31 mai 2007

Se faire aimer de ses élèves - leçon 1

6e année. Examen de français - juin 2009
Expliquez les différents mécanismes de détournement régissant ces deux phrases:
"Aux armes citoyens, il n'y a plus de (r/s)aison(s) ! (À détourner Laforgue, on triomphe sans gloire)".

Bonne chance à tous!

27 mai 2007

En attendant Sergio

Il restera toujours un lien entre la forme diariste et ce blog, dans sa structure chronologique avant tout (qu'on contourne comme on peut, par des flash-backs et des prolepses, quelquefois; mais nous sommes parfois las de lutter contre l'inéluctable, voyez-vous). Dès lors, je me permets d'user de ce médium pour remercier le Standard de Liège pour le joli fou rire d'anniversaire qu'il m'a offert avant-hier [1]. Sur ce coup-là, je dois avouer que je ne m'y attendais pas. Les fanfaronnades de l'auto-proclamé meilleur public de Belgique m'induisent parfois en erreur et j'ai souvent tendance à oublier que le club principautaire est passé maître dans le fait de louper le coche... Mais là, contre les superboeren unijambistes de la Venise du Nord, il y avait théoriquement peu à craindre. Et pourtant, une fois encore, ils l'ont fait!

Ceci dit, le malheur de fin de saison des rouches constitue pour la presse francophone un véritable marronnier et les faits banals ne sont généralement pas relatés dans mes posts. C'est, chers amis, que la lecture récente de certaines oeuvres de Samuel Beckett et de travaux le concernant m'invitent à considérer sous un autre oeil l'entreprise du Standard. Selon Beckett, "être un artiste c'est échouer comme nul autre n'ose échouer" [
Trois dialogues, Minuit, p. 14] - c'est d'ailleurs à ce titre que l'Irlandais aime la peinture de Bram Van Velde, "véritable artiste qui a osé échouer". Dans La défiguration (très bonne étude croisée de Artaud, Beckett et Michaux), Evelyne Grossman note que, dans les procédés et objets du texte beckettien, "échouer est un processus sans fin", cette "fidélité à l'échec" étant "fidélité à cette force qui s'exerce dans l'avènement d'un mouvement qui la défait" [La défiguration, Minuit, p. 78]. Le lien avec nos amis footballeurs est clair! On ne s'étonne guère que nul journaleux, engeance inculte, n'a jamais pu mettre le doigt sur le génie de l'art déconstructif mosan. Le Standard est beckettien, c'est indéniable. Dans le sens où il est incompris et mourra probablement dans la disette, on peut également considérer qu'il participe de la tradition des maudits.
Me serais-je trompé de club?

[1] Pour ceux qui ne le sauraient pas, il est toujours temps de le noter dans vos agendas en prévision de l'an prochain.

25 mai 2007

Se né pas in saycway

Fi des postures pédantes et au diable ces quêtes éternelles d'élitisme faux : assumons aujourd'hui nos véritables passions, déclarons nos goûts plébéiens et clamons nos amours pour l'illégitime, l'inconsacré! Le dernier titre d'Avril Lavigne, Girlfriend (comme TTC, mais avec des paroles différentes), fleure bon l'été, les jupes courtes et la surproduction d'endorphine. L'adaptation de la chanson en français (il existe aussi des versions en mandarin, japonais, espagnol, allemand, j'en passe et des plus exotiques) permet en outre d'appréhender plus directement l'univers de la punkette, que la barrière de l'anglais de Californie à l'accent canadien (au fond, tout était réuni pour qu'Avril soit polyglotte) nous avait empêché de mieux goûter. Impossible de résister, de ne pas se lever, poing rageur, et de se déhancher... Hey, hey!
Sinon, plus sérieusement, il y a quand même un problème idéologique, avec les paroles d'une certaine façon (mais le punk à roulettes californien n'est pas réputé pour sa finesse) et, surtout, avec le clip qui accompagne la sortie du single, dans lequel s'observe une évidente valorisation de l'agressivité envers les nerds et les dominés (le poing levé d'Avril pour faire dégager les deux filles devant le miroir). Amusant et paradoxal quand on se rappelle ses photos du collège, particulièrement imbécile de façon intrinsèque... Hey, hey!

23 mai 2007

Matérialisme infantile

Je voudrais ceci. (Un enfant dit je veux, mais le caprice est dans l'expression du désir.)

22 mai 2007

Post à la manière d'Annie Ernaux (soyons ethnologues de nous-mêmes!)

Sur Beckett, je crois que j'ai eu l'occcasion de dire ce que je voulais, ce que j'avais prévu. Mais à la première question, portant sur la littérature et la photographie, je n'ai pas pris le temps d'insérer une remarque - assez dérisoire, d'accord - qui me faisait sourire, je la retape donc ici.
Il faut savoir qu'avant d'occuper l'avant-scène de la poésie belge et de compter parmi les auteurs les plus encensés de l' "écurie Minuit", Eugène Savitzkaya a été un étudiant en philologie romanes à l'ULg. L'aventure a tourné court à cause d'un cours d'analyse textuelle à l'examen duquel l'auteur n'a pas réussi à satisfaire. [...] Dans Un jeune homme trop gros, la première caractéristique qui frappe est l'emploi du futur comme temps de la narration, ce qui détache le texte de la perspective narrative classique. Futur comme temps de la narration... Si vous me faites l'honneur (si, si) de consulter quelquefois ces pages, vous aurez peut-être lu quelques notes à propos de Ciel bleu trop bleu de Nicolas Ancion (qui, lui, lit et commente parfois ces posts). Ce texte-là aussi se présente comme un roman et, lui aussi, il est rédigé au futur. Mieux encore, il est l'oeuvre d'un ancien étudiant en philologie romanes de l'ULg, qui, lui, a réussi l'examen de première candi d'analyse textuelle! D'ailleurs, au moment de présenter les temps de la narration dans le roman, l'ancien professeur d'analyse textuelle de l'ULg référait au livre de Nicolas Ancion comme l'exception qui confirmait la règle, "le seul roman à [sa] connaissance qui soit écrit au futur". Si ce professeur s'était souvenu de l'étudiant qui avait réussi (malgré le fait qu'il considère l'écriture de Ciel bleu trop bleu comme un "défi à son cours"), il avait "oublié" que, dix-sept ans plus tôt, un autre étudiant, qui avait été infoutu de faire péter les douze à son analyse genettienne ou servaisettiennettienne (intéressante forgerie), avait déjà relevé le défi. Avouez que ça aurait pris de la place sur ma copie pour une simple vanne à l'encontre de l'analyse textuelle.

Dans le bus surbondé à cause de la panne de celui censé le précéder, aux heures de pointes, le téléphone sonne et la jeune fille derrière moi décroche en disant qu'elle croit avoir raté. Elle rétorque ensuite assez sèchement à sa mère que ce n'est pas une question d'étude, kess tu parles, toi, t'en sais rien. Et puis c'est ça, à tout à l'heure. Le téléphone sonne une nouvelle fois, mais ce n'est plus sa mère, une amie probablement (moche et désagréable, les mecs ne se ruent pas, j'imagine), à qui elle dit qu'elle a raté, encore, et que ça la fait surtout chier pour les gens comme sa troconne (orthographe?) de mère, qui lui disent "t'avais qu'à étudier". Et de mentir à tout le bus en s'exclamant "Mais je me suis trooop emballéééée, j'y ai dit vas-y kesss tu parles toi et j'y ai raccroché à la gueule !". Sentiment de honte, ensuite, au moment où son amie, en raccrochant, la laisse seule sur la banquette du fond, face à ces covoyageurs qui savent ses hyperboles et à côté des deux flamandes qui, depuis l'attente du bus, éructent dans un sabir lexicalement peu fourni toute leur haine de la race jeune.
Si tout va bien, demain, l'épopée zutique approchera de son épilogue. J'ai relu le texte des tonnes de fois, mais je ne le connais pas encore par coeur, et j'ai pu compter sur des adjuvants épatants. Il me manque juste un titre, un surtitre plutôt, en deux mots ou trois, une sorte de syntagme synthétisant une année et des poussières de travail. Quelque chose de sobre. J'avais pensé à des extraits de l'Album, du type nous reniflerons dans les pissotières ou - et tirons-nous la queue!, mais finalement non. On a suggéré Rimbaud et ses potes, Par monts et par nasse ou Révolte et potacheries, mais je ne suis pas convaincu.

15 mai 2007

l'épopée zutique - épisode 10 : Boileau

Le site sur lequel je visionne Prison Break en streaming six mois après que la série fut hype est pour l'instant mort. Donc, pour récupérer, je dors une heure trente qui se transforme en trois. Le réveil est très orange (le drap de lit, la lumière du jour bloquée par le volet et la lampe hallogène à peine allumée qui colore les mots sur les murs). J'ouvre encore une fois le fichier mémoire - version 4.0. Une page sur deux révèle des éléments mal vus, mal dits. Souvent, l'effort est moindre et il s'agit à peine de déplacer des segments, de bricoler. En secondaire (en quatrième), mon professeur de français (celui qui, avec Les garçons de Xavier Deutsch, est responsable de mon choix d'études et qui ne le sait pas) nous distribuait des poèmes qu'il fallait mémoriser pour la semaine suivante, pour les recopier à la virgule près dans le cahier de tests ou pour les massacrer devant le reste de la classe. Corvée à l'époque, mais je sais toujours les réciter. Dans le tas, il y avait des pièces parmi les plus célèbres de Du Bellay, Ronsard, Villon, et même d'André Chénier, que plus personne n'étudie. Il y avait aussi un extrait de l'Art poétique de Boileau, dont l'incipit sélectionné était Cent fois sur le métier...
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Pass this on de The knife.

12 mai 2007

- 29 - (bon, ça, c'est fait)


"Nous avons joué à onze contre dix pendant une heure, et, pendant ce temps, Anderlecht jouait à onze contre onze. Je ne veux rien insinuer, mais je ne trouve pas cela normal... Nous sommes moralement champions, le reste ne compte pas".

09 mai 2007

ainsi de suite

Si la vulgarisation scientifique est importante, la scientifisation vulgaire est insupportable*. Ce n'est pas une question de classe, ni de position (gardons l'esprit ouvert) : les deux cas s'observent avant tout chez des personnes du même milieu.

*J'entends dans la vraie vie. Dans les bouquins, films, etc. ça me fait marrer quand c'est parodique.

les nouveaux mots du pouvoir

Le volume Les nouveaux mots du pouvoir, dirigé par Pascal Durand, se présente comme un "abécédaire critique". Le but est, pour le dire vite, de donner au lecteur les armes de l'entendement, celles qui lui permettront de décrypter ces termes passe-partout qui, à force de se voir convoqués de façon systématique par ceux qui occupent les positions dominantes, finissent par se vider de leur substance pour mieux dire le flou.


"Conservateur", "idéologique", "compétence", "autonomie", "jeune(s)", "francophonie" sont autant d'exemples de ces termes dont l'emploi outrancier finit par obscurcir le référent. Les mots composés récemment forgés sont également pris en compte, qu'ils soient de nature oxymorique ("flexi-sécurité") ou fondés sur un principe de redondance ("signe ostensible", "plan stratégique"). On y apprend, par exemple, que la locution "gauche de la gauche" est le détournement erroné d'un article livré par Pierre Bourdieu et certains de ses épigones dans le cadre de l'association Raisons d'agir (avec laquelle le présent volume présente certaines accointances) dans lequel les sociologues réclamaient de la gauche française qu'elle soit une vraie gauche (une "gauche de gauche" - rien n'a changé).
Mobilisant près de 70 chercheurs, cet abécédaire offre une résistance intelligente et réfléchie aux lieux communs du pouvoir. Sans échapper aux macro et microstructure du dictionnaire traditionnel, il ne respecte cependant pas la neutralité théoriquement impliquée par les ouvrages de référence*. Ce positionnement est ce qui fait son efficace. Idéalement, la démarche devrait être poursuivie au gré des ans puisqu'elle, si le lexique est intrinsèquement le lieu de modifications, cette terminologie est particulièrement sujette à l'érosion et au renouvellement (quelques propositions de définitions : "diabolisation", "désir d'avenir", "concurrence des mémoires", "engagement", "pacte (républicain)" et "Union Méditerranéenne"). Au cas où les maisons d'édition traditionnelles ne seraient pas convaincues, la plateforme internet pourrait être une solution intéressante...

* Les puristes objecteront que le dictionnaire est une forme de fascisme puisque rien, essentiellement, n'implique que tel mot réfère à telle réalité. À ceux-là, je donne une tape amicale dans le dos et leur demande de reprendre leurs esprits : il y a un moment pour chaque chose.

07 mai 2007

l'épopée zutique - épisode 9 : Sheringham et Solskjaer

Au moment où je presse ctrl+s, le fichier se bloque incompréhensiblement. Après quelques instants de tergiversation, je relance le pc et entends bien récupérer la dernière version du document. Word s'ouvre avec un message d'erreur : le dernier enregistrement a généré une erreur grave, il est impossible d'ouvrir le fichier. Une demi-heure plus tard, après l'activation de l'affichage des fichiers cachés, je renomme le plus tardif des fichiers tmp en doc et la vie reprend son cours. J'hésite entre voir dans ce plantage une volonté de révélation du bonheur à la Saw (jouissons de chaque enregistrement fonctionnel) ou un passage de l'Enfer au Paradis comme le vécurent les Mancuniens lors du Bayern - Manchester de 1999 : récupérer l'irrécupérable, considérer l'attendu comme du merveilleux.
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Demain, je dis un mot du bouquin du moment. Pour l'instant, je respire.

05 mai 2007

l'épopée zutique - épisode 8 : Joey Starr

En 1871, au moment de rédiger leur Album, les différents membres du Cercle zutique éprouvent un ressentiment certain à l'égard des répresseurs de la Commune de Paris et des différents agents soutenant l'idéologie anti-communarde. S'y attaquer n'est pourtant pas sans risque puisque chaque personne suspectée d'accointances communardes est susceptible d'être écrouée ou déportée. Dès lors, les zutistes, qui agissent dans une sorte de secret mais préfèrent malgré tout ne pas trop s'engager, s'attaquent à la cause principale de la guerre civile : l'Empereur Napoléon III, belliciste incapable et désormais déchu, qui a conduit la France à une guerre perdue de façon humiliante contre la Prusse. Pour le brocarder, les zutistes usent de prosopopées ou de détournements de poèmes de Coppée, mais, de façon générale, restent prudents. On note également un petit dessin, situé sous le poème ressouvenir de Rimbaud, où l’Empereur est pourvu de cornes, attribut du Malin certes, mais aussi des cocus.

À la veille d'une élection française dont la surmédiatisation me fait franchement penser à un reality show (et ces abréviations, mon Dieu... Où en est-on arrivé?), ce petit dessin, discret mais suggestif, me rappelle la chanson de Joey Starr. Le thème est le même, seul le nom change: "Tiens ta femme et tu tiendras la France, t'es cocu Sarko et tout le monde le pense". Deux petites différences : (1) on peut toujours nier le message d'une caricature, quel que soit son degré de réalisme et (2) le dessin zutique a été croqué après que Napoléon III a disparu du pouvoir. C'est pas malin, Joey, si demain soir on te propose une dernière cigarette ou qu'on te presse dans un wagon à bétail, t'auras du mal à trouver des excuses*.

(*) Je n'avais pas entendu la totalité de la chanson. C'est encore moins bien barré pour toi, Joey. D'autant plus que, à mon avis, ton adversaire n'aura pas de mal à déterrer des vieux dossiers. Faut être loin pour réussir à écrire, même de façon ironique, "T'as raison d'avoir peur, t'es qu'un immigré".

03 mai 2007

Pourquoi je n'enseignerai peut-être pas à Bakou l'an prochain (essai de justification d'un sédentarisme légitime)

1) Il est vivement recommandé d’être prudent dans l’utilisation de sa carte bancaire à Bakou et de vérifier son compte bancaire au jour le jour afin de pouvoir faire opposition.
2) Les zones frontalières avec l’Arménie (territoires occupés) et les abords de la ligne de cessez-le-feu doivent être absolument évités, des incidents se produisant à intervalles réguliers. De même, les zones frontalières entre le Nakhitchevan et l’Arménie d’une part, et avec le Daghestan d’autre part, doivent être exclues de tout circuit dans le pays.
3) L’Azerbaïdjan est situé dans une région d’activité sismique.

(Bakou, joyeuse capitale)

4) Circulation libre sauf dans les régions avoisinant la ligne de front et le Caucase nord. La frontière internationale avec la Géorgie (dite du Pont rouge) est ouverte mais l’entrée des véhicules privés est soumise à une réglementation sévère (paiement d’une taxe qui peut varier à la frontière azéro-géorgienne). Les risques d’accident de la route sont permanents. Les règles de conduite de base sont rarement respectées, y compris par les étrangers. En cas d’accident de la route, un constat est dressé par la police (formalité qui peut prendre plusieurs jours).

5) Epidémie de grippe aviaire : La Direction Générale de la Santé recommande aux voyageurs d’éviter tout contact avec les volailles et les oiseaux, c’est-à-dire de ne pas se rendre dans des élevages ni sur les marchés aux volatiles.
6) La fiabilité des contrôles sanitaires sur les viandes et les produits frais importés (de Turquie, de Russie ou de Dubaï) est aléatoire. La consommation de conserves doit être prudente (vérifier la date de péremption). La chaîne du froid n’est pas toujours respectée, surtout en période estivale.