30 décembre 2006

transition VII

Je me rends compte que, depuis le 21 novembre, date à laquelle j'ai copié-collé un bout de code de google analytics en bas de ma feuille de style, on peut compter près de 1500 visites sur cette page. En ajoutant à ce total le nombre de buts infligés à nos malheureux adversaires, ce matin, on arrive plus ou moins à 2007. Il y a des jours comme ça, on croirait que tout était prévu...
On disait que celui qui identifie correctement le type sur la photo gagne un verre.

29 décembre 2006

sans filtre ou presque?

Il faudrait un blog secret où on ne publierait que ses courriels privés (c'est un mot mal choisi privé: disons que ça comporterait les échanges type boulot et réservation d'avion, mais pas les chaînes). Secret parce que sinon les gens ne t'écriraient plus. Et le jour où un des expéditeurs tomberait - par hasard - sur le site, il faudrait tout détruire et nier les faits. Est-ce que Gallimard publiera des Correspondances Complètes qui ne comporteront que des courriels, dans quelques années?

27 décembre 2006

premier niveau

part 1.0 Noël
X: Et l'an prochain, tu fais quoi? / moi: (réponse en deux minutes, qui passe en revue toutes les possibilités logiques. Structure parfaite, sorte de dégradation: de l'idéal au pire, qui ne serait pas un pire après tout, plutôt un aboutissement normal. Savant mélange de lucidité et d'optimisme qui clôt un peu la conversation). / X: ... / moi: ... / X: Et ton permis alors, t'en es où? / moi: Nulle part.

part 2.0 La poste
Le postier est le maître du monde, aujourd'hui, et il faut le lui faire sentir. C'est un document important que je vais poser entre ses mains: un dossier en double exemplaire et un CV, qui constituent une base de données plus ou moins décisive pour l'an prochain. Le postier détient la première clef, je dois graisser ses pattes d'ours, absolument, le considérer comme le boss du niveau1, mais un boss avec lequel il faut ruser - la prise est simple: les flagorneries, je gère. Mais la facilité n'est qu'apparente: bien au chaud derrière sa vitre, ses lunettes et sa moustache, le postier use de toutes les ficelles pour exciter les nerfs de son opposant (il va falloir revenir avec un autre papier; vous avez mal rempli le formulaire; dix-sept timbres pour la France? il m'en reste un, alors bon; il manque deux cents, vous les avez pas? Au suivant). Les sept personnes qui me précédent dans la file d'attente résistent à ses attaques, courbent l'échine sans s'écrouler, plient mais ne rompent pas, redoublent de douceur et, à chaque fois, il finit par céder à leurs désirs, leur donne la clef. Quand c'est mon tour, le type me regarde noirement et me jette un "Monsieur" glacial. Je réponds "Bonjour, ma jolie...".

La première porte du faisceau de possibles se referme et le boss du niveau1 triomphe. Le dossier dans la main, je vois se restreindre les ouvertures futures et je me souviens de l'oracle de Noël - le permis, oui, oui, c'était un peu le même genre de règle du jeu que je ne pouvais pas accepter.

25 décembre 2006

je regarde et puis j'éteins

le tout serait d'abord de ne pas cesser d'avoir des choses à dire et, ensuite, de trouver l'espace à occuper (les murs).

23 décembre 2006

transition VI

Cet article est triplement historique. D'abord, parcequ’il renvoie la souriante frimousse de Mélanie Laurent dans les oubliettes des archives du mois de novembre. Ensuite, parce qu’il est le 225e publié sur cette page, mais ça, franchement, à part les amateurs de fines statistiques (qui se délecteront du fait de constater une hausse de ma productivité durant ces neufs derniers mois, en comparaison avec les billets parfois plus sporadiques de la première année du blog – ils feront des meilleurs calculs que moi, les statisticiens, qui permettront de dégager les conditions de productivité maximale et minimale), je pense que personne n’en a rien à branler (oui, oui, c’est le même je que celui qui te citait l’épigraphe des Complaintes hier, mais il a eu une nuit difficile). Enfin, pour la première fois, je cite une case de Manu Larcenet, la dernière du premier volet de l’archiconnu Combat Ordinaire. Une vignette qui, détachée de son environnement (con)textuel, acquiert une valeur autarcique et universelle, devient un potentiel vecteur de tout. On pourrait la retrouver sur certains skyblogs aussi, peut-être, mais gageons que, dans ce cas, elle ne contribuerait qu’à leur élévation vers la sphère légitime – ni plus, ni moins - même si elle n'est pas ici synonyme de fermeture élitiste.

22 décembre 2006

Au petit bonheur de la fatalité

Le train s’ébranle lourdement vers la capitale et dans le coin gauche de Liège on peut presque sentir poindre l’aube, à travers des vapeurs blanchâtres. Un bras reste tendu, qui désigne le Bruxelles-Ostende près de la porte rouge du troisième wagon. C’est quand même bien fait, cet affichage électronique. Ca gagnerait peut-être à être agrandi, mais, point de vue fréquence, rien à reprocher : la quatrième voiture en est pourvue, comme la cinquième, la sixième et la septième… Après, je n’ai plus l’occasion de vérifier parce que, à ma droite, un rire éclate, provoqué par la vue du bras désespérément tendu et des yeux (« la synecdoque ou l’art de ne pas citer les noms ») qui suivent le mouvement de notre train, qui a changé de voie pendant que nous discutions, en passant subrepticement dans notre dos, en ne partant pas trop loin – juste le quai d’à côté – pour porter le ridicule de notre situation à son paroxysme.
Tu sais, le titre du post, c’est l’épigraphe des Complaintes de Laforgue, en direction duquel l’entête du site clignait déjà de l’œil quand elle affichait « Tandis que, d’un autre côté … », le vers final de la Complainte des débats mélancoliques et littéraires.

16 décembre 2006

- ULGRA 2007 -

Souvenez-vous, l’an passé un jeune romaniste de première licence réussissait l’extraordinaire exploit de remporter, après des efforts et recherches éprouvants, le trophée ULG Romanistic Award, organisé par QDS.
Cette année l’épreuve entend réunir plus de trois candidats et, pour ne plus privilégier les sémioticiens de l’image, revient aux fondements du concours romaniste : le sacro-saint questionnaire écrit. Les réponses doivent parvenir à l’adresse inertiesfulgurantes@hotmail.com pour la date du 31 janvier 2007, les résultats seront proclamés dans ces eaux-là, parallèlement à ceux des examens. Bonne chance à tous !
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1. À l’occasion du soixantième anniversaire de Jules Horrent, les collègues du professeur se sont fendus d’une participation à un volume de mélanges destiné à lui être offert. Parmi les contributions, on retrouve celle de son disciple J.Joset : à quelle université ce dernier était-il lié lors de la rédaction de son article?

2. Autre vibrant témoignage de sympathie, le célèbre Pour Jacques, recueil de textes publié symboliquement chez « Espace Nord » par les amis de Jacques Dubois pour celui-ci. L’un des écrits, en plus de contenir en note de bas de page une réflexion métalangagière sur l’absence de marque du pluriel de zizi-coin-coin, se caractérise par une apparente stratégie d’anonymat de son auteur. Ce dernier laisse toutefois au lecteur une chance de le retrouver grâce à un joyeux double calembour : à qui avons-nous affaire ?

3. À l’occasion de l’élection de D.Bajomée à l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique, le Quinzième Jour du Mois avait soumis la professeur au questionnaire de Proust. A la question « qui est votre poète préféré? », cinq noms durent se partager l’honneur. Quels sont-ils ?

4. Dans la postface d’un roman, Vincent Rahir se souvient d’une leçon au cours de laquelle un professeur, « caché derrière Genette et ses Figures III », avançait que « la narration au futur n’existe pratiquement qu’en poésie » avant de préciser qu’il n’y avait, à sa connaissance, qu’un seul roman écrit au futur : le postfacé en l’occurrence, « le roman d’un ancien élève de la faculté, et c’est sûrement après avoir suivi mon cours qu’il a eu l’idée de l’écrire au futur, par défi ». Qui est cet ancien étudiant et quel est le titre de ce texte particulier ?

5. Dans le troisième numéro de la revue Mandrill, on trouve notamment un remarquable Sonnet en Merckx, parodie du « Sonnet en x » de Mallarmé. Donner le nom de l’auteur de ce texte pourrait ne nécessiter aucune recherche. Trouver son dédicataire, un minimum. Quel est le deuxième ouvrage recensé dans la bibliographie de ce dédicataire sur le site de la revue en ligne Bon à tirer ?

6. De quels textes proviennent les extraits suivants ? (dans la mesure du possible, visez une réponse du type « nom de l’auteur, titre de l’ouvrage, titre du poème/chapitre »).

a) Un certain nombre de linguistes, de nos jours, hésitent à présenter leurs travaux comme structuralistes. Beaucoup, en revanche, commencent à attribuer ce titre aux travaux des autres. Les chomskistes appellent structuraliste toute la linguistique postérieure à Saussure, et n’hésitent pas, par exemple, à ranger dans cette catégorie les recherches de Martinet, alors que le même Martinet prend soin de distinguer son « fonctionnalisme » d’un « structuralisme » qu’il rejette.
b) Quand je revins de Londres, en mai, j’étais égaré et, dans un état de surexcitation, presque malade, mais cette fille était bizarre, elle ne s’aperçut de rien. J’avais quitté Paris en juin pour rejoindre Dirty à Prüm : puis Dirty, excédée, m’avait quitté. A mon retour, j’étais incapable de soutenir longtemps une attitude convenue.
c) Oublierez-vous jamais Rossana Carrer la lumière de vos yeux
Quand nos regards se sont épris de côté
L’espace de traverser la pluie dans la rue à Padoue
d) Un hydrophile vint à passer. Je ne pus retenir une pensée poétique et, sortant un nouveau feuillet de ma poche, j’écrivis : Tityre sourit.
d) Aujourd'hui, en septembre, par trois fois, le nain a failli échapper au géant qui l'avait emmené en promenade sur les coteaux de la citadelle.

7. En 1964, quelle fut la pirouette utilisée par la romane pour caser les services des professeurs Rita Lejeune, Maurice Delbouille, Louis Remacle, Jules Horrent, Léon Warnant et André Vandegans, les locaux du troisième étage des bâtiments de la place Cockerill – occupés alors – se trouvant surpeuplés ?

8. Question très scolaire : À quels groupes ces différentes langues de la famille indo-européennes sont-elles respectivement liées ? messapien, tosk, koutchéen, lituanien, scythe, ukrainien, féroéien, ombrien, manx, cornique. (Les noms des groupes suffisent, il n’est pas nécessaire de préciser les sous-groupes éventuels, pas plus que les branches : ce n’est pas un examen, vous êtes là pour vous amuser, pour souffler un coup).

9. Quels sont les auteurs respectifs de ces différentes assertions, toutes prononcées dans les bâtiments de l’Université de Liège ?
a) « Il n’y a rien de plus faux qu’une thèse de doctorat ».
b) « Le chat de B.Denis s’appelle Elvis ».
c) « Thom Yorke est un peu le Zola du champ musical contemporain ».
d) « Bien sûr que c’est important l’intuition, mais on ne peut fonder une science sur ça. La science nécessite des règles. Sinon, ça donne ʺoh elle est sympa cette copie. Je ne sais pas pourquoi, mais elle est sympa : je lui mets 12. Tiens, celle-ci me plaît moins. Je ne sais pas pourquoi, mais je lui mets 8ʺ. Et ça s’appelle l’analyse textuelle. »
e) « Oui. Le plaisir féminin existe ».

10. Question subsidiaire : Combien de bacheliers romanistes de première année réussiront cette année l’examen d’espagnol du mois de janvier ?



15 décembre 2006

Quitter le réseau (épilogue?)

La vie d'un blogueur ne se limite pas toujours au tas de posts qu'il laisse s'amonceler dans la petite parcelle du champ internetien qu'il a lui-même baptisée et aménagée. C'est donc en toute logique que Tanguy Habrand (Question de Style) délaisse temporairement ses carnets en ligne pour publier en février un essai intitulé Le prix fixe du livre en Belgique, Histoire d’un combat, dans lequel se trouvent analysées les raisons de l’absence d’un équivalent belge à la loi Lang. À cette occasion, un appel à signatures est lancé en vue d’effectuer un état des lieux : plus d'informations sur http://www.prixfixedulivre.be/php/.

13 décembre 2006

Welles 2006

L'intéressante (et burlesque) mise en situation proposée ce mercredi soir par la rtbf a engendré des réactions un peu comparables à celles suscitées le 30 octobre 1938 par la lecture de "La guerre des mondes" d'Orson Welles sur la radio CBS. Aujourd'hui, je n'ai pas vu de père de famille enfourner sa femme et ses gosses dans la voiture pour mettre les voiles, mais une sorte d'interrogation dans des regards et d'autres manifestations de crédulité (je me réjouis de lire les journaux de demain, qui devraient compter quelques faits divers notables à ce sujet). La modernité a ses limites.

Note du 14.12.2006, à 1h06: La dernière heure/les sports a été prompte à réagir. Convoquant les sources les plus pertinentes pour établir le procès de la chaîne publique (A cette heure, vous étiez nombreux à nous avoir joint pour nous faire part de votre mécontentement. Ainsi, René n'a d'autre mot que "c'est crapuleux, scandaleux! Cela va provoquer une réaction du côté flamand!" Eric, lui, était prêt à se rendre à la RTBF qui, avec son émission-canular a fait pleurer la maman, bouleversée, du jeune homme. Jean-Louis, lui, a juré que c'était la dernière fois qu'il regardait la RTBF. "D'ailleurs, je coupe cette émission tout de suite", a-t-il dit.), l'organe de presse récupère sans mon autorisation la brillante analogie que j'avais osée en me référant à Welles. Malheureusement, la triste plume du torchon s'est contenté de survoler wikipédia avant de recopier ma comparaison: "Orson Welles avait déjà fait le coup, en 1938, dans une émission radio durant laquelle il avait fait croire aux Américains que les martiens débarquaient chez eux. N'est pas Orson Welles qui veut"... Et le lecteur naïf de s'imaginer que la panique provoquée par Welles était désirée!
L'entreprise de la RTBF n'était peut-être pas absolument intelligente au point de vue stratégie institutionnelle, dans le sens où elle risque de la discréditer auprès du grand public qui s'estimera trompé et ridiculisé (la maman d'Eric n'a-t-elle pas pleuré ?), mais, au-délà de ce coût plus quantitatif que qualitatif, c'est une réussite totale: d'un point de vue artistique et externe, d'une part, puisqu'elle a réinventé un genre et berné presque gratuitement un public immense (un véritable acte poétique, du rêve); d'un point de vue pratique et interne, d'autre part, pour avoir réussi à prouver l'invalidité de l'inquiétante hypothèse mise en place. Clap clap clap.

12 décembre 2006

Mardi matin

J’emprunte le trottoir qui mène à la rue Féronstrée, celui qui passe devant l’Hôtel de Ville et qui trace une sorte de frontière entre le monde réel et le marché de Noël duquel des lutins brachycéphales ont finalement pris possession pendant la nuit, prenant plaisir à diffuser de la musique qui pourrait être définie comme du Chantal Goya meets Eiffel 65, plus insupportable que cette phrase à laquelle la répétition des relatives foireuses parvient à transmettre des vertus vomitives (parler de vertu est ici bien maladroit). Les gens sourient, pourtant, à neuf heures quatorze, ils n’en veulent pas aux lutins, même pas pour le coup du préservatif géant sur le Perron. Désavoeu politique?
(affront suprême pour le symbole des Liégeois, réduit ici à son signifiant phallique le plus primitif)

Il eût été illusoire de penser que les desseins impérialistes lutins se fussent limités à quelques chalets de bois puant l’urine et le refroidissement du vin chaud : les velléités gnomes englobent la totalité de la ville de Liège et quelques places fortes ont été soumises à rude épreuve ces derniers temps. Ainsi, le bureau des archives de la ville, dont le toit a été canardé à plusieurs reprises, les becs des palmipèdes provoquant une multitude de petites fissures dans le plexiglas, l’eau s’infiltrant jusqu’aux volumes contenant les résultats du recensement de 1881 que, pas de bol, je dois justement consulter.
(sur la rive droite de la Meuse, le fier bastion lutin, calme et tranquille)

La dame avec la veste et a robe en jeans tapote gentiment le clavier quand je lui dicte les noms des auteurs belges dont j’espérais découvrir les domiciles respectifs, qui m’auraient mené à la composition de leurs familles respectives – le principe du recensement, somme toute. Si je jouis de la double chance que les résultats de ce recensement ont été encodés sur de fougueux ordinateurs et que les fichiers informatiques n’ont pas encore été attaqués, il n’en demeure pas moins que le temps presse, que tout n’est qu’une question de microsecondes. Une goutte de sueur perle à mon front (une entrée de cette expression figure probablement dans le dictionnaire de Flaubert) et la dame ne tape pas assez rapidement à mon goût. Comme si tout était normal, qu’on avait vachement le temps de récupérer ces infos, qu’aucune menace ne pesait. Et je serre les dents en pensant qu’après l’accomplissement de la mission, j’aurai vraiment besoin de vacances.

08 décembre 2006

transition V

Sur le chemin qui conduit d’Outremeuse à la place du XX août, j’ai le temps de croiser quatre parapluies retournés, abandonnés sur-le-champ je suppose – c’est un peu gênant de se promener avec un parapluie niqué, se disent les gens, autant ne pas avoir l’air con/maladroit/pauvre et s’en détourner, les cheveux mouillés et les risques de pneumonie comptent moins que la posture. Il y a un noir, un à carreaux et un rouge, le dernier je ne sais plus, mais il y en a quatre, c’est sûr. Laura m’écrit un courriel qui parle un peu du vent qui soufflait sur sa route (de face ou sur les côtés), qui arrachait les bérets de deux ou trois types qui cavalaient pour les récupérer (un béret n’est pas un parapluie, on n’abandonne pas un béret). Dans l’université, Amnesty International a investi un couloir et je signe leur pétition sans trop la lire – j’essaye, mais la concentration est ailleurs, je fais confiance. Je fais un rapide compte-rendu de la prestation de The Tellers, la veille, à l’escalier. C’était sympa, mais bon : sont arrivés bourrés, ont proposé un set acoustique d’une demi-heure passablement foireux et sont repartis en présentant de vagues excuses. Moi, je m’en fous, pour cinq euros je vais pas chicaner et ça correspondait relativement bien à la posture (deuxième occurrence de ce mot dans ce post) adoptée par ce groupe. Mon interlocuteur reçoit un coup de fil qui poursuit mon résumé, mais de façon moins positive (sympa se transforme en nul à chier). J’essaye plus ou moins d’imaginer ce que donne le dialogue en prenant conscience de la puanteur de mon pantalon – qui sent la soirée d’hier – et en feuilletant distraitement un bouquin de Vincent Lemieux dans lequel il y a trop de graphiques pour que j’y comprenne quelque chose du premier coup. Plus tard, je sortirai, pour la deuxième fois de la journée, La littérature sans estomac de mon vilain sac à dos, je tournerai les pages et je rigolerai beaucoup (d’Angot, Beigbeder, Bernheim et Roze surtout), avant de refermer le volume en pensant que, moi-même, je donne beaucoup dans le sans tripes.

05 décembre 2006

le dire-vrai romanesque mène à la chaleur d'une salle de cours

Il y a [dans le roman] d'infinies variantes de la garantie d'authenticité: la confession sincère et brutale; le souvenir de famille; la sensation finement observée; la peinture des gens authentiques; le corps, le viscéral. Ainsi, le lecteur sait où il est, et peut se convaincre que l'auteur parle vrai. En outre, l'effacement contemporain des frontières entre roman et autobiographie, qui a donné naissance à des genres hybrides tels que l'"autofiction", favorise l'équivoque, et l'identification émotionnelle du récit à la personne de l'écrivain. Il est dès lors plus facile d'écouler le produit, quelle que que soit sa qualité, en mettant en scène habilement l'auteur, en créant quelque scandale. Une grande partie de la littérature d'aujourd'hui peut se ranger dans la catégorie "documents humain". N'importe quoi est bon, suivant l'idéologie moderne de la transparence et de l'individualisme. Les confidences de M. Untel sont intéressantes par nature, parce que Untel est intéressant dans sa particularité. C'est l'idéologie des jeux télévisés, de la publicité, des reality show, de Loft Story et des ouvrages d'Annie Ernaux. La plupart du temps, dans tous ces genres, le résultat est accablant, et sert pour l'essentiel à se rencogner dans le confort de la médiocrité, dans un narcissisme à petit feu, qui n'a même pas l'excuse de la démesure. Pour engendrer autre chose, la confession exige une stature humaine dont ceux qui la pratiquent sont fréquemment privés. Reste cette excuse de la médiocrité: la sincérité.

Pierre JOURDE, La littérature sans estomac (2002).

03 décembre 2006

l'épopée zutique: épisode 4 - La Commune

ou Application de la loi de Godwin au mémoire de licence
Il est vrai que [Leconte de Lisle] ne reste pas fidèle à son statut d’impassible dans cette affaire et va jusqu’à écrire à Heredia, le 2 juin 1871, que la solution idéale, visant à empêcher le risque de nouvel embrasement du foyer parisien, consisterait à
« déporter toute la canaille parisienne, mâles, femelles et petits, pour en finir avec les vengeances certaines qui n’attendent que leur heure ; mais il y a des mesures impossibles, et ce sont malheureusement les moins inexorables ».

30 novembre 2006

erreur commise d'office

Quand je fais un clic droit sur le mot boucle, dans un fichier word, et que je choisis ensuite l'option "dictionnaire de synonymes", le fichier se ferme. C'est amusant, j'ai recommencé dix fois.

29 novembre 2006

début de semaine

Lundi : Je ne retiendrai de Polar que le côté dégueulasse de Miossec, qui n’est vraiment pas sympa de lui refourguer ses pires textes. Si je fais un effort, je pourrai aussi en garder le souvenir d’un type qui fait les introductions de chansons les plus longues et les moins amusantes du monde. Peter Van Poehl a l’air sympa, lui, et raconte deux ou trois trucs sur son pays natal suédois (dont le nouveau gouvernement local se fait fort de diffuser une image positive et moderne en envoyant d’ici 2011 un chalet typique sur la lune – s’il le dit, après tout). Il ne se souvient pas (ou ne veut pas se souvenir) qu’il a récemment collaboré avec Vincent Delerm et jette un regard désolé au spectateur qui lui demandait de jouer Marine. Après une dizaine de chansons folk reprises par le public qui fait joyeusement lalala, le garçon prend congé en sautillant. Des tiges sont érigées sur scène devant une assistance un rien interloquée (il s’agira de tubes fluorescents, mais les roadies ne l'expliquent pas tout de suite). Dominique A boucle la soirée en s’autorisant un set de plus d’une heure quarante (plus de quatre heures, si ça se trouve, mais il fallait reprendre le dernier train) durant lequel le brillant parolier oublie que ses albums sont plutôt classés dans les bacs « variété française » que « rock alternatif ». Presque explicitement désireux de concurrencer motorhead qui se produit dans la capitale le même soir, le chanteur et ses musiciens proposent un son aussi lourd que précis et font évoluer les morceaux des différents albums dans lesquels ils vont piocher pour composer une jolie prestation hétéroclite.
Mardi : On ne veut pas que Mélanie Laurent pleure et on ne veut pas non plus qu’elle reste trop longtemps à l’hôpital parce que l’anorexie ne lui va pas très bien (mais on ne veut pas non plus que ses amis l’enlèvent de force, ça ne fait pas très sérieux). C'est tout. J'avoue, en fait, c’était juste pour pouvoir mettre son visage sur cette page.

28 novembre 2006

le mot du jour

Goliard: clerc défroqué; celui qui délaisse la bure pour privilégier ses burnes.

26 novembre 2006

ces diplômés qui vous narguent

"Je constate que tu es devant ton ordi en ce magnifique dimanche de fin du monde. Le ciel est splendide: dégradés de couques cuites par Saint-Nicolas. Dans aucun apocalypse, à ma connaissance, on ne nous avait prédit des derniers jours aussi doux: près de 20 degrés fin novembre...
Passe néanmoins une bonne soirée, et à demain!"
"Les oiseaux de Hitchcock revisité par Al Gore"
ou
"20° en novembre, les hirondelles hésitent..."

24 novembre 2006

représentation par le consommé

il faudrait étudier des trajectoires de réception, je veux dire le parcours passif d'un individu : ce qu'il lit et écoute au fil des années et qui le définit. Bien sûr problématiser tout cela au niveau des enjeux et des positionnements que cela implique, distinguer les réceptions choisie et subie (et rediscuter donc la valeur de passivité : ex. choisir, à seize ans, de quitter blink-182 en se rendant compte qu'ils participent de la sphère de grande production)...

22 novembre 2006

Hommage à Le Chauve

Lors d'un cours sur l'écriture du fragment fondé particulièrement sur la pratique de Perec, la Professeur a eu l'excellente idée de nous faire visionner la vidéo d'une émission qu'Arte consacra a l'écrivain trop tôt disparu. Celle-ci mettait notamment en scène les proches du sujet occupés à vanter ses talents ou interprétant certains de ses textes. L'une des interventions provoqua une explosion de rires masculine pas forcément propice, mais bon. Sur l'écran, un très fin bonhomme chauve sapé comme un prince déclamait plus qu'emphatiquement une liste (décidémment) de l'Oulipien. Sur-le-champ, nous l'adoptâmes: il était des nôtres, il nous avait distrait, malgré lui, il avait ridiculisé toutes les postures mortifères et endeuillées des coparticipants, il était grand. Le lendemain, une condisciple nous apprit que le chauve était décédé la veille, le jour du visionnage (il y avait quelque chose de The Ring là-dedans). Elle avait oublié son nom. Aujourd'hui, plus d'un mois après, je me souviens du Chauve. En entrant "ami de perec chauve mort" sur le moteur de recherche google, je parviens à identifier Daniel Emilfork, que je regrette de ne pas connaître et sur le C.V. duquel figurent quand même Le casanova de Fellini et Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ.
Daniel Emilfork © François-Marie Banier

de la liste

Certains considèrent la liste comme une situation limitrophe entre le signe et la phrase. Benveniste la définit, très discutablement, comme "un lieu où le je s'exclut comme sujet de langue". Celui qui s'ennuie, comme un passe-temps susceptible de le condamner à l'internement psychiatrique. J'ai pas envie d'écrire une introduction, en fait...
Ex.: liste de listes: liste des meilleurs mots de la langue française; liste des personnes dont j'ai déjà désiré la mort; liste de forgeries superfétatoires; liste annuelle et ouverte des usagers des bus que j'emprunte; liste des baptisés qui n'ont pas obtenu le diplôme escompté ou qui ont traînaillé en route; liste des morceaux les moins écoutés de ma bibliothèque itunes; ; liste de regrets; liste d'objets inutiles dans une cuisine;liste des amis perdus; liste des idées révolutionnaires à ne pas oublier; liste de gens nés le même jour que moi; liste des lits dans lesquels j'ai dormi; leconte de liste (pardon); liste des prénoms les plus moches; liste des films les plus pourris que j'ai vus; liste de dates auxquelles j'associe un événement sans réfléchir; liste des gens que je ne voudrais pas être; liste des erreurs de Vandenborre qui coûtent des points; liste de raisons pour aimer à peu près tout le monde; liste de blogueurs parlant de la liste; liste de mots à intégrer dans une communication pour assurer une réception favorable; liste des vannes d'Eric Cartman sur les Juifs; liste d'objets utiles dans une cuisine mais ne figurant pas dans la mienne; liste des livres achetés que je n'ai jamais lus...

18 novembre 2006

l'épopée zutique: épisode 3 - André Gill

En 1880, huit ans après que le Cercle Zutique est mort, le célèbre caricaturiste André Gill fréquente le Cabaret des Assassins. Sur la facade de l'établissement, un passant écrit en vitesse "Là peint A. Gill", à quoi l'artiste réagit par ceci:

16 novembre 2006

coup d'oeil poché

La caissière numéro trois – ou plutôt la demoiselle sise à la caisse numéro trois – portait un petit badge blanc indiquant son prénom qui avait été tracé au feutre bleu il y avait déjà un petit moment au vu de l’illisibilité des lettres. Je déchiffrai quand même que c’était Catherine et Catherine avait l’air de mauvais poil, ne m’adressant pas le moindre sourire au moment de me facturer les trois paquets de nouilles produit blanc, les bouteilles de liebfraumilch et les quatre boîtes de bouffe pour chats que je lui présentais, se limitant à me rendre la monnaie sans un mot, désespérante de mauvaise volonté dans un sens, authentique remonteuse de moral dans l’autre (dans deux minutes, je l’aurais quitté le magasin, moi). Je ne risquai pas d’ "au revoir Catherine", embarquai mon petit sachet et, contre le vent, repris le chemin de la maison. Je parie que si ma tête avait été mise à prix et que mon visage s’était trouvé placardé en divers endroits publics, on n’aurait pas pu compter sur elle pour aider à ma localisation. Sacrée Catherine.L’eau chaude tombait sur moi comme des billes sablées. Les ruissellements prolongeaient la cascade du pommeau en courant sur mon bras, puis coulaient de mes doigts jusqu’au baquet troué d’où ils fuyaient vers les égouts, puis vers un fleuve, et tout le toutim. Vingt-cinq minutes contemplatives et une peau de raisin sec.

15 novembre 2006

métadiscours

Mes capacités d'informaticien sont ce qu'elles sont et les "options" infligées par blogger gênent mes yeux : ces libellés que vous vîtes m'ont bouffé deux heures de temps (organiser le blog a posteriori n'est ni facile ni amusant), mais ils surchargent le texte. Exit donc. Désolé si ça plaisait, mais le blogueur est un démiurge, ce qui implique le pouvoir grisant de détruire à l'envi les insignifiances qu'il a créées.
(edit: je suis un peu dur... Disons que je me contente de retirer toutes les séries factices).

13 novembre 2006

Mâchicoulis

S'émanciper de ses modèles suppose la reconnaissance de leur existence d'abord, de leur influence ensuite. L'auto-justification, à partir du moment où elle est trop souvent remise sur le tapis, peut mener à une remise en question totale (mais c'est une étape plus tardive, défendons-nous, protégeons tous les remparts, chauffons encore quelques litres d'huile).

(C'est un mot intéressant, mâchicoulis, ça fait très plasticine ou gribouillage, on dirait un terme du vocabulaire enfantin. Ca doit être voulu par les historiens.)

10 novembre 2006

Triptyque subjectif du 9 novembre 2006

Premier volet : Vincent Delerm, qui laisse peut-être une part de responsabilité à Madame sa mère au niveau de l’élaboration du set qu’il présente en concert – dixit lui-même – , mais dont la surcharismatique posture le ferait presque transpercer les trois baffles côté gauche, qui le cachent quand même un rien (moi, je me comprends). Quand ses textes, véritables work in progress, ne sont pas réaménagés, l’alchimie est complétée par l’un ou l’autre adjuvant soigneusement décalé (du déguisement kitsch aux projections intimistes), mais jamais tape-à-l’œil. On est juste content d'être là. Il est très bien, ce garçon.

Deuxième volet : Jean-Philippe Toussaint qui, à grands coups de citations de Freud, Starobinski, Bachelard et lui-même (...), entend faire entrer définitivement le geste le plus odieux de toute l’histoire du sport[1] dans la légende en lui octroyant une place au chaud dans l’écurie littéraire la plus pourvue en pouvoir symbolique de ces trente dernières années[2]. Si j’ai un peu de mal à comprendre le geste toussaintien au point de vue idéologique, je reconnais que le plaidoyer tient poétiquement la route… jusqu’au dernier paragraphe, où Toussaint oublie peut-être qu’il est susceptible d’avoir affaire à un public qui connaît Zénon d’Élée (ou bien Midam[3], le papa de Kid Paddle) et que la pirouette ne le fera pas vraiment rire, lui qui, après quelques feuillets porteurs d'une émotion et d'une tension presque palpables, ne s’attendait pas à une conclusion si « facile ». Si c’était à refaire et que tu me lis, Jean-Phi, je te suggère en toute amitié un titre cynique : L’homme assis dans le couloir II.

Troisième volet : Emilie Q. Les mots sont parfois dépassés par les actions. Nadja n’est qu’une surréaliste de pacotille, finalement.

[1] : à égalité avec celui de Conceiçao l’an passé. Dans mon titre, il est écrit subjectif.
[2]: cf. Collectif, Portrait d'Irène Lindon en Onc' Picsou nageant dans une piscine de biens symboliques, Liège, 2006.
[3]: qui n'était probablement pas le premier à récupérer le procédé du Grec, mais mon érudition est limitée - malgré la prétention que j'en tire.

08 novembre 2006

Perec appliqué

Actuellement en train de mener une enquête (faire une liste, donc) sur un corpus de cinquante romanistes. Question: quel est le top 3 des professeurs que vous ne supportez pas? Le premier reçoit 5 points, le deuxième 3 et le troisième 1. Le classement ne sera probablement jamais publié ici, mais, à l'heure qu'il est, des surprises aux attendus, on pourrait déjà tenter de comprendre les noms cités en fonction des résultats des examens[1], des éventuelles remarques en privé [2], de la fréquence des cours [3], du rapport titre/posture des évalués [4], de l'évaluation romaniste des autres filières [5]. Et dire qu'on se moquait de cette connaissance de Romain dont le système de "cotation des amis" lui avait valu d'être le sujet d'une émission de strip-tease.

[1] Ex.: En mettant un échec (mérité ou pas) ou une cote inférieure aux espérances de l'étudiant, le prof augmente ses chances de remporter le classement.
[2] Ex.: Vous voulez vraiment faire ces études? / Vous ne m'avez pas cité au mot près les travers de l'h....... et votre jupe est bien trop longue.

[3] Ex.: Deux heures d'affilée risquent plus d'énerver qu'une seule, idem pour trois entrevues par semaine.
[4] Ex.: Professeur/pote ou assistant/dieu.
[5] Ex.: Peu ou pas d'estime pour les historiens, reconnaissance des latinistes.

03 novembre 2006

Saint-Pholien

Le désert sédatif de la brocante me faisait presque oublier la perte progressive de sensation qui gagnait mes doigts. J’ai poussé la porte du Baudelaire. Plutôt heureux des dépenses du jour. Deux euros pour un livre et un tango, ça tenait d’une publicité pour les petits déjeuners du cinéma. Affalé contre la vitre, j’entrepris de croquer les négociants courageux, qui refusaient de baisser les prix, la négativité du mercure ne les incitant guère à discutailler pour le plaisir (du moins interprétai-je leurs gestes de cette manière).
Dans mon dos, accoudé au bar, un petit bonhomme descendait ce qui devait constituer sa dixième bière depuis son entrée dans le café, probablement coïncidente à l’ouverture de celui-ci. Médecin déchu, il m’avait un jour garanti que, moyennant deux chopes, il serait ravi de m’offrir un certificat à durée indéterminée. Il avait plongé la main dans la valisette noire en polypropylène dont il ne se sépare jamais (j’ignore si elle contient autre chose que son carnet et un tampon nominatif, peut-être des médocs périmés). J’avais souri, dit «non merci».

02 novembre 2006

facteurs de cohésion

Sur le trajet du retour, trois métaphysiciens d’âge moyen relativement flapis procédaient à l’évaluation de leur après-midi, qu’ils avaient entrepris de rendre arrosé et chantonnant. Le gel définitivement ancré dans la chevelure étrange de chacun et qui se reflétait sur les deux autres achevait le processus d’arrachement au réel que les blancs–cerise ingurgités avaient initié. Le plus volubile des gamins (ils devaient profiter du congé de Toussaint), monopolisant la parole tout au long du parcours, avança que, conne ou pas, elle passait bien, Virginie.

Il n’avait pas tort, à en juger par les acquiescements asthéniques de ses deux compères. Ou alors, ils voulaient simplement qu’il se taise, rien qu’un peu et plaçaient tout leur espoir dans un consentement éternel qui, pensaient-ils, lasserait l’orateur. L’un d’eux lui fit remarquer, à un moment, qu’il avait été pisser cinq fois sur une heure. Je cessai alors de minuter leur discours.
* *
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Les jambes fléchies, la plante des pieds posée sur le bord du bureau, une nième monographie endormie sur les cuisses, je regardais évasivement la luminescence effacée des étoiles en plastique collées sur le plafond il y a un paquet d’années – je me souviens de « Distances » dans les Nouvelles du Grand Possible.

01 novembre 2006

"je vais bien, ne t'en fais pas"

- 200 -

Quitter la pièce. Raisonnablement, les escaliers. Mon portable vibre et, au décrochage, mon interlocuteur me salue et se présente : c’est K.L. Feu d’artifice d’intentions prêtées et je deviens tout blanc. Je n’ai rien envoyé au Fram, je n’ai rien envoyé au Fram. « J’ai bien reçu… ». Je n’avais pas appuyé sur envoyer, j’ai simplement copié-collé le contenu du mail dans un fichier txt, j’en suis certain, ce courriel n’a jamais été envoyé, il est prévu plus tard, je n’ai pas appuyé. « J’ai bien reçu votre demande de prêt interbibliothèques pour Critique de la raison dialectique ». Verrouillage oculaire. Le reste de la conversation, je l’entrecoupe de oui/non, je n’écoute plus vraiment, je reviens au monde, je reprends des couleurs – façon de dire. Le bouquin sera là lundi, je crois : j’en ai besoin pour pas grand-chose.

30 octobre 2006

(à lire)

Alfred, Olivier Ka, Pourquoi j'ai tué Pierre, Delcourt, "Mirages", 2006.

la conservation du passé

J’avais vu Good Will Hunting à l’âge de douze ans si c’est possible, emmuré en compagnie d’une dizaine d’autres préadolescents avec lesquels on avait choisi que je confirmerais ma foi. Récemment, je ne sais plus qui[1] m’avait dit que c’était un peu Le Cercle des Poètes Disparus version maths. En le visionnant pour la deuxième fois de ma vie, environ dix ans après, je me suis rappelé la séquence où Matt Damon remballe sa copine en jouant les martyrs (les traits déformés de la pauvre fille) et celle, mythique, où "c’est pas sa faute, Will". J’ai un peu regretté que le prof de maths internationalement reconnu ait monopolisé une équipe pour résoudre un théorème en deux ans, alors que le héros règle ça en trente seconde via un petit dessin représentant une douzaine de cristaux de neige (du reste, contrairement au Cercle des Poètes Disparus qu’il est à la limite plus fin de regarder, pour le détail, en ayant lu Le Songe d’une Nuit d’Été, Will Hunting ne nécessite aucune penchant pour les matheuseries : les seuls moments où le héros déballe son érudition, c’est sur de l’éco' et de l’anthropo'). Sinon, c’était robinwilliamesque : une fâcheuse disposition au malheur amoureux (cf. sa filmographie) noyée par un déluge de bons sentiments créateurs d’un climat utopique que la musique d'Elliott Smith ne fait que conforter. On oublie presque que, le lendemain matin, il faudra prendre un bus qui s’arrêtera plusieurs fois à Herstal. Mais dix ans quoi.
[1] Tamara, en fait. Plates excuses.

29 octobre 2006

prod./cons.

A la fin de toute projection, il est un générique interminable qu’ils refusent de subir, choisissant la porte de sortie discrète pour retrouver la lumière. Et laissant les autres dans la contemplation de noms d’inconnus (qui, majoritairement, n’auront jamais de place dans les Histoires / ne laisseront aucune trace dans les mémoires collectives), ils réintègrent les prévisions, créent vite fait un métadiscours post-noirceur de la salle. Ce n’est qu’une métaphore : moi, je ne regarde le générique de fin que si la musique est bien (type Fight Club). S’il y a un bêtisier, je claque la porte. Mais on s’écarte. Le générique de fin ne fait pas partie du « serment », échappe à la Terreur de chacun sur chacun inhérente même à la foule, ce groupe non désiré explicitement. Le générique de fin est, d’une certaine manière, du stakhanovisme. On apprend à être un fruit sec seulement si on le veut (je cligne de l’œil en passant).

26 octobre 2006

Maximilian Hecker à la soundstation

Puisque M. Hecker râle quand on lui flashe gentiment le visage (Hi Mr.Lightman... Er... I'm sorry but if you use the light when you're taking pictures then I'm not able to sing... Hum...), c'est à sa première partie que nous rendrons hommage. Cow-boy mélancolique à la mitaine droite frappée d'une tête de mort (probablement empruntée à Avril Lavigne), Jeffrey Hayes n'a pas plu à tout le monde. Mais j'aime bien les pleurnicheurs.

22 octobre 2006

l'épopée zutique : épisode 2 - stratégies

Se distraire en travaillant le scientifique comme on travaille un roman:En intégrant le cercle zutique, il semble que les membres mettent définitivement de côté les quelques chances de légitimation culturelle que certains avaient jusqu’alors poursuivie. Dans le champ littéraire de l’époque, où le monstre parnassien, tête baissée, a entamé sa course vers la consécration – le cœur de la critique est déjà gagné, celui de l’Académie le sera quelques années plus tard –, le contre-positionnement zutique équivaut à un véritable suicide. A moins que cette prise de position reste tacite…
(se distraire vraiment aussi)
"Votre mémoire, c'est surtout une collecte des informations dont on dispose déjà. Faut pas se leurrer: si vous avez une ou deux idées neuves, ce sera déjà très bien". Dresser alors les listes des idées neuves, de toutes les entorses aux théories établies, des néo-paradigmes qu'on se prépare à imposer au monde, des systèmes révolutionnaires, des modifications engendrées au niveau de l'historiographie littéraire, des futures conférences (quelles universités refuser?), des éditeurs potentiels. Boire un coup, déchirer ces listes, changer la sélection itunes et augmenter le volume des baffles. Regarder par la fenêtre, dix minutes.
(se distraire toujours)
Le champ suppose donc l’originalité, mais en même temps, il suspecte les ruptures radicales et ne tolère pas les comportements anomiques. (Jacques Dubois, L'institution de la littérature, rééd. Labor "Espace Nord", 2005, p.69)

20 octobre 2006

La jalousie

A l'heure où les éditions de Minuit me rejettent sans état d'âme, Jean-Philippe Toussaint réussit à faire éditer 24 pages sous le titre La mélancolie de Zidane. Investir le champ est une épreuve de force. Une fois qu'on y est, on peut retirer ses godasses et mettre les pieds sur la table en se curant les oreilles.

17 octobre 2006

l'épopée zutique: épisode 1 - ironie

Tu déballes un cd réinscriptible parce qu'aujourd'hui tu as deux minutes de libre et tu te dis que ce serait pas mal de sauvegarder les données actuelles de tes recherches (juste comme ça, pour voir). Le cd gravé, tu lances firefox et il décide de foirer un peu, d'envoyer balader tous les liens importants que tu avais marqués comme favoris depuis des mois (juste comme ça, pour voir).
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En même temps, on peut se consoler en clamant haut et fort que les sites internet ne sont pas une source fiable...

16 octobre 2006

posture de quoi

Ne plus utiliser le p2p que pour télécharger des entretiens diffusés sur France Culture ou des cours au Collège de France.

13 octobre 2006

pathologie (4)

denis dit : je vais mourir du hoquet: je l'ai depuis hier, ça me rend dingue. al dit : fais un "je vous salue marie" en tirant la langue. denis dit : je pense que les techniques anti-hoquet sont surtout faites pour que ceux qui ne l'ont pas puissent se marrer un coup. al dit : possible.

09 octobre 2006

transition IV

Comme la langue, la masse électorale se caractérise par une résistance de l'inertie collective à toute innovation. Quoique dans ma commune, il y a eu un véritable positionnement, un engagement en faveur d'un parti dont l'absence de programme et les tracts tapageurs (style nos adversaires ont fait ceci et cela de mal, ça doit changer) ne sont pas sans rappeler la "stratégie" politique du parti - théoriquement - antagoniste .

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Je me souviens de Nicolas et Bart.
Je me souviens de "vous n'avez pas le talent de votre père".
Je me souviens de Kurt Roethlisberger.

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Le blog de Nicolas Ancion.

06 octobre 2006

pathologie (3)

À notre époque, l'utilisation des transports en commun implique les cris d'enfants. Même à court terme, le procédé n'amuse pas. L'utilisateur X quitte le transport en commun, se cloître dans son deux-pièces qu'il décore de photos d'enfants sur lesquelles l'espace oculaire a été retiré au cutter.

04 octobre 2006

pathologie (2)

À notre époque, l’appartenance au groupe social récemment fondé (type association sans but lucratif idéaliste, équipe de hockey sur glace, quintet pop-punk, collectif de recherche en physique quantique) implique la réception de courriels collectifs. À court terme, le procédé amuse. Le membre X n’a que faire du P.S. destiné en private-joke au membre Y sur le mail de rappel de la cotisation, mais il sourit : il participe, il est impliqué, on le prend en compte. Cependant, au bout de quinze « nouveaux messages » de discussion (à laquelle le membre X ne prend pas part) sur le choix de la marque de shampoing pour la douche d’après match ou sur la composition des sandwiches à servir lors de la réunion du samedi, les contractions zygomatiques ont laissé place à une nervosité que les autres membres ne comprennent pas. Le membre X quitte le groupe social, se cloître dans son deux-pièces, construit des civilisations sur des jeux en réseau.

03 octobre 2006

pathologie

Les yeux rivés sur Brian Molko qui vient de changer de chemise et tente d'éterniser la reprise de running up that hill en plaquant sa fender contre l'ampli histoire de décocher quelques larcens, je me demande s'il est vraiment indispensable d'intégrer la totalité des éléments consultés dans une bibliographie, si tout cela ne va pas nous donner une vaniteuse liste de quinze pages.

30 septembre 2006

accomplissement du projet

Trop de réflexion mène inéluctablement à des essais de formulation qu'on souhaiterait valables

Ecrire contre ses pairs, c'est encore écrire pour eux (le pamphlet littéraire et la parodie participent généralement d'une sphère de production plus que restreinte puisqu'ils s'adressent à un public possédant une connaissance relativement précise du texte/auteur cible - Or, qui peut prétendre à une meilleure compréhension que le raillé?). Dans ce cas-ci, on peut donc considérer que pour est hypéronyme de contre ou qu'il y a union des contraires (les deux acceptions sont bonnes, je crois).

29 septembre 2006

proposition

Suite à la sacro-sainte semestrialisation désirée et impliquée par le nouveau système universitaire, il serait logique de revoir les intitulés de certains cours. Exemple : Marathon de questions approfondies d'histoire de la littérature française des 19e et 20e siècles.

18 septembre 2006

17 septembre 2006

Qualité/Prix

Chez Pêle-mêle, je déniche L'art d'être Hugo[1] en parfait état (probablement jamais lu), au prix identique au numéro de la page où il est crayonné (3). Au dos du bouquin, par contre, tout en bas de la jolie couverture, il est indiqué 19euros50. Je considère donc qu'il me reste pour 16euros50 de livres à choisir, comme en cadeau, et j'emporte un autre tas de trucs[2] pour lesquels je me serais ruiné, en temps normal[3].

[1] Pascal Durand, L'art d'être Hugo, Actes Sud, 2005
[2] Fragment d'un discours amoureux, Le monde selon Garp, Le littéraire et le social, ...
[3] Les notes de bas de page, ça fait tout de suite plus sérieux.

13 septembre 2006

notes sur les recherches aux AML

La taille des toilettes de la KBR et le paysage sur lequel elles ouvrent feraient pâlir d'envie certains employés aux bureaux exigus, certains étudiants aux kotuscules. (J'ai rechargé les piles de l'appareil photo et patiente cinq longues heures, persuadé qu'ils n'auront pas oublié l'anniversaire, que l'avion finira bien par arriver, je suis bien placé). Au moment du déclic, un monsieur âgé discute avec un urinoir, mais je préfère le garder hors champ: rien n'indique qu'il ne participe pas de quelque institution qui pourrait se mettre en travers de ma route ou la croiser (méfiance vis-à-vis des institutions + people that talk to pispots).

11 septembre 2006

Noèse

Frustré par l’orage et l’absence de relations sexuelles au sein de son couple, l’examinateur estime pour la septième fois ce mois-ci que mes manœuvres ne sont pas encore parfaites et que je ne parviens pas à garder mon calme au volant. Je lui donne absolument raison en faisant crisser les pneus du véhicule que j’encastre dans ses rotules. La distance que le beuglard impose entre la bagnole et le mur se rétrécit petit à petit, jusqu’à ce que la fumée du moteur m’empêche d’y voir vraiment clair. En reculant, je permets à l’acariâtre de s’écrouler de douleur. Je vais quand même aux nouvelles et lui fais poliment remarquer que ma marche arrière de libération frôlait la perfection.

10 septembre 2006

stake out

Après le café du matin, je porte péniblement la pousse ou l’inverse et gueule un coup pour réveiller l’équipage. Le handler est déjà debout, achevant de dessiner sur un bidon une esquisse de table de petit déjeuner. Tous les autres ont relativement bien dormi et, au garde-à-vous, attendent que je leur fasse signe de gagner leur bol respectif. Un sourire se dessine sur leurs sept visages quand j’annonce qu’ils auront quartier libre en ville après m’avoir déposé, sauf sur celui des deux Roumains, qui ne sont pas là, profitant d’une excursion organisée par leur centre carcéral (une semaine relaxante sous le soleil de Madagascar), et du petit, dont la bouche a été cousue au lacet de bottine pendant la nuit. L’attelage en éventail réagit promptement aux coups de fouets que je décoche dans le vide ou sur l’oreille droite du petit, qui ne peut pas crier. Je gare le traîneau à l’emplacement réservé et libère la meute, après avoir opéré une synchronisation des montres et fixé un rendez-vous à quatorze heures. Le petit engage l’ébranlement du convoi délivré, défaisant méticuleusement son cordage buccal, écoutant distraitement le Polonais qui, avec un sourire de compassion, lui explique pour la cinquante-troisième fois qu’il est désolé d’en arriver là à chaque fois, mais qu’il va devoir apprendre à la fermer quand les autres ont sommeil.

06 septembre 2006

Le retour 3

Les quatre premiers sièges à gauche du troisième wagon sont occupés par deux employés qui regagnent Liège après leur journée de travail. Ils discutent des filles qu'ils tentent péniblement de lever sur meetic et pèsent entre 200 et 250 kilos à eux deux. Pour l'une d'elle, qui habite Chimay, le moins gros serait capable de reprendre un train directement, dès qu'il arrive aux Guillemins. Il ne l'a jamais vue, mais il en est amoureux. Il y en a une autre avec qui il a chatté une fois et qui est passionnée de World of Warcraft : ils n'ont parlé que de ça pendant deux heures. Alors que la communauté imaginative s'étiole peu à peu, le plus gros revient vers une discussion qui concerne leur entreprise et, donc, vers des collègues qu'il visualisera absolument, sans devoir collecter des informations pour recomposer un portrait approximatif qui n'approchera de toutes façons pas le sujet original. Ils en viennent rapidement à plaindre ceux qui ont une famille et ne peuvent se permettre de jouer en réseau le week-end (le vendredi soir, c'est les meilleures parties).

Et tout leur discours apporte, malgré eux, de l'eau au moulin de certains buts de vie, qui se construisent par opposition, négativement, mais qui se construisent : le voeu de ne jamais devenir un héros de Houellebecq.

Pendant que je trace la conclusion au dos d'un formulaire cartonné de la KBR, ils se trouvent une nouvelle communauté, celle des armes qu'ils choisissent dans tel JDR. Une arbalète, une arme légère et une arme lourde. Mais ils n'utilisent jamais cette dernière.

02 septembre 2006

notes du carnet (II)

La dame dans le bus, aux pieds de laquelle un minuscule chien gémit comme si le trajet allait le tuer et tous les passagers ne sourient plus, qui sentent en eux une poussée de haine et un désir de casser la tête de la dame plutôt que du chien.

Le gros type en orange qui peine à traîner deux sacs type marin comme on en donne à l'armée. Il se pose près d'une bulle à verre, extrait une pince mécanique d'un des sacs et entreprend de récupérer des bouteilles non brisées. Il examine scrupuleusement l'intérieur de la bulle, probablement apte à reconnaître celles qui sont susceptibles d'être consignables.

Le couple de toxicomanes en mauvais état, devant la poste. Ils semblent se réconcilier et se caressent titubement mais avec passion. La queue devant le distributeur de billets les regarde. Deux dames âgées passent, la première apostrophant la seconde d'un "links" qui devrait sonner comme un code indéchiffrable, mais qui pousse mon regard à accompagner la direction de celui de la deuxième à laquelle la contemplation des ébats provoque un petit spasme.

Certains personnages rencontrés finissent par perdre l'importance première qu'on leur confère, à cause de personnages postérieurs. Par exemple, l'homme aux yeux pochés et au nez couvert d'un vaste masque, qui avait pourtant une apparence toute respectable dans son costume trois pièces a failli disparaître de ma mémoire à cause des deux junkies précités.

Le groupe d'artistes qui établit un gros glaçon au milieu de la Place du Marché et distribue des tracts à certaines personnes seulement. Ils posent un mégaphone sur l'iceberg. Ce sont peut-être des activistes? (mais il y a des enfants avec eux).

Plus tard, Romain me dit qu'il serait bien, tiens, lui, pour inerties. C'est comme ces types qui brossent des croquis, qui dessinent... Un peu pareil, mais en un paragraphe. Et il me montre du doigt un grand garçon qui ressemble à Anthony Vandenborre, surmonté d'une casquette orange légèrement dévissée et de chaussettes remontées jusqu'aux genoux. Jusque là c'est facile. Mais alors qu'Anth... que le garçon tente péniblement de s'attirer les faveurs d'une jeune fille, il récolte une réponse qui le fait pivoter de 180°, d'un air absolument détaché, mine de rien.

31 août 2006

les vacances de l'étudiant romaniste

= Le moment où il lit les livres dont on a parlé aux cours, mais qui ne faisaient pas partie de la "matière d'examen" / Le moment où il lit les livres dont on ne parlera jamais aux cours.

nécrologie

Sommes au regret de vous annoncer que D. a mis fin à ses jours en sautant du sommet d'une montagne d'ennuis.

PAINT'S NOT DEAD

Le post le plus esthético-engagé de tout inerties fulgurantes.

28 août 2006

notes du carnet (I)

L'enfant débile, devant la baraque du vendeur de frites, qui amène la commande à son (grand- ?) père et dans les cheveux duquel deux lignes dessinées avec la tête la plus fine d'une tondeuse forment un Z répété en miroir sur chaque face, chaque profil et donnent à son petit corps un air féroce qui ne cadre absolument pas, qui jure terriblement.

23 août 2006

le retour 1

L'homme dans le bus dont je peux savoir (plus que deviner, plus encore que sentir qui ne serait ici à prendre que dans le sens olfactif et qui n'indiquerait pas la simultanéité de la perception et de la prise de conscience) la présence rien qu'en respirant quand je tends mon abonnement au chauffeur.

Les trente minutes d'attente du train. Je suis placé près d'une jolie blonde qui aura besoin d'aide pour monter ses trois sacs dans le véhicule, mais au moment où le wagon ouvre ses portes c'est une toxicomane qui me réquisitionne, implorant que je hisse sa poussette, qui contient sa fille.

La dame dans le train, qui appelle "mon frère" un Noir qui a porté sa valise. Elle s'assied à côté de moi, puis parle arabe et échange de place avec une enfant. (Je change aussi de place, mais discrètement, en feignant d'aller aux toilettes.)

Le jeune homme au polo rayé qui arrête sa marche pour ne pas passer devant l'objectif de l'appareil photo et que je laisse passer. Je le recroise dix minutes plus tard dans le jardin botanique. Il se lève d'un banc, lance un "hello" et me suit un peu.

Les bandes rouges et blanches soutenues par trois piquets, qui délimitent peut-être le contour d'un corps assassiné, sur la place sablée du jardin botanique où des enfants jouent avec des bois et les poubelles.


Le vieil homme sur le quai, qui porte une cage remplie de pigeons et, dans l'autre main, un bouquin immense qui est censé reprendre les horaires de tous les trains belges.

postures

21 août 2006

notes du dimanche 20 août

1) Crucifier sent bon la rose. (2) Juhasz et Van Damme ne sont absolument pas complémentaires. Le premier prend tout dans les duels aériens, le second multiplie les fautes inutiles : mon choix est fait. (3) Dans l'idée de sauter, il y a un double mouvement dont il faut dégager le deuxième ou bien tenter quand même, mais seulement en plan B. (4) Ca faisait un bail. (5) Un sms d'excuses ne comptera jamais. (6) Soulseek est en fin de compte une machine à frustrations comme beaucoup d'autres. (7) Le noisetier d'ce connard/ me heurte car il dépasse./ Je descends du trottoir/ma vie est une menace. (8) Je n'ai pas du tout mal à la tête.(9) Le fait qu'une personne se sente mal dans une relation n'infère pas qu'elle s'implique moins dans celle-ci (qu'elle s'est moins impliquée). Au contraire, la métaréflexion indique une action. (10) A. : - Comment vont tes vacances, tu as fini ton mémoire? / moi : - Oui et je suis agrégé aussi, j'en profite pour me lancer dans deux doctorats l'an prochain./(...)/ A. : - Tu trouves toujours une solution à mes problèmes existentiels. / moi : - Je devrais faire payer mes discussions sur msn. (11) Le bruit des gouttes sur le velux me donne froid. (12) Il y a, dans les Inscriptions de Scutenaire, un paquet de vannes que j'avais déjà imaginées. Ca commence quand même très fort avec, à la première page de l'édition "espace nord" Labor, "J'ai plus de souvenirs que si j'avais Turin". (j'avais pensé à Florence, ça créait une ambiguïté supplémentaire).

18 août 2006

vision du monde

Le 17 août 2006, Brian, Irlandais de 26 ans, a mis pour la première fois le pied sur le sol belge. Il a demandé si on aimait vraiment avoir des rapports sexuels avec des gamines de 12 ans, puis a présenté des excuses (just joking, just joking) avant de proposer qu'on rebaptise le pukkelpop "pedopop".

14 août 2006

Flûtes et réductions

L'enjeu des vidéos produites pour accompagner la sortie d'un single est immense. Dans certains cas, les conséquences peuvent être désastreuses : en confiant la réalisation de Special K à Howard Greenhalgh, le groupe placebo ne se doutait probablement pas qu'il allait considérablement modifier notre relation en proposant à mes yeux de fan transi le plus ridicule remake de L'aventure intérieure qu'il soit possible d'imaginer.

Les clips qui m'ont le plus accroché ont une recette simple: des gosses endormis dans un premier temps, réveillés par la musique du groupe et qui, entraînés, suivent celle-ci, hallucinés comme dans l'histoire du Joueur de flûte de Hamelin. Bon, après, j'admets que si toutes les vidéos étaient pareilles, ce serait pénible.


Sigur Rós - Glósóli

The Arcade Fire - Rebellion (lies)

sociabilité littéraire

La communauté interprétative se construit dès l'enfance: il est bon de retrouver, aujourd'hui, dans une autre bibliothèque que la sienne, des BD de Gil Jourdan et Johan & Pirlouit.

13 août 2006

rue du pot d'or

Alors que le mec derrière le comptoir tend un paquet de frites en gueulant presque un euro cinquante, le ou la triso sourit en lui présentant quatre pièces rouges. Les toutes petites qui traînent parfois au fond des poches et qui font plus chier qu'autre chose les clodos normaux quand on leur en file pour faire semblant de se donner des airs compatissants. J'ai le temps de compter sept centimes d'euro (trois pièces de deux, une de un) avant le vendeur et de relever les yeux sur celui-ci, qui ne semble pas connaître le personnage et dont je perçois le basculement dans la colère : - putain, mais il se fout de ma gueule ou quoi, c'est quoi ce blaireau. Visiblement, il lui donne un sexe sans hésiter et ce serait un comme le mien. Depuis les trente minutes qu'il (ou elle) me colle, je n'ai toujours pas réussi à le (la?) cerner, cette chose. C'était rentré dans le bar dans lequel j'étais assis à picoler et ça s'était directement pris une droite du serveur (ça doit être un mec, en fait, il aurait pas frappé une femme quand même) qui lui indiquait la sortie en laissant tomber les mots que, de toutes façons, son interlocuteur n'avait pas l'air de piger. Ca grognait et pleurait quand je l'ai récupéré dans la ruelle, mais ça ne parlait pas vraiment. Ca avait des cheveux assez longs et gras et pas des masses de dents, des yeux plissés qui lui donnaient une face de macareux, mais en laid. Comment ça survivait ces types-là? Le truc s'est accroché à mon bras et poussait des gémissements plutôt flippants. La situation était plutôt crasseusement malsaine, comme une nouvelle que Thomas Gunzig aurait rapidement bâclée. Je l'ai trimballé un moment à travers les ruelles en tentant je ne sais pas trop quoi. Peut-être tomber sur une équivalence ou un propriétaire. Ca pesait son poids et ça se laissait pendre, ça m'emmerdait. Puis il m'a tiré en indiquant plus ou moins la baraque à frites. Il a désigné un ravier vide au vendeur. Le gars l'a servi et gueulé devant les petites pièces. Là, je suis intervenu, bon Samaritain jusqu'au bout, pour dire au mec que ça allait, du calme, c'est moi qui payais. Mais j'ai ajouté que je le faisais seulement s'il me le gardait le mongol cinq minutes, le temps de me casser. Il a accepté, j'ai dit qu'il garde la monnaie et j'ai mis les voiles. Le gars de la friterie a chopé la manche du mongol quand il s'est retourné. Il ne lui a rien dit d'abord, je crois (je n'ai rien entendu), il l'a juste accroché plutôt doucement et je ne me suis plus retourné pour ne pas revoir l'autre. J'ai changé de quartier, repris quelques blancs dans un café que je n'aime pas, puis j'ai récupéré la bagnole que j'avais laissée sur l'autre rive et je suis rentré à la maison. Mais comment ils survivaient ces types-là?

11 août 2006

se choisir un public

Si vous utilisez internet explorer, je suppose que le fait de voir la paire de godasses du bandeau titre se répéter immondement vous aura, à force, découragé de vous promener par ici. C'est calculé.

Leçon n°2

10 août 2006

la poursuite de la poursuite du bonheur

Ses contorsions asiatiques sur la place de Bruxelles
Ne visent qu’à figer Chang en trois millions d’pixels.
Bousillant leur vaine pose, tu souris gentiment
Un sourcil a froncé sous le Nikon blinquant.
Le ciel est dégueulasse. Errent quatre hispaniques,
L’œil hagard mais chafouin, en quête de narcotiques.

31 juillet 2006

transition III

Dès mardi, je pars jouer les intendants d'un camp scout pour une petite dizaine de jours. Dans mon sac de marin, j'ai tapé en vrac ma cagoule de terroriste, Mes inscriptions de Louis Scutenaire, mes gants de gardien de but, cinq cutters, un bic que je perdrai après deux heures dans la prairie, quelques photos, Café Europa de Serge Delaive, des tongs sans chaussettes, du produit anti-moustiques pour que ça sente quand même les vacances et je ne prends pas de carnet pour que les gosses ne se mettent pas à danser autour de moi en chantant des airs insultants.
Si je n'en reviens pas, conférez à ce post une dimension tragique.

SCOOP

Trouvé dans des documents jamais publiés, au hasard d'un furetage dans une farde marquée d'un Ponge presque rendu illisible par la poussière, dans l'Enfer de l'UD romanes, vendredi après-midi:

Francis Ponge - Le camp scout
Après une longue et pénible journée de labeur âpre et qui semblait ne jamais voir le soleil se coucher, quatre ou cinq tentes, comme autant de feuilles d’un trèfle, viennent redoubler le vert d’une prairie, perdant du coup sa virginité. Cette défloraison au carré – les bâches tuent la végétation – s’accompagne d’une odeur de feu ou d’excréments, selon la feuille du trèfle qu’on choisit d’approcher.

Des comportements très étranges rythment la ruche : cris, courses, pistes souvent factices, dispositions particulières et toutes sortes de choses qu’il faudrait expliquer bien plus longuement car elles paraîtraient incompréhensibles à qui les observerait pour la première fois. (Certains soirs demeurent secrets et inobservables – des physionomies s’y gravent et des verdicts immuables s’y établissent). Un mat où flottent des couleurs synonyme le conglomérat, chaque matin et soir, à la même heure. Cela dure des quinze jours, parfois moins.

Ce pot-pourri d’émeraude qui devrait s’avérer fourmilière tient, la plupart du temps, plus d’un groupe de lions repus et satisfaits. Cela se traîne quelques mètres et s’assied, baille et converse peu. Il suffit cependant d’une étincelle pour que le dortoir se mue en feu d’artifice.

Un empiètement de feuille de trèfle suffit à l’explosion: les hourras fusent ! Les quolibets giclent ! L’électricité plane ! On rit par-ci et craint par là !
------ Les artificiers veillent à ce que les poings fassent office de bouquet final.

(Placer ici un ricochet sur rivière encombrée de casseroles sales).

On y prie parfois. En général, comme pour rire. Comme un « bonne nuit » reformulé et rimant christique. On ne dort pas, on pieute. Du moins, s’il ne fait pas trop froid. Le confort de la chambrée étant inversement proportionnel à la durée du moment près du feu, la nuit, après la veillée. Alpha et Oméga, les couches métaphorisent ce désordre organisé: six pilotis à distances égales mais branlants, des tressages ultra joints mais trop souples, de la place pour les sacs mais tout le linge à terre.

Pendant trois jours – au milieu de la quinzaine, la cité bucolique se vide de ses autochtones. Les autres usent les chaussées des Ardennes et jurent en trimbalant des charges superflues. Leurs pieds en pâtissent, mais goûtent d’autant plus la sérénité nocturne. Au retour, l’imprévue routine retrouve ses droits. On narre ses aventures et on chuchote les interdits bravés, les marques des autos stoppées…. On compare les trajets et crache son infortune… On perce ses cloches…

26 juillet 2006

polarité II

C’est avec une main qui serre si fort sa nuque qu’il en restera des traces qu’elle va jusqu’à user de la pire tentative imaginable : « En fait, c’est toi que j’embrassais dans sa bouche, vraiment toi… ». L’argumentation est plutôt faible, qui pourrait à peine brouiller les pistes d’un logicien déboussolé à cette heure-ci, mais il n’aime pas qu’elle ose encore transformer ses paupières et cils en ailes de papillon. Il éructe des paroles qu’elle ne comprend pas et qui le surprennent, obscénités tirées de sa langue maternelle inusitée depuis plus de quinze ans, bien plus puissantes que celles qu’il puiserait à son idiolecte français et qu’il ne pensait pas posséder. Ca l’épate tellement qu’il relâche l’étreinte pour se foetuser tout petit, tandis que, dans le café, la musique diffusée couvre les maman qu’il geint comme un marcassin lunaire.

23 juillet 2006

transition II

We're currently working on Girls in Hawaii's new album's pictures.

poésie contemporaine

Au fond, on peut, d'une certaine manière, considérer sperme stagnant dans un préservatif usagé comme une synecdoque paricularisante de type Π. Je ne citerai toutefois pas de nom à qui pourrait judicieusement s'appliquer la figure.

21 juillet 2006

et des miettes de mon cerveau

Ce soir, Lio se produit à Spa (à 21h30, au petit théâtre du casino) dans le cadre des francofolies. Du coup, la radio pure fm lui offre une dizaine de minutes pour vendre un peu ce qu'elle a produit jusqu'alors. Après que la chanteuse a établi que Walt Disney était un grand criminel du vingtième siècle (en matière de représentation féminine), l'animatrice propose d'écouter une nouvelle version du tubesque Banana Split, revu et corrigé par Jacques Duvall. L'artiste conclut la diffusion du morceau par un vibrant "je pense que les Grandes Chansons peuvent être modifiées, elles restent toujours de Grandes Chansons".

En début d'année, la même avait affirmé que "Noir désir, musicalement, c'était quand même pas terrible". Je laisse le métadiscours se reposer un peu.

censurons-nous

La monographie que Marcel Coulon consacra en 1927 à Raoul Ponchon a probablement perdu en pertinence avec l'âge, à moins que sa qualité ne fût dès la parution entravée par une trop grande connivence entre le biographe et l'auteur.
Cent cinquante mille vers : c'est-à-dire 20.000 de plus que Hugo, 65.000 de plus que Ronsard, 110.000 de plus que Marot et deux fois plus que nos autres grands lyriques ensemble!
Or, ce chiffre se compte à partir de 1986. Lorsqu'Il arrive à trente-huit ans, Ponchon n'a rien publié, sinon quelques douzaines de rimes.
Avait-il beaucoup produit? - Oui et non. Certes, il est tout à fait loin de la machine qui abattra, en un an, autant que Baudelaire, Heredia et Mallarmé. Cette machine appartient à l'usine journalistique et Ponchon n'entrera dans l'usine qu'en 1886. Mais il faut se garder de le croire le paresseux fieffé que, sincèrement, Il s'imagine être. (M COULON, Raoul Ponchon, Grasset, Paris, 1927).
La comparaison plus ou moins implicite qui suit les deux points est éloquente : Coulon entend placer, quantitativement au moins, Ponchon au-dessus d' "auteurs-éclipses" et relativement scolaires, de monstres sacrés, institutionnalisés (restriction pour Marot, probablement).
Il faut toutefois noter que Ponchon a participé, en 1871, au cercle zutique et a même fourni la dernière pièce de l'album éponyme:
Quand j'vas m'fout' dans l'portefeuille
Ce sera dur jusqu'à tant que je pionce.
Si encor j'rencontrais un'fille
Dans mon pieu, qui m'appelle Alphonse!

Je m'rappelle qu'hier, comme un âne,
J'ai cassé mon dernier carreau,
Et qui fait pus froid, Dieu m'damne,
Depuis que j'y colle le Figaro.
Il n'y a pourtant pas d'erreur sur l'absence de publication évoquée par Coulon, puisque l'album est longtemps resté un simple manuscrit inconnu du public et qui volait de membre en membre, jusqu'à une première édition au début des années trente. L'intérêt de cette auto-censure est d'avoir permis l'édification d'une posture relativement correcte pour certains membres: pour Ponchon, ça aboutira simplement à un biographe trop élogieux; pour Richepin, ça se terminera les fesses posées sur un fauteuil de l'Académie. Ca me rappelle un carnet à détruire, qu'il faudrait retrouver. Il est une heure du matin, tout va très bien, j'ai perdu l'habitude de mai-juin, de dormir dix heures chaque nuit.

19 juillet 2006

philanthropie

just like heaven

Au début (la première semaine de travail dans la grande surface, la deuxième s'il faut vraiment), l'essentiel est de se donner une posture de futur employé modèle: intéressé, disponible, rapide, au courant. Après trois semaines, le but du jeu s'est inversé: d'une part se retrouver isolé le plus souvent possible, se trouver des petites tâches à réaliser seul dans un coin sombre (banni si ça existe) d'une quelconque réserve, d'autre part en faire le moins possible en un maximum de temps.

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Le client de la grande surface ne sait pas, malgré le superbe t-shirt rouge, que tu es étudiant, que tu connais encore moins bien le magasin que lui, puisqu'il a le loisir de chatonner librement dans les allées alors que tu es cantonné à une partie fixe (une réserve - dans laquelle il ne peut pas rentrer - ou un rayon). Alors il vient vers toi et il te demande si tu sais où c'est qu'elles sont rangées, les pièces de batterie de voiture qu'il te tend sous le nez, dis (la sienne est cassée). Moi je réponds que je n'ai jamais mis les pieds dans le magasin avant et que le t-shirt rouge, je viens de le choper à une fille par là (en montrant du doigt, dans mon dos), que comme ça je vais pouvoir rentrer en réserve pour bouffer plein de trucs sans qu'on fasse attention à moi, qu'il y a encore des étudiantes dans le coin si ça l'intéresse, mais faut pas ébruiter trop le tuyau. Et je m'éloigne en regardant mes pieds.

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- J'ai fini journée... C'est quoi mon horaire demain?
- 14-18.
- C'est joyeux.
- Quoi?
- Rien. Et ça consistera en quoi?
- Il faudra trier les vidanges, mais d'abord des palettes de marchandise à contrôler.
- Oh...
- Mais pourquoi tu demandes toujours ça? T'aimes pas ça, le contrôle?
- J'adore trop. Ca me fait bander.
- Quoi?
- Non, rien, peu importe pour moi, hein. À demain.

14 juillet 2006

soyons tous des monomaniaques (1.0)

je tachycardise un peu

Disons que ce sont les vacances (tape dans tes mains et crie "ouaiiis") et que les nuits et les jours ressemblent à de jolies giboulées, que les radiateurs produisent des borborygmes effrayants. Disons qu'il faudrait que tout ça ne devienne pas juste un fichier intitulé juillet 2006 qui croupirait dans la partie "mes images" de mes documents. A propos de photo, vous n'en trouverez ici aucune de la première édition du festival Les Ardentes, qui s'est déroulée du 7 au 9 juillet parce que le vigile chargé d'inspecter mon sac n'a pas cru bon de contourner le règlement quand je lui disais qu'il pouvait dormir sur ses deux oreilles, que je n'encombrerais pas ma carte mémoire avec la physionomie de Sirkis et que les autres groupes n'en avaient probablement rien à fiche de se faire shooter par moi, que je pouvais leur demander si ça lui chantait. Disons qu'il n'allait pas risquer sa place.

13 juillet 2006

l'histoire sans fin

Dans Au bonheur des ogres de Pennac (que je viens de découvrir cinq ans après l'âge où certains élèves doivent le bouquiner pour le cours de français), à l'inspecteur stagiaire chargé de lui poser quelques questions de routine et qui lui demande si son boulot lui plaît, Benjamin Malaussène répond: " C'est comme tout. Beaucoup trop payé pour ce que je fais, mais pas assez pour ce que je m'emmerde "(1). Le problème - mais sans ça il n'y aurait pas le bouquin, alors bon - est que Benjamin Malaussène n'est pas un employé de grande surface ordinaire. D'une part pour une foule de raisons (sa fonction, son origine sociale... - Lisez le bouquin si ce n'est pas fait), d'autre part parce qu'il est auto-clairvoyant. Un employé de grande surface ordinaire aurait répondu catégoriquement que son travail lui déplaisait profondément, pauvre exploité qu'il était d'oeuvrer sans relâche pour servir au mieux le client et son patron. En vérité, je vous le dis, ils se trompent et la productivité des grands magasins doit atteindre des sommets pendant les grandes vacances, moment où les étudiants effectuent en trois heures et en se faisant engueuler ce que les employés à plein temps font en six heures. C'est épatant, parfois, la méthode Coué.

(1)PENNAC Daniel, Au bonheur des ogres, Gallimard, "folio", 1995, p.32.