27 février 2006

never change a winning team

« Il me faut pas un riche, mais là je divorcerais ». Je détournai légèrement mon regard d’un livre engloutissant pour le poser en douceur sur la voix sirupeuse qui s’extirpait d’une dame que j’aurais pu désigner comme voisine si la travée centrale du bus ne nous avait séparés. Elle monologuait pour le sexagénaire à casquette qui partageait son siège. Elle tenait câlinement un cabas. Est-ce que j’y peux quelque chose si les passagers du bus sont clichés ?

Elle évoquait une amie, la dame. Une amie qui s’était entichée d’un écrivain. « Rien contre eux, ces originaux, mais faut bien vivre ». Comparatiste dans l’âme, elle lia l’affaire à celle impliquant une autre amie, qui avait épousé un musicien. C’était pas fameux, mais au moins, il cuisinait et il faisait un peu de ménage. Ca avait tenu dix ans, puis, ça c’était mal terminé. « Faut comprendre, on a la rage qui monte, comme de juste ». (C’est très bien comme de juste : je ne savais pas que ça existait, mais je tenterai de la replacer). Elle effectua alors un retour redondant sur le premier cas. A la place de son amie, elle n’hésiterait pas.

C’était drôle comme des gamines qui vont se renseigner sur le statut conjugal des mecs de leur classe auprès des amis de ceux-ci, prétextant s’enquérir de ce détail pour aider une copine amoureuse. C’était aussi un peu triste, comme un cirque.

22 février 2006

lenteur prolifique

Malgré toute la véhémence de mes propos à leur égard, les transports en commun sont un réel vivier d'inspiration. Un seul voyage brainstormé permet le dégagement inouï d'une foule de sujets de mémoire potentiels pour une multitude d'orientations (sociologie, anthropologie, criminologie, psychologie, philosophie, architecture et même littérature).

- Présence des personnes âgées aux heures de pointe. Etude Statistique, tenants et motifs.
- La dissimulation de l'alcoolisme. L'art oublié du déguisement.
- Les bus matinaux ou l'adieu à la joie.
- Sous les cités la plage. Appartements balnéaires et cités banlieusardes : essai d'urbanisation comparée.
- Le village hyper gris. Et si Jean Tousseul était né à Herstal ?
- Le téléphone portable dans les transports en commun : le paradoxe de la sociabilité.
- Trajectoire littéraire, sociale du chauffeur de bus (non, abandonnez celui-là).
- Lectures en TEC: le compromis vital.
- Absence de réseau au sein d'un réseau: la solitude du chauffeur de bus.
- La casquette à oreilles ou l'auto-exclusion.
- Portrait de la vieille au cabas en contemplatrice narquoise.

20 février 2006

notes de cours en mouvement

Un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi est un café sans toi.

Il faut apprendre à désapprendre pour ensuite reconstruire le déconstruit. La formule pourrait évidemment être simplifiée.

À travers le pastiche, on peut désormais s'interroger sur la possibilité (et la nécessité?), aujourd'hui, de poursuivre la déconstruction au niveau artistique.

Des petites déconstructions sont évidemment essentielles: la veille d'un examen, au moment de se plonger dans un texte ou, moins scolairement, à l'instant d'une rencontre, histoire de donner sa chance. Dans ces cas-là, un travail d'oubli est indispensable puisque lui seul (?) permet la retrouvaille de l'essence de l'élément, sa valeur épurée et pas inculquée.
Dans le cas du texte, c'est pareil. Mais faut pas oublier de reconstruire après, au moins un peu.

12 février 2006

Jeu de piste

Révolu ce temps béni où on te glissait dans la main, au détour d'un café ou de quelque sortie de cours, un flyer vite fait-mal fait qu'ornaient un vilain dessin, un numéro de téléphone et, pour celui qui n'aurait toujours pas compris, les deux mots free party qui te faisaient sourire, chiffonner le papier et le baquer dans la première poubelle.
C'était trop facile à repérer, même par des flics.
La nouvelle tendance est bien plus subtile. Pose-toi deux minutes et ouvre grand tes oreilles.

Ca commence par une 50cl pliée, posée peu importe où, mais c'est de là que tu pars (en suivant la direction indiquée par le côté ouvert).
Sur le chemin, plusieurs adjuvants, il y a les tags volants qui te rassurent (oui, tu es sur la bonne voie) et les 33cl posées debout, qui t'indiquent les rues à prendre si tu veux pas te planter.
Deux 33cl posées l'une à côté de l'autre sont synonymes de fin de piste. Il te suffit alors de compléter le numéro de téléphone méticuleusement plié entre les deux canettes et dont il manque le dernier chiffre par le nombre de 33cl de cara que tu auras croisées pendant ton périple (y compris les deux dernières; ne crois pas que certaines sont le fruit d'un égarement innocent: tous les buveurs de la marque sont dans le coup -maintenant, de là à savoir si tu veux les fréquenter, c'est toi qui suis la piste hein).
Bien sûr, il y a une cabine tout près. C'est de là et seulement de là que tu peux appeler (le correspondant n'accepte que les appels émanant de ce numéro).
Comme tu as mené à bien ta quête, le mec au bout du fil te donne les dernières informations pour gagner l'événement en question (s'il te donne "tape free party sur google" comme indication, tu peux éventuellement t'abstenir de t'y rendre).

À l'arrivée, vous risquez d'être deux ou trois en plus des organisateurs (et si le groupe électrogène saute, je te raconte pas l'ambiance), mais au moins, t'auras pas passé ton après-midi à rien foutre sur msn.

10 février 2006

panem et circenses

Amis romanistes et autres, ne loupez pas cette semaine l'intéressant divertissement proposé par Tanguy Habrand et cliquez donc ici (ou sur la photo, c'est selon).



Je me trouve désormais face à un problème dans la mesure où je ne sais plus trop comment combler ce post -la brièveté se justifie parfois; souvent même, mais à multiplier les articles, on en renvoie de meilleurs à l'archivage: donc, si c'est pour éclipser un post de la page principale, il me semble que la moindre des choses est que son remplaçant soit à la hauteur (en jetant un rapide coup d'oeil sur le post qui va plus ou moins disparaître, j'éprouve peu de regrets, tout à coup).
J'aurais pu éventuellement proposer quelques notes d'un très bon cru de La boîte à Saussure, feu (?) journal interne, qu'une condisciple a eu la bonne idée de partager, mais cela aurait contribué à alourdir la couleur romanistico-romaniste qui tend -malgré moi- à envahir cette page. Et puis, somme toute, on aurait bien ri, mais pas grâce à ma plume. Alors non.

07 février 2006

Dans les champs (contamination bucolique)

Dans le champ des paralittératures, je te donne Jean Ray, même pas Malpertuis, prends les Contes du Whisky ou la Ruelle Ténébreuse. Toi, tu répliques en souriant, tu glisses Beigbeder ("l'ensemble de l'oeuvre") pour la Littérature. Je l'avais prévu et te cite Comès, avec Silence (Mais j'imagine que ça aussi tu l'avais deviné). Comme on en est toujours à l'échauffement, tu attaques avec Lanzarote de Houellebecq. J'avais beau m'y être préparé, un frisson me parcourt l'échine et je crache par terre (répugné - y a même pas de doute, c'est inclassable ce truc, mais si on le dit). Je balbutie l'alliance Schuiten-Peeters, pour me reprendre (j'en oublie de pointer une production particulière). Ca aussi, tu le savais et relances Despentes, Teen spirit. J'applaudis posément (joli coup, bien qu'un peu académique) et quitte la BD en proposant Fredric Brown. Qui ? Fredric Brown, merde quoi. Là, tu dis que je m'en sortirai pas en balançant systématiquement tous les auteurs de science-fiction, parce que même si c'est sympa d'accord, ça reste paralittéraire pour la majorité et que Fredric Brown, tu connais pas et que j'ai cinq secondes pour trouver mieux, quatre... Alors je crie Le petit Nicolas (pourquoi je l'ai pas dit plus tôt?) de Sempé et Goscinny. Tu réponds que bravo, tu y aurais pas pensé. Et tu pâlis (au nom de Vancouver -ha, j'ai le suivant!) avant de bredouiller Thomas Gunzig et son Il y avait quelque chose... Je te coupe direct, t'es pas fou? Ah pas du tout, d'après toi, entre Gunzig et Beigbeder-Houellebecq, il y a quelque chose de filial. Bon, admettons (je te fais un cadeau, parce que je sais que tu as déjà perdu et qu'il n'y aura aucune conséquence. C'est du faux fair-play. Comme quand je dis que j'ai touché le ballon et que c'est corner alors qu'on mène cinq à zéro). Les nouvelles du grand possible de Thiry. Maintenant, c'est de nouveau toi qui rechignes. Tu râles que je vais quand même pas sortir tout mon cours de littérature belge et que, d'ailleurs, c'est dans le titre: c'est pas paralittéraire ça. Mais comme je viens de t'accorder l'égalisation sur Gunzig, t'as juste intérêt à la fermer, oui? Oui. Alors tu balances sans trop y croire Caroline Lamarche - Le jour du chien. Je ricane doucement: allez, réfléchis, si c'est chez Minuit, y a pas de doute possible, c'est littéraire sans dérive imaginable. Tu dis que non, t'es pas d'accord (ça m'aurait étonné) parce que d'une part c'est des nouvelles et, en plus, tu me demandes d'expliquer alors le cas Fuir. Calmement, je développe que non, là c'est une erreur due à la confiance aveugle en la contribution d'un auteur auparavant parfait, mais qu'on ne peut quand même pas douter de la sphère de production (je fais un petit effort sur moi-même, parce que, sur Fuir, mon avis est proche de celui que tu viens de sous-entendre).
Comme tu n'en mènes vraiment pas large, je porte le coup de grâce en murmurant La dame dans l'auto avec des lunettes noires et un fusil. Tu exploses que non, si je joue comme ça, tu aurais pu dire Vian depuis longtemps. Je dis que t'as eu tort de le passer, vu que j'ai accepté Gunzig, j'aurais pas refusé Vian.
Et comme tu te rassieds en poussant un vieux soupir, je te console en proposant une revanche demain.

06 février 2006

Théories et notes de lecture

Dans le bus, les mots se compliquent et le travail de réception du lecteur est perturbé.
Il se peut même que, happé par une réflexion piquante, ce dernier fasse fi du pacte instauré dès l'ouverture du livre pour laisser le flot des copassagers devenir centre du monde.

Le choix du livre de bus doit faire le fruit d'une réflexion poussée. Il faudrait pouvoir aboutir à la désignation du texte idéal: susceptible d'être interrompu, réclamant un investissement mineur, mais demeurant attractif et porteur d'information/de nouveauté.

- Ecrire, c'est donc à la fois dévoiler le monde et le proposer comme une tâche à la générosité du lecteur. C'est recourir à la conscience d'autrui pour se faire reconnaître comme essentiel à la totalité de l'être; c'est vouloir vivre cette essentialité par personnes interposées; mais comme d'autre part le monde réel ne se révèle qu'à l'action...
- Bah ouais, ta marraine pas besoin que ça soit la soeur de ta mère.
- ...mais comme d'autre part le monde réel ne se révèle qu'à l'action, comme on ne peut s'y sentir qu'en le dépassant pour le changer, l'univers du romancier manquerait d'épaisseur si on...
- Regarde, ma grand-mère c'est la marraine de Alison, hein.
- ...l'univers du romancier manquerait d'épaisseur si on ne le découvrait dans un mouvement pour le transcender. On l'a souvent remarqué: un objet, dans un récit, ne tire pas sa densité d'existence du nombre et de la longueur des descriptions qu'on y consacre, mais...
- Ca a rien à voir avec la soeur de ta mère. Ta marraine ca peut être ta grand-mère quoi.
- ...mais de la complexité de ses liens avec les différents personnages; il paraîtra d'autant plus réel qu'il sera plus souvent manié, pris et reposé, bref dépassé par les personnages vers leurs propres fins.
- QUI C'EST QUI AIME MATT POKORAAA???
- ...
- La dernière chanson elle est trop belle.
- (Jean-Paul Sartre, Qu'est-ce que la littérature?, page 67. Je reprendrai là. Ailleurs. Ici, ça devient intéressant.)
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Mais il y a tous ces trous dans le temps, ces absences. Il dirait qu'il n'a plus une très bonne mémoire. Mais il lui arrive encore fréquemment de citer par coeur un extrait d'un livre ou, s'il s'agit d'un passage relativement long, d'aller chercher l'ouvrage et de retrouver en quelques instants le fragment en question.
S'il est difficile de situer les choses dans le temps et dans l'espace, il est encore plus compliqué de le situer lui. Spectateur? Acteur? Et un acteur qui aurait joué quel rôle? Il répète plusieurs fois les mêmes histoires, mais certains détails changent, se contredisent.
(Francis Dannemark, Mémoires d'un ange maladroit)

04 février 2006

Foire Foireuse

(clic gauche sur l'image).
Mais très joli programme, de nouveau
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Stef dit :
coucouuuuuuuuu tu vas quels jours à la foire du livre??
denis dit :
Le 19. Tu y vas quand toi?
Stef dit :
Pas le 19!!!! c'était pour être sure de pas te croiser, merci !

captain kirk is calling you

- Oui, allo ?
- Salut, ça va ?
- Qui parle ?
- Ca fait plaisir, tiens.
- Ah ok, pardon… Ca fait un bail.
- Oui assez de temps pour que tu oublies le son de ma voix, hein! Donc, ça marche pour ce soir, disons vers 22h.
- C’est quoi comme soirée au juste ?
- Tu vois le concept café littéraire, un peu dans l’esprit Saint-Germain-des-Prés, on s’assied à une table et on risque de taper la discute avec un mec qui t’entretiendra de Kant ou de son dernier voyage au Tibet…
Putain, Denis ! Tu crois quoi ? C’est une soirée de merde avec de la techno pourrie et où on débourse trois euros cinquante pour un péket.
- il y a des possibilités de frictions ?
- C’est bien tenu, je trouve…
- Dommage.