pouvais pas accepter.

25 décembre 2006

je regarde et puis j'éteins

le tout serait d'abord de ne pas cesser d'avoir des choses à dire et, ensuite, de trouver l'espace à occuper (les murs).

23 décembre 2006

transition VI

Cet article est triplement historique. D'abord, parcequ’il renvoie la souriante frimousse de Mélanie Laurent dans les oubliettes des archives du mois de novembre. Ensuite, parce qu’il est le 225e publié sur cette page, mais ça, franchement, à part les amateurs de fines statistiques (qui se délecteront du fait de constater une hausse de ma productivité durant ces neufs derniers mois, en comparaison avec les billets parfois plus sporadiques de la première année du blog – ils feront des meilleurs calculs que moi, les statisticiens, qui permettront de dégager les conditions de productivité maximale et minimale), je pense que personne n’en a rien à branler (oui, oui, c’est le même je que celui qui te citait l’épigraphe des Complaintes hier, mais il a eu une nuit difficile). Enfin, pour la première fois, je cite une case de Manu Larcenet, la dernière du premier volet de l’archiconnu Combat Ordinaire. Une vignette qui, détachée de son environnement (con)textuel, acquiert une valeur autarcique et universelle, devient un potentiel vecteur de tout. On pourrait la retrouver sur certains skyblogs aussi, peut-être, mais gageons que, dans ce cas, elle ne contribuerait qu’à leur élévation vers la sphère légitime – ni plus, ni moins - même si elle n'est pas ici synonyme de fermeture élitiste.

22 décembre 2006

Au petit bonheur de la fatalité

Le train s’ébranle lourdement vers la capitale et dans le coin gauche de Liège on peut presque sentir poindre l’aube, à travers des vapeurs blanchâtres. Un bras reste tendu, qui désigne le Bruxelles-Ostende près de la porte rouge du troisième wagon. C’est quand même bien fait, cet affichage électronique. Ca gagnerait peut-être à être agrandi, mais, point de vue fréquence, rien à reprocher : la quatrième voiture en est pourvue, comme la cinquième, la sixième et la septième… Après, je n’ai plus l’occasion de vérifier parce que, à ma droite, un rire éclate, provoqué par la vue du bras désespérément tendu et des yeux (« la synecdoque ou l’art de ne pas citer les noms ») qui suivent le mouvement de notre train, qui a changé de voie pendant que nous discutions, en passant subrepticement dans notre dos, en ne partant pas trop loin – juste le quai d’à côté – pour porter le ridicule de notre situation à son paroxysme.
Tu sais, le titre du post, c’est l’épigraphe des Complaintes de Laforgue, en direction duquel l’entête du site clignait déjà de l’œil quand elle affichait « Tandis que, d’un autre côté … », le vers final de la Complainte des débats mélancoliques et littéraires.

16 décembre 2006

- ULGRA 2007 -

Souvenez-vous, l’an passé un jeune romaniste de première licence réussissait l’extraordinaire exploit de remporter, après des efforts et recherches éprouvants, le trophée ULG Romanistic Award, organisé par QDS.
Cette année l’épreuve entend réunir plus de trois candidats et, pour ne plus privilégier les sémioticiens de l’image, revient aux fondements du concours romaniste : le sacro-saint questionnaire écrit. Les réponses doivent parvenir à l’adresse inertiesfulgurantes@hotmail.com pour la date du 31 janvier 2007, les résultats seront proclamés dans ces eaux-là, parallèlement à ceux des examens. Bonne chance à tous !
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1. À l’occasion du soixantième anniversaire de Jules Horrent, les collègues du professeur se sont fendus d’une participation à un volume de mélanges destiné à lui être offert. Parmi les contributions, on retrouve celle de son disciple J.Joset : à quelle université ce dernier était-il lié lors de la rédaction de son article?

2. Autre vibrant témoignage de sympathie, le célèbre Pour Jacques, recueil de textes publié symboliquement chez « Espace Nord » par les amis de Jacques Dubois pour celui-ci. L’un des écrits, en plus de contenir en note de bas de page une réflexion métalangagière sur l’absence de marque du pluriel de zizi-coin-coin, se caractérise par une apparente stratégie d’anonymat de son auteur. Ce dernier laisse toutefois au lecteur une chance de le retrouver grâce à un joyeux double calembour : à qui avons-nous affaire ?

3. À l’occasion de l’élection de D.Bajomée à l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique, le Quinzième Jour du Mois avait soumis la professeur au questionnaire de Proust. A la question « qui est votre poète préféré? », cinq noms durent se partager l’honneur. Quels sont-ils ?

4. Dans la postface d’un roman, Vincent Rahir se souvient d’une leçon au cours de laquelle un professeur, « caché derrière Genette et ses Figures III », avançait que « la narration au futur n’existe pratiquement qu’en poésie » avant de préciser qu’il n’y avait, à sa connaissance, qu’un seul roman écrit au futur : le postfacé en l’occurrence, « le roman d’un ancien élève de la faculté, et c’est sûrement après avoir suivi mon cours qu’il a eu l’idée de l’écrire au futur, par défi ». Qui est cet ancien étudiant et quel est le titre de ce texte particulier ?

5. Dans le troisième numéro de la revue Mandrill, on trouve notamment un remarquable Sonnet en Merckx, parodie du « Sonnet en x » de Mallarmé. Donner le nom de l’auteur de ce texte pourrait ne nécessiter aucune recherche. Trouver son dédicataire, un minimum. Quel est le deuxième ouvrage recensé dans la bibliographie de ce dédicataire sur le site de la revue en ligne Bon à tirer ?

6. De quels textes proviennent les extraits suivants ? (dans la mesure du possible, visez une réponse du type « nom de l’auteur, titre de l’ouvrage, titre du poème/chapitre »).

a) Un certain nombre de linguistes, de nos jours, hésitent à présenter leurs travaux comme structuralistes. Beaucoup, en revanche, commencent à attribuer ce titre aux travaux des autres. Les chomskistes appellent structuraliste toute la linguistique postérieure à Saussure, et n’hésitent pas, par exemple, à ranger dans cette catégorie les recherches de Martinet, alors que le même Martinet prend soin de distinguer son « fonctionnalisme » d’un « structuralisme » qu’il rejette.
b) Quand je revins de Londres, en mai, j’étais égaré et, dans un état de surexcitation, presque malade, mais cette fille était bizarre, elle ne s’aperçut de rien. J’avais quitté Paris en juin pour rejoindre Dirty à Prüm : puis Dirty, excédée, m’avait quitté. A mon retour, j’étais incapable de soutenir longtemps une attitude convenue.
c) Oublierez-vous jamais Rossana Carrer la lumière de vos yeux
Quand nos regards se sont épris de côté
L’espace de traverser la pluie dans la rue à Padoue
d) Un hydrophile vint à passer. Je ne pus retenir une pensée poétique et, sortant un nouveau feuillet de ma poche, j’écrivis : Tityre sourit.
d) Aujourd'hui, en septembre, par trois fois, le nain a failli échapper au géant qui l'avait emmené en promenade sur les coteaux de la citadelle.

7. En 1964, quelle fut la pirouette utilisée par la romane pour caser les services des professeurs Rita Lejeune, Maurice Delbouille, Louis Remacle, Jules Horrent, Léon Warnant et André Vandegans, les locaux du troisième étage des bâtiments de la place Cockerill – occupés alors – se trouvant surpeuplés ?

8. Question très scolaire : À quels groupes ces différentes langues de la famille indo-européennes sont-elles respectivement liées ? messapien, tosk, koutchéen, lituanien, scythe, ukrainien, féroéien, ombrien, manx, cornique. (Les noms des groupes suffisent, il n’est pas nécessaire de préciser les sous-groupes éventuels, pas plus que les branches : ce n’est pas un examen, vous êtes là pour vous amuser, pour souffler un coup).

9. Quels sont les auteurs respectifs de ces différentes assertions, toutes prononcées dans les bâtiments de l’Université de Liège ?
a) « Il n’y a rien de plus faux qu’une thèse de doctorat ».
b) « Le chat de B.Denis s’appelle Elvis ».
c) « Thom Yorke est un peu le Zola du champ musical contemporain ».
d) « Bien sûr que c’est important l’intuition, mais on ne peut fonder une science sur ça. La science nécessite des règles. Sinon, ça donne ʺoh elle est sympa cette copie. Je ne sais pas pourquoi, mais elle est sympa : je lui mets 12. Tiens, celle-ci me plaît moins. Je ne sais pas pourquoi, mais je lui mets 8ʺ. Et ça s’appelle l’analyse textuelle. »
e) « Oui. Le plaisir féminin existe ».

10. Question subsidiaire : Combien de bacheliers romanistes de première année réussiront cette année l’examen d’espagnol du mois de janvier ?



15 décembre 2006

Quitter le réseau (épilogue?)

La vie d'un blogueur ne se limite pas toujours au tas de posts qu'il laisse s'amonceler dans la petite parcelle du champ internetien qu'il a lui-même baptisée et aménagée. C'est donc en toute logique que Tanguy Habrand (Question de Style) délaisse temporairement ses carnets en ligne pour publier en février un essai intitulé Le prix fixe du livre en Belgique, Histoire d’un combat, dans lequel se trouvent analysées les raisons de l’absence d’un équivalent belge à la loi Lang. À cette occasion, un appel à signatures est lancé en vue d’effectuer un état des lieux : plus d'informations sur http://www.prixfixedulivre.be/php/.

13 décembre 2006

Welles 2006

L'intéressante (et burlesque) mise en situation proposée ce mercredi soir par la rtbf a engendré des réactions un peu comparables à celles suscitées le 30 octobre 1938 par la lecture de "La guerre des mondes" d'Orson Welles sur la radio CBS. Aujourd'hui, je n'ai pas vu de père de famille enfourner sa femme et ses gosses dans la voiture pour mettre les voiles, mais une sorte d'interrogation dans des regards et d'autres manifestations de crédulité (je me réjouis de lire les journaux de demain, qui devraient compter quelques faits divers notables à ce sujet). La modernité a ses limites.

Note du 14.12.2006, à 1h06: La dernière heure/les sports a été prompte à réagir. Convoquant les sources les plus pertinentes pour établir le procès de la chaîne publique (A cette heure, vous étiez nombreux à nous avoir joint pour nous faire part de votre mécontentement. Ainsi, René n'a d'autre mot que "c'est crapuleux, scandaleux! Cela va provoquer une réaction du côté flamand!" Eric, lui, était prêt à se rendre à la RTBF qui, avec son émission-canular a fait pleurer la maman, bouleversée, du jeune homme. Jean-Louis, lui, a juré que c'était la dernière fois qu'il regardait la RTBF. "D'ailleurs, je coupe cette émission tout de suite", a-t-il dit.), l'organe de presse récupère sans mon autorisation la brillante analogie que j'avais osée en me référant à Welles. Malheureusement, la triste plume du torchon s'est contenté de survoler wikipédia avant de recopier ma comparaison: "Orson Welles avait déjà fait le coup, en 1938, dans une émission radio durant laquelle il avait fait croire aux Américains que les martiens débarquaient chez eux. N'est pas Orson Welles qui veut"... Et le lecteur naïf de s'imaginer que la panique provoquée par Welles était désirée!
L'entreprise de la RTBF n'était peut-être pas absolument intelligente au point de vue stratégie institutionnelle, dans le sens où elle risque de la discréditer auprès du grand public qui s'estimera trompé et ridiculisé (la maman d'Eric n'a-t-elle pas pleuré ?), mais, au-délà de ce coût plus quantitatif que qualitatif, c'est une réussite totale: d'un point de vue artistique et externe, d'une part, puisqu'elle a réinventé un genre et berné presque gratuitement un public immense (un véritable acte poétique, du rêve); d'un point de vue pratique et interne, d'autre part, pour avoir réussi à prouver l'invalidité de l'inquiétante hypothèse mise en place. Clap clap clap.

12 décembre 2006

Mardi matin

J’emprunte le trottoir qui mène à la rue Féronstrée, celui qui passe devant l’Hôtel de Ville et qui trace une sorte de frontière entre le monde réel et le marché de Noël duquel des lutins brachycéphales ont finalement pris possession pendant la nuit, prenant plaisir à diffuser de la musique qui pourrait être définie comme du Chantal Goya meets Eiffel 65, plus insupportable que cette phrase à laquelle la répétition des relatives foireuses parvient à transmettre des vertus vomitives (parler de vertu est ici bien maladroit). Les gens sourient, pourtant, à neuf heures quatorze, ils n’en veulent pas aux lutins, même pas pour le coup du préservatif géant sur le Perron. Désavoeu politique?
(affront suprême pour le symbole des Liégeois, réduit ici à son signifiant phallique le plus primitif)

Il eût été illusoire de penser que les desseins impérialistes lutins se fussent limités à quelques chalets de bois puant l’urine et le refroidissement du vin chaud : les velléités gnomes englobent la totalité de la ville de Liège et quelques places fortes ont été soumises à rude épreuve ces derniers temps. Ainsi, le bureau des archives de la ville, dont le toit a été canardé à plusieurs reprises, les becs des palmipèdes provoquant une multitude de petites fissures dans le plexiglas, l’eau s’infiltrant jusqu’aux volumes contenant les résultats du recensement de 1881 que, pas de bol, je dois justement consulter.
(sur la rive droite de la Meuse, le fier bastion lutin, calme et tranquille)

La dame avec la veste et a robe en jeans tapote gentiment le clavier quand je lui dicte les noms des auteurs belges dont j’espérais découvrir les domiciles respectifs, qui m’auraient mené à la composition de leurs familles respectives – le principe du recensement, somme toute. Si je jouis de la double chance que les résultats de ce recensement ont été encodés sur de fougueux ordinateurs et que les fichiers informatiques n’ont pas encore été attaqués, il n’en demeure pas moins que le temps presse, que tout n’est qu’une question de microsecondes. Une goutte de sueur perle à mon front (une entrée de cette expression figure probablement dans le dictionnaire de Flaubert) et la dame ne tape pas assez rapidement à mon goût. Comme si tout était normal, qu’on avait vachement le temps de récupérer ces infos, qu’aucune menace ne pesait. Et je serre les dents en pensant qu’après l’accomplissement de la mission, j’aurai vraiment besoin de vacances.

08 décembre 2006

transition V

Sur le chemin qui conduit d’Outremeuse à la place du XX août, j’ai le temps de croiser quatre parapluies retournés, abandonnés sur-le-champ je suppose – c’est un peu gênant de se promener avec un parapluie niqué, se disent les gens, autant ne pas avoir l’air con/maladroit/pauvre et s’en détourner, les cheveux mouillés et les risques de pneumonie comptent moins que la posture. Il y a un noir, un à carreaux et un rouge, le dernier je ne sais plus, mais il y en a quatre, c’est sûr. Laura m’écrit un courriel qui parle un peu du vent qui soufflait sur sa route (de face ou sur les côtés), qui arrachait les bérets de deux ou trois types qui cavalaient pour les récupérer (un béret n’est pas un parapluie, on n’abandonne pas un béret). Dans l’université, Amnesty International a investi un couloir et je signe leur pétition sans trop la lire – j’essaye, mais la concentration est ailleurs, je fais confiance. Je fais un rapide compte-rendu de la prestation de The Tellers, la veille, à l’escalier. C’était sympa, mais bon : sont arrivés bourrés, ont proposé un set acoustique d’une demi-heure passablement foireux et sont repartis en présentant de vagues excuses. Moi, je m’en fous, pour cinq euros je vais pas chicaner et ça correspondait relativement bien à la posture (deuxième occurrence de ce mot dans ce post) adoptée par ce groupe. Mon interlocuteur reçoit un coup de fil qui poursuit mon résumé, mais de façon moins positive (sympa se transforme en nul à chier). J’essaye plus ou moins d’imaginer ce que donne le dialogue en prenant conscience de la puanteur de mon pantalon – qui sent la soirée d’hier – et en feuilletant distraitement un bouquin de Vincent Lemieux dans lequel il y a trop de graphiques pour que j’y comprenne quelque chose du premier coup. Plus tard, je sortirai, pour la deuxième fois de la journée, La littérature sans estomac de mon vilain sac à dos, je tournerai les pages et je rigolerai beaucoup (d’Angot, Beigbeder, Bernheim et Roze surtout), avant de refermer le volume en pensant que, moi-même, je donne beaucoup dans le sans tripes.

05 décembre 2006

le dire-vrai romanesque mène à la chaleur d'une salle de cours

Il y a [dans le roman] d'infinies variantes de la garantie d'authenticité: la confession sincère et brutale; le souvenir de famille; la sensation finement observée; la peinture des gens authentiques; le corps, le viscéral. Ainsi, le lecteur sait où il est, et peut se convaincre que l'auteur parle vrai. En outre, l'effacement contemporain des frontières entre roman et autobiographie, qui a donné naissance à des genres hybrides tels que l'"autofiction", favorise l'équivoque, et l'identification émotionnelle du récit à la personne de l'écrivain. Il est dès lors plus facile d'écouler le produit, quelle que que soit sa qualité, en mettant en scène habilement l'auteur, en créant quelque scandale. Une grande partie de la littérature d'aujourd'hui peut se ranger dans la catégorie "documents humain". N'importe quoi est bon, suivant l'idéologie moderne de la transparence et de l'individualisme. Les confidences de M. Untel sont intéressantes par nature, parce que Untel est intéressant dans sa particularité. C'est l'idéologie des jeux télévisés, de la publicité, des reality show, de Loft Story et des ouvrages d'Annie Ernaux. La plupart du temps, dans tous ces genres, le résultat est accablant, et sert pour l'essentiel à se rencogner dans le confort de la médiocrité, dans un narcissisme à petit feu, qui n'a même pas l'excuse de la démesure. Pour engendrer autre chose, la confession exige une stature humaine dont ceux qui la pratiquent sont fréquemment privés. Reste cette excuse de la médiocrité: la sincérité.

Pierre JOURDE, La littérature sans estomac (2002).

03 décembre 2006

l'épopée zutique: épisode 4 - La Commune

ou Application de la loi de Godwin au mémoire de licence
Il est vrai que [Leconte de Lisle] ne reste pas fidèle à son statut d’impassible dans cette affaire et va jusqu’à écrire à Heredia, le 2 juin 1871, que la solution idéale, visant à empêcher le risque de nouvel embrasement du foyer parisien, consisterait à
« déporter toute la canaille parisienne, mâles, femelles et petits, pour en finir avec les vengeances certaines qui n’attendent que leur heure ; mais il y a des mesures impossibles, et ce sont malheureusement les moins inexorables ».