Mode de communication entièrement gratuit dans sa phase la plus simple, le programme msn messenger permet à ses usagers de dialoguer et d'échanger des fichiers par écrans interposés, comme un système de chat élémentaire somme toute. Toutefois, une des particularités de msn messenger réside dans la possibilité de choisir véritablement ses contacts virtuels : pour entrer en discussion avec une personne, l'adresse de celle-ci - dont l'utilisateur A doit prendre connaissance, soit en lui demandant dans la vie réelle, soit en se la procurant par d'autres moyens, après tout ça ne me regarde pas - doit être ajoutée à la liste de contact de l'utilisateur A et la personne doit, parallèlement, accepter de recevoir l'utilisateur A dans sa propre liste. Le corollaire de ce phénomène est que si une personne décide d'entrer virtuellement en communication avec l'utilisateur A, ce dernier est tout à fait apte à refuser l'appel -soit qu'il ne connait pas la personne solliciteuse et n'a pas envie de faire connaissance, soit qu'il ne l'aime pas, soit...
Chaque utilisateur de msn messenger dispose donc d'un champ unique de contacts avec lesquels il peut interagir. Pour reconnaître les différentes unités de ce champ, le moyen de démarcation le plus simple est le pseudonyme (ou pseudo), auto-désignation variable par laquelle l'utilisateur A se positionne pour et par rapport à ses contacts.
Cette auto-désignation peut s'articuler de diverses façons: a) l'utilisateur peut choisir la sobriété et le commun, en utilisant son prénom ou un surnom connu de ses contacts en guise de pseudonyme, mais b) il peut également opter pour une redéfinition de soi, en prenant un surnom inconnu de tous et qu'il veut se voir attribuer "dans la vraie vie", en s'hyperbolisant, etc.
Le problème est que, vu la liberté du choix du pseudo, l'utilisateur A peut également écarter l'auto-désignation commune au profit de plus ou moins n'importe quoi (aphorismes célèbres, signes de ponctuation, symboles divers...). Le pseudonyme perd alors une part de sa fonction référentielle, n'étant plus le "reflet" de l'utilisateur A, le moyen de l'identifier, mais un simple indice de son état d'esprit, etc. Ce choix fausse en partie (au moins provisoirement) l'objectivité du champ des contacts de l'utilsateur A puisque les éléments permettant de le distinguer des autres unités sont écartés (évidemment, il faut nuancer cette affirmation selon les cas, le degré de référenciation ne comportant pas uniquement deux pôles opposés, mais une foule de postes intermédiaires).
Un autre cas intéressant - et où l'auto-discours prend une place prépondérante - est celui de l'accompagnement du pseudonyme par un élément de la vie (la vraie) de l'utilisateur A. Les réalisations sont innombrables selon le fait considéré (humeur, anecdote, événement modificateur, message personnel dédié à un utilisateur B ou à un groupe d'utilisateurs privilégiés, déclaration, rappel, diffusion d'information personnelle ou d'intérêt général, commémoration, dédicace solliciteuse ou de remerciement,...) et selon la manière (simple adjectif ou locution, phrase résumant l'élément, jeu de couleurs, de symboles, ...). Les enjeux, ici aussi, sont aussi multiples que variés (défoulement, phénomène de parade, prise de position, etc.).
Il peut subsister une part d'ambiguïté dans cet accompagnement privé, du fait du destinataire ou de la véritable teneur du message: l'obscurantisme peut également participer de l'enjeu, l'utilisateur A recherchant éventuellement à créer la curiosité de ses contacts et à provoquer une discussion, mais il s'agit alors d'un cas particulier.
En somme, le choix de tel ou tel pseudo témoigne de différentes stratégies, selon lesquelles l'utilisateur pourra - en gros résumé - se poser en moyen de bon fonctionnement du système ou en trublion éphémère (puisque, dans tous les cas, l'identification reste possible par différents moyens , mais une chose à la fois).