30 avril 2007

ni tourmentante ni tourmentée

Les Fragments d'un discours amoureux de Barthes ne comportent pas de petites joies: dans ces quatre-vingts entrées se cristallisent la déréliction érotique, le mal d'amant, la chute d'épris.

25 avril 2007

entrepreneurial

L'université, après quatre ans, n'est plus labyrinthique. Je comprendrais qu'elle l'ait été, mais, à dire vrai, je ne m'en souviens pas. Nous sommes au mois d'avril, vers la fin, et les bacheliers actualisent le vieux mythe du "vous n'êtes qu'un numéro" en recherchant sur des valves hypnotiques celui qu'on leur a imposé et qu'ils porteront le temps d'une cession ou le temps d'un été. Perdus devant cet amoncellement de chiffres enlacés à des salles dont ils ne retiennent pas les noms ("c'est où ça, encore?") et des professeurs qu'ils n'ont parfois jamais vus ("vais me faire déchirer à cuilà, suis pas allé au cours!"), ils soupirent en prévision des mois à venir. Des grimaces aussi, dans les dernières années, où les numéros ont majoritairement disparu, mais où le chiffre cent reste une obsession tétanisante. Après des heures à biffurer, il va falloir désormais reconstruire un peu, tout en continuant de retailler, et puis sérieusement veiller aux toutes petites choses, toutes toutes petites, comme oublier le premier a de Fayard.
(Je n'ai plus le nom de l'illustratrice)

Sur mon bureau le bouquin de l'année, je crois. Au vu du nombre de spécialistes qui y ont contribué et à considérer que chacun de ceux-ci le conseillera à cinq personnes différentes au moins, il y a des chances pour qu'il soit bien diffusé. Au vu de son contenu, cette diffusion est un devoir. (Je donnerai le nom prochainement: il y en a un autre, deux posts plus bas, qu'il faut lire aussi).

23 avril 2007

carambar (III)

Elle allait épouser un bon parti, qui, la veille des noces, est... parti.
(Sorry fans, but it's hard to be always on the top).

20 avril 2007

engagez-vous!

Le seul intérêt de l'agrégation, c'est, après une année déplorable, de pouvoir se targuer auprès de Français inconnus de son titre d'agrégé, qui, chez nos amis de l'hexagone, est porteur d'un puissant capital symbolique dans la mesure où il n'est obtenu que par l'élite reçue à un concours pour le moins exigeant. Positionnement cynique, on ne se refait pas.

Le petit livre rouge intitulé L'hypocrisie pédagogique de Laurent Demoulin (éditions Talus d'approche, 1999) ne se présente pas comme un discours scientifique dogmatique et c'est probablement sa force. Petit pamphlet dirigé contre l'idéologie d'une pédagogie contemporaine aussi aveugle qu'inefficace, d'une part, et celle véhiculée à l'âge d'or de l'autoritarisme professoral, d'autre part, le texte déconstruit ces deux systèmes en proposant une troisième alternative, sorte de "liberté conditionnelle de l'étudiant", que l'auteur sait utopique, mais qui gagnerait peut-être à être envisagée progressivement. Evidemment, huit ans plus tard, une actualisation du propos est nécessaire (les Di Rupo et Onckelinckx de l'époque ont passé le flambeau à des Arena et Simonet qui méritent également qu'on s'attarde à leur cas), mais le Décret Mission et sa couverture racoleuse sont toujours vantés par certains professeurs de l'agrégation... Et quand certains élèves tentent de s'insurger contre le vide et l'incohérence du discours professé au cours de cette année indispensable à la perspective d'une nomination future, la majorité de leurs condisciples, moutons abrutis d'admiration devant des maîtres dont la position suffit à les convaincre du bien-fondé de l'enseignement qu'ils ingurgitent, refusent de les suivre, convaincus de la légitimité des pages noircies par leurs idoles. L'opuscule de Laurent Demoulin devrait être glissé dans la poche de chaque étudiant en fin de parcours universitaire susceptible d'ouvrir sur l'enseignement. Et quand l'auteur semble regretter d'user quelquefois de l'ironie, "arme facile" selon ses dires, on est tenté de lui répondre, en citant Guitry, que ceux qui la craignent ne craignent que la raison.

18 avril 2007

l'épopée zutique - épisode 7: mon ami Rimbaud

« La plupart des anecdotes sur les frasques de Rimbaud doivent n’être acceptées que sous réserves. […] Ainsi, l’histoire du lait de Cabaner. Voici à peu près comment Rimbaud me racontait cela, pendant le séjour de quelques mois qu’il fit à Charleville – retour de Paris, en 1872 :
- C’est embêtant, j’ai maintenant une sale réputation à Paris. Causes : les blagues de camarades et aussi les miennes d’ailleurs. Je me suis amusé – c’était bête – de me faire passer pour un ignoble cochon. On m’a pris au mot. Ainsi, je raconte un jour que je suis entré dans la chambre de Cabaner absent, que j’ai découvert une tasse de lait apprêtée pour lui, que je me suis branlé dessus et que j’ai éjaculé dedans. On rigole, et puis on va raconter la chose comme vraie.»
(DELAHAYE Ernest, « Note sur Rimbaud », Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet ; extrait publié dans Le Bateau ivre, n°13, septembre 1954).

12 avril 2007

l'épopée zutique - épisode 6 : c'est pas gagné

Profession du père

Ernest Cabaner

Aubergiste - Ne reconnut son fils que tardivement.

Antoine Cros

Divers - Docteur en Droit : fut professeur, maître de pension, etc.

Gustave Pradelle

?

Henry Cros

Divers

André Gill

/ - Noble désargenté. Ne reconnut pas son fils.

Albert Mérat

Avocat - Se suicida pendant l’enfance de son fils.

Léon Valade

?

Charles Cros

Divers

Paul Verlaine

Militaire

Camille Pelletan

Journaliste et homme politique

Charles de Sivry

Rentier

Henri Mercier

Directeur d’une agence pour la vente des fonds de boulangerie

Michel de l’Hay

?

Arthur Rimbaud

Militaire - Quitta la famille pendant l’enfance de son fils

Jean Keck

?

09 avril 2007

neon bible

Arcade fire ne s'est pas contenté de sortir le meilleur album de l'année, le groupe garde un peu de talent pour ses performances, comme celle visible sur le site officiel (vous cliquez sur guns après) ou celle que je poste ici (dans un ascenseur, avant le récent concert à l'Olympia).

03 avril 2007

Le pavillon...

Cioran écrivait quelque part qu'il ne comprenait pas que la perspective d'avoir un biographe n'incitait personne à ne pas vivre. Plus sérieusement, il me semble que le risque de générer un métadiscours extérieur doit, de nos jours, freiner considérablement un certain nombre d'auteurs potentiels. Ce sentiment n'est pas neuf, mais il a refait surface à la lecture de The time of the Assassins de Henry Miller. Présenté comme un essai sur Rimbaud, le bouquin vise surtout à montrer comment la trajectoire de l'auteur est pleine de similitudes avec l'Ardennais. L'entreprise serait simplement risible si elle ne convoquait toute une série de fragments textuels auxquels Miller donne d'étranges significations, considérant, par exemple, que le dernier vers de Voyelles (— O l'Oméga, rayon violet de ses Yeux !) réfère à une première petite amoureuse de Rimbaud... Bien gentil tout ça! Elle ne s'appelerait pas Henrika, aussi ? ou Hortense ?
En fait l'exégèse se justifie surtout pour lutter contre un certain oubli. Si j'écris aujourd'hui un poème sur le mensonge inhérent à notre société et que j'y consacre un vers aux services publics d'information (je vois d'ici la gueule du poème, je ne le lirais pas si j'étais vous), le - bon - lecteur activera le contexte énonciatif et pourra y voir un écho éventuel à l'émission factice d'il y a quelques mois sur la Rtbf (du coup, il se sentira impliqué dans cette poésie et achètera mes bouquins, il n'y a pas de secret). Dans cent ans, pourvu que mon texte soit passé à la postérité et qu'il soit jugé digne d'être étudié, un critique devra réactiver cet environnement socio-historique pour permettre au lectorat de l'époque de goûter pleinement le sel du poème. Dans ce cas-là, oui, l'exégèse et le métadiscours sont légitimes. Je caricature à peine, les Évhémère méritent une balle. Des balles.