28 septembre 2005

post-rock dummies



Lundi
La nuit du Soir à Bruxelles. Toujours Bruxelles. Sorte de pâle copie de New York pour ses trottoirs bigarrés. L'intérêt, en plus du bota', vient des sortes de brocantes de bouquins. Donc, là, le but du déplacement, sa finalité avouée et assumée, était un concert quasi gratuit, avec des groupes d'ici et là. Dans la salle, à 19h, il n'y a que très peu de monde et mon sac est sur la scène. On rit un peu, de loin, des jumeaux qui se sont vus redirigés vers les gradins. Le public est jeune et nous ne nous entendrons pas. Après 4heures, après m'être mangé la baguette du batteur de malibu stacy dans la gorge et après avoir fort songé à appliquer les conseils de soldout qui me proposaient de tuer mon ennemi, nous nous redirigeons vers le centre.

XXX

Mardi

Il fait pas chaud.
Fête de la communauté française oblige, les théâtres ouvrent leurs portes aux profanes (c'est-à-dire moi. Bien que "athé(âtr)e" conviendrait mieux, ici...) Les gens sont pédants. Dedans et autour. Cela ne devrait être qu'un loisir, un divertissement et c'est une institution. Je viens de comprendre la notion d'institutionnalisation et c'est vachement moche. Je réponds tout seul que c'est pareil chez les mauvais poètes, mais je n'ai jamais rien vu. J'ai la très nette impression de ne pas être là où on voudrait que je sois. Il y a une cuillère et de l'aluminium sur l'évier, dans les toilettes du café.

21 septembre 2005

rentrée

Je ne comprenais pas bien tout ce foin qu'on faisait des quarante bouquins censés constituer les lectures obligatoires de cette année.

D'abord, ils se plantaient complètement: là, il y en a déjà trente pour deux cours. Or, cette année, il y a au moins quatorze cours obligatoires. Ce sera donc plus. (- Bien sûr, pas quinze par cours. Les trente évoqués correspondent aux lectures obligatoires dans les cours de littérature. On ne va pas devoir se taper quinze ouvrages pour chaque cours de linguistique... Enfin, je crois... J'espère quoi. J'espère vraiment fort.)

Quoi qu'il en soit, je garde l'expression quarante livres par économie (plus ou moins quarante bouquins, on verra bien serait pénible à retaper), tout en précisant que le figement de la locution n'est pas complet et que le second terme peut commuter avec bouquins, romans, ouvrages etc. Même si "quarante livres" a de quoi effrayer un analphabète ou un historien, l'énonciation de cette sentence devrait se faire sur un ton enjoué (une sorte de synonyme de "oh, quarante bouquins! Chouette, on va pouvoir faire que ça ou presque!"). En tous les cas, dans la masse des quarante livres, on trouvera sans doute du très valable. Aucune raison de s'inquiéter donc. Jusqu'au moment où on retourne les bouquins en question et qu'on aperçoit leur valeur, sur un autocollant souvent placé de biais, à la va-vite, mais tellement signifiant. Là, je comprenais mieux le problème.

Sinon, vu que l'été est mort depuis hier, j'avais pensé en tirer les conclusions, un peu à la manière des chaînes de télévision musicales, sous forme de Top 10 ou Top 5...Mais, finalement, je me suis dit que classer des lectures, des musiques et surtout des moments, ça ne rimait pas à grand-chose.

18 septembre 2005

Bruxelles



Je viens de passer deux nuits dans une chambre illuminée par ce trophée. Je pense que ce mini trip (hommage à TG) peut donc se passer de commentaires.
(Bruxelles, c'est des cafés chers et des tours infinies, des voitures partout et des livres au kilo, les quatre nuits d'un rêveur et les plus hautes toiles de Wiertz, des boeufs musqués empaillés et les écouteurs gratuits au parlement européen...)

15 septembre 2005

TEC forever

Il faudrait peut-être calculer le temps que je passe dans le bus. Ou à l’attendre. Je finirai par croire que la finalité de mon existence est étroitement liée à ce moyen de transport. En fait, si on considère mes échecs en voiture comme des Signes Divins, tout s’arrange… Je donnerai en sacrifice le premier imbécile qui osera s’en moquer –c’est dit.

Il y avait une sorte de couple d’indigents. Un vieux, jouant les savants, bonnet posé sur la tête (une sorte d’hommage à feu Cousteau ?) et complet gris. Son compagnon est plus jeune. Il porte également un vieux costume. Mal rasé, air hagard et bouteille de blanc à la main. Il ressemble fort à Massimo Troisi, en fait.
Dans un premier temps, le vieux se renseigne auprès du chauffeur : il aimait bien un autre chauffeur, un jeune, qui roulait bien. Il est où lui? Vu la précision de la question, l’interlocuteur esquive : il n’en sait trop rien. Je pense qu’il s’agit peut-être de celui qui s’est tué la semaine passée, mais je le garde pour moi. Il ne doit pas avoir des masses de plaisir autant lui laisser l’espoir de revoir son conducteur préféré.

Dix minutes plus tard :
Le vieux : «Tu vois, ça, c’est un vieux château… »
L’autre : « ah…un vieux château… » (coup de blanc)
Silence.

La femme la plus laide du monde pénètre dans le véhicule.
Le silence se poursuit : une telle laideur, ça force le respect.

Après trois arrêts, nouveaux arrivants, je déplace le zoom. Des toxicomanes redescendent en ville et, vaguement, parlent de quelque embrouille et de besoin de méthadone. Ils se posent trop loin pour que je puisse vraiment comprendre.

De toutes façons, un nouveau personnage entre en scène. Grosse. Elle est là depuis quelques arrêts, mais les lumières la fixent seulement vers la mi-trajet. Elle surjoue. C’est un rôle assez dramatique : elle vient de se faire cambrioler (son lecteur dvd, sa télé avec écran plasma, sa chaîne hi-fi…). Ses serrures n’ont pas été forcées, il s’agit donc de quelqu’un de son entourage et elle sait qui c’est. Elle le crie fort. Pas à moi. À quelqu’un à l’autre bout du fil. D’ailleurs, lui, il est vraiment trop con d’avoir laissé traîner les clefs. Quant à l'autre ordure, si elle l'attrape... J’écourte parce qu’après ça devient vulgaire. C’est un peu comme si elle s’adressait à l’ensemble des voyageurs. Du coup, tout le monde l’écoute très attentivement (chacun avait quelque chose à raconter chez lui, en rentrant).

Déplacement de l'objectif. Deux ans que je ne l’avais plus vu et on se tombe dessus deux fois en deux semaines.
J’ai horreur des bus. Ma voiture est en réparation… »
Il s’essuie, chassant l’esprit de poix qui s’installe dans le creux d’une main propre agrippant un axe. Espérant que je le comprenne. Tout à fait.

XXX

Dans le bus du retour, rien de notable. Il y a juste une fille avec la coiffure de Cruella. Mais elle n’a pas de fume-cigarette et ne porte pas de manteau en dalmatien.

De toutes façons, j’ai beaucoup moins envie de lire ou d’écouter les gens. Alors tout le monde la ferme.

12 septembre 2005

Une aiguille dans une botte de foin



La cour des mineurs. Mon père y a kotté avec son frère, qui estimait avoir dessaoulé une fois parcourue la volée d’escalier qui mène à la maison. Moi, j’y passais les temps de midi de mes dernières années à l’école secondaire. On se faisait parfois foutre dehors… Deux junks, un bruit de cuillère…
- « Oh excusez-nous »
- « Euh… c’est rien »
- « Vous comprenez, on préfère faire ça ici…Dans la rue, avec les jeunes… »
- « Ouais, ouais…Bonne journée »
Demi-tour.

11 septembre 2005

la pire des soirées




Tu sais, sans rire, sans rien. Trop pleine de vide. Avec la plus sale musique et l’alcool qui veut pas fonctionner. Comme par hasard, c’est jamais celle qu’on n’organise pas, qui se fait en trois coups de fil et qu’on a vite choisi au détriment des heures seul à bouquiner qui semblaient couler de source. Non. Tu sais, la soirée qu’on attend, celle au cours de laquelle on se dit qu’il va encore se passer 1001 trucs dont on reparlera plus tard… Toujours celle-là qui foire.

À poser les yeux sur les gens qui la peuplent, on est pris de bouffées d'un désagréable orgueil qu’on voudrait ravaler. Mais qu’est ce qu’on fout ici au juste ? Pourquoi on reste? On les blaire pas, ces cons qui se marrent. D’ailleurs, ils font peine à voir, comme l’autre sur son trottoir. On se paye pas leur tête pourtant : ça, ce serait marrant… Non, on râle, juste… Et on est trois ou quatre à se morfondre. Toujours.

C’est d'autant plus moche que c’était la dernière…
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Julien dit:
dis-moi...
denis dit:
oui?
Julien dit:
ton post là, "la pire des soirées"...
Julien dit:
il sera sur le prochain album de Saez?

08 septembre 2005

humeur d'hiver

Je me pose dans le café qui est face à l’université.Je dis toujours que boire un verre dans ce bar est une activité d’étudiant désireux de se montrer sous un bon jour aux profs qui le peuplent - du coup, on n’y boit pas d’alcool.Bon, après, on rétorquera que je généralise, mais je maintiens que certains le fréquentent uniquement dans ce but.

Bref. Je m’y pose donc car je n’ai aucun adjuvant susceptible de m’indiquer l’heure.Il n’y a pas vraiment de rapport jusqu’ici.

Le truc, c’est que j’en ai relativement ras-le-bol des couloirs d’examens, surtout quand ils ne me concernent pas. Attendre quatre heures parmi quelques rongeurs d’ongles et des pauvres désespérés ne me tente guère. Je préfère tranquillement siroter un thé (on sait jamais, un prof pourrait passer…) en feuilletant l’anthologie des éditions Espace Nord (on sait jamais, un prof pourrait passer…) en espérant la sortie de mon analyseuse textuelle. J'ai adopté la posture de ceux que je dénoncais il y a deux paragraphes.

Avant ma pose, je me suis quand même promené un mini peu: la grand’rue est absente et des voiles ont recouvert les murs de la cité qui somnole encore, pelotée par les mains du soleil baladeur. Rien de transcendant, vraiment. Direction ce café, qui, à l'entrée, dégage une sorte de parfum d’avant-hier. Un directeur de troupe de théâtre, solennel mais ignorant complètement ce que « fichier pdf » peut signifier, y explique à une demoiselle qu’il est préférable de ne pas indiquer la date d’une représentation sur l’affiche –à cause des frais supplémentaires et des droits d’auteurs, vous comprenez. Un vieux me regarde en buvant un canada dry et un étudiant de l’année au-dessus lit ou prend des notes, un peu plus loin.

Le Delft, en vacances, est un havre de paix
Que seul le crâne chauve de Raxhon peut troubler.


L’anthologie parcourue est agréable comme tout. Les gens dehors sont bizarres, ils semblent se dépêcher vers un lieu commun (dans mon dos) avec un air de ne pas y toucher. Après deux heures seul à une table, je vais m’informer des évolutions des interrogatoires. Vu que cela n’avance pas et que j’ai un rendez-vous l’après-midi, je me casse.

Il est quatorze heures six et je ressors de la maison. À l’arrêt du bus, je traverse et m’assied –pour être à l’ombre et me donner une chance d’apercevoir le véhicule (du bon côté, je dois me fier uniquement à mon ouïe, un tournant m’empêchant de jouer les Sœur Anne). Je porte des lunettes de soleil inutiles puisque, dès le franchissement de mon seuil, un nuage s’est décidé à opaquer les généreux rayons d’un soleil avec lequel je suis brouillé depuis son absence du mois d’août. En fait, le temps, je préfère toujours celui qu’on n’a pas.

Puisque la journée commence comme ça, je râle sans discontinuer : je trouverai bien une foule de raisons pour me justifier.

04 septembre 2005

cinéma ou boîte à rails



Ne vaudrait-il pas mieux conserver entre ces villes leur distance, toutes ces gares, tous ces paysages qui les séparent?
Mais en plus des communications normales par lesquelles chacun pourrait se rendre de l'une à l'autre quand il voudrait, il y aurait un certain nombre de points de contact, de passages instantanés qui s'ouvriraient à certains moments déterminés par des lois que l'on ne parviendrait à connaître que peu à peu.
(Butor, la modification, 1957)

EA sous zantac

Il est une heure dix-huit et je saute sur mon lit, ce qui a pour malheureux effet de défoncer une nouvelle fois le sommier que je replie correctement et maintiens dans une position approximativement horizontale grâce à un baffle et trois bouquins. Il est une heure vingt-deux et je serre un peu les dents. Je pense une nouvelle fois à la composition de l’assistance de mon hypothétique enterrement dans trois semaines (on ne sait jamais, si tout cela s’aggrave…). Je finis toujours par apercevoir dans la foule le visage peu familier de l’un ou l’autre quidam qui serait là par obligation envers mes pauvres parents.C’est finalement assez lassant de toujours s’emporter sur les mêmes divagations, donc je m’en dégage rapidement. Mine de rien, il est déjà une heure trente-trois. Je prends Malpertuis, qui traîne sur le tabouret au rôle de table de nuit, et j'y tombe.