30 novembre 2006

erreur commise d'office

Quand je fais un clic droit sur le mot boucle, dans un fichier word, et que je choisis ensuite l'option "dictionnaire de synonymes", le fichier se ferme. C'est amusant, j'ai recommencé dix fois.

29 novembre 2006

début de semaine

Lundi : Je ne retiendrai de Polar que le côté dégueulasse de Miossec, qui n’est vraiment pas sympa de lui refourguer ses pires textes. Si je fais un effort, je pourrai aussi en garder le souvenir d’un type qui fait les introductions de chansons les plus longues et les moins amusantes du monde. Peter Van Poehl a l’air sympa, lui, et raconte deux ou trois trucs sur son pays natal suédois (dont le nouveau gouvernement local se fait fort de diffuser une image positive et moderne en envoyant d’ici 2011 un chalet typique sur la lune – s’il le dit, après tout). Il ne se souvient pas (ou ne veut pas se souvenir) qu’il a récemment collaboré avec Vincent Delerm et jette un regard désolé au spectateur qui lui demandait de jouer Marine. Après une dizaine de chansons folk reprises par le public qui fait joyeusement lalala, le garçon prend congé en sautillant. Des tiges sont érigées sur scène devant une assistance un rien interloquée (il s’agira de tubes fluorescents, mais les roadies ne l'expliquent pas tout de suite). Dominique A boucle la soirée en s’autorisant un set de plus d’une heure quarante (plus de quatre heures, si ça se trouve, mais il fallait reprendre le dernier train) durant lequel le brillant parolier oublie que ses albums sont plutôt classés dans les bacs « variété française » que « rock alternatif ». Presque explicitement désireux de concurrencer motorhead qui se produit dans la capitale le même soir, le chanteur et ses musiciens proposent un son aussi lourd que précis et font évoluer les morceaux des différents albums dans lesquels ils vont piocher pour composer une jolie prestation hétéroclite.
Mardi : On ne veut pas que Mélanie Laurent pleure et on ne veut pas non plus qu’elle reste trop longtemps à l’hôpital parce que l’anorexie ne lui va pas très bien (mais on ne veut pas non plus que ses amis l’enlèvent de force, ça ne fait pas très sérieux). C'est tout. J'avoue, en fait, c’était juste pour pouvoir mettre son visage sur cette page.

28 novembre 2006

le mot du jour

Goliard: clerc défroqué; celui qui délaisse la bure pour privilégier ses burnes.

26 novembre 2006

ces diplômés qui vous narguent

"Je constate que tu es devant ton ordi en ce magnifique dimanche de fin du monde. Le ciel est splendide: dégradés de couques cuites par Saint-Nicolas. Dans aucun apocalypse, à ma connaissance, on ne nous avait prédit des derniers jours aussi doux: près de 20 degrés fin novembre...
Passe néanmoins une bonne soirée, et à demain!"
"Les oiseaux de Hitchcock revisité par Al Gore"
ou
"20° en novembre, les hirondelles hésitent..."

24 novembre 2006

représentation par le consommé

il faudrait étudier des trajectoires de réception, je veux dire le parcours passif d'un individu : ce qu'il lit et écoute au fil des années et qui le définit. Bien sûr problématiser tout cela au niveau des enjeux et des positionnements que cela implique, distinguer les réceptions choisie et subie (et rediscuter donc la valeur de passivité : ex. choisir, à seize ans, de quitter blink-182 en se rendant compte qu'ils participent de la sphère de grande production)...

22 novembre 2006

Hommage à Le Chauve

Lors d'un cours sur l'écriture du fragment fondé particulièrement sur la pratique de Perec, la Professeur a eu l'excellente idée de nous faire visionner la vidéo d'une émission qu'Arte consacra a l'écrivain trop tôt disparu. Celle-ci mettait notamment en scène les proches du sujet occupés à vanter ses talents ou interprétant certains de ses textes. L'une des interventions provoqua une explosion de rires masculine pas forcément propice, mais bon. Sur l'écran, un très fin bonhomme chauve sapé comme un prince déclamait plus qu'emphatiquement une liste (décidémment) de l'Oulipien. Sur-le-champ, nous l'adoptâmes: il était des nôtres, il nous avait distrait, malgré lui, il avait ridiculisé toutes les postures mortifères et endeuillées des coparticipants, il était grand. Le lendemain, une condisciple nous apprit que le chauve était décédé la veille, le jour du visionnage (il y avait quelque chose de The Ring là-dedans). Elle avait oublié son nom. Aujourd'hui, plus d'un mois après, je me souviens du Chauve. En entrant "ami de perec chauve mort" sur le moteur de recherche google, je parviens à identifier Daniel Emilfork, que je regrette de ne pas connaître et sur le C.V. duquel figurent quand même Le casanova de Fellini et Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ.
Daniel Emilfork © François-Marie Banier

de la liste

Certains considèrent la liste comme une situation limitrophe entre le signe et la phrase. Benveniste la définit, très discutablement, comme "un lieu où le je s'exclut comme sujet de langue". Celui qui s'ennuie, comme un passe-temps susceptible de le condamner à l'internement psychiatrique. J'ai pas envie d'écrire une introduction, en fait...
Ex.: liste de listes: liste des meilleurs mots de la langue française; liste des personnes dont j'ai déjà désiré la mort; liste de forgeries superfétatoires; liste annuelle et ouverte des usagers des bus que j'emprunte; liste des baptisés qui n'ont pas obtenu le diplôme escompté ou qui ont traînaillé en route; liste des morceaux les moins écoutés de ma bibliothèque itunes; ; liste de regrets; liste d'objets inutiles dans une cuisine;liste des amis perdus; liste des idées révolutionnaires à ne pas oublier; liste de gens nés le même jour que moi; liste des lits dans lesquels j'ai dormi; leconte de liste (pardon); liste des prénoms les plus moches; liste des films les plus pourris que j'ai vus; liste de dates auxquelles j'associe un événement sans réfléchir; liste des gens que je ne voudrais pas être; liste des erreurs de Vandenborre qui coûtent des points; liste de raisons pour aimer à peu près tout le monde; liste de blogueurs parlant de la liste; liste de mots à intégrer dans une communication pour assurer une réception favorable; liste des vannes d'Eric Cartman sur les Juifs; liste d'objets utiles dans une cuisine mais ne figurant pas dans la mienne; liste des livres achetés que je n'ai jamais lus...

18 novembre 2006

l'épopée zutique: épisode 3 - André Gill

En 1880, huit ans après que le Cercle Zutique est mort, le célèbre caricaturiste André Gill fréquente le Cabaret des Assassins. Sur la facade de l'établissement, un passant écrit en vitesse "Là peint A. Gill", à quoi l'artiste réagit par ceci:

16 novembre 2006

coup d'oeil poché

La caissière numéro trois – ou plutôt la demoiselle sise à la caisse numéro trois – portait un petit badge blanc indiquant son prénom qui avait été tracé au feutre bleu il y avait déjà un petit moment au vu de l’illisibilité des lettres. Je déchiffrai quand même que c’était Catherine et Catherine avait l’air de mauvais poil, ne m’adressant pas le moindre sourire au moment de me facturer les trois paquets de nouilles produit blanc, les bouteilles de liebfraumilch et les quatre boîtes de bouffe pour chats que je lui présentais, se limitant à me rendre la monnaie sans un mot, désespérante de mauvaise volonté dans un sens, authentique remonteuse de moral dans l’autre (dans deux minutes, je l’aurais quitté le magasin, moi). Je ne risquai pas d’ "au revoir Catherine", embarquai mon petit sachet et, contre le vent, repris le chemin de la maison. Je parie que si ma tête avait été mise à prix et que mon visage s’était trouvé placardé en divers endroits publics, on n’aurait pas pu compter sur elle pour aider à ma localisation. Sacrée Catherine.L’eau chaude tombait sur moi comme des billes sablées. Les ruissellements prolongeaient la cascade du pommeau en courant sur mon bras, puis coulaient de mes doigts jusqu’au baquet troué d’où ils fuyaient vers les égouts, puis vers un fleuve, et tout le toutim. Vingt-cinq minutes contemplatives et une peau de raisin sec.

15 novembre 2006

métadiscours

Mes capacités d'informaticien sont ce qu'elles sont et les "options" infligées par blogger gênent mes yeux : ces libellés que vous vîtes m'ont bouffé deux heures de temps (organiser le blog a posteriori n'est ni facile ni amusant), mais ils surchargent le texte. Exit donc. Désolé si ça plaisait, mais le blogueur est un démiurge, ce qui implique le pouvoir grisant de détruire à l'envi les insignifiances qu'il a créées.
(edit: je suis un peu dur... Disons que je me contente de retirer toutes les séries factices).

13 novembre 2006

Mâchicoulis

S'émanciper de ses modèles suppose la reconnaissance de leur existence d'abord, de leur influence ensuite. L'auto-justification, à partir du moment où elle est trop souvent remise sur le tapis, peut mener à une remise en question totale (mais c'est une étape plus tardive, défendons-nous, protégeons tous les remparts, chauffons encore quelques litres d'huile).

(C'est un mot intéressant, mâchicoulis, ça fait très plasticine ou gribouillage, on dirait un terme du vocabulaire enfantin. Ca doit être voulu par les historiens.)

10 novembre 2006

Triptyque subjectif du 9 novembre 2006

Premier volet : Vincent Delerm, qui laisse peut-être une part de responsabilité à Madame sa mère au niveau de l’élaboration du set qu’il présente en concert – dixit lui-même – , mais dont la surcharismatique posture le ferait presque transpercer les trois baffles côté gauche, qui le cachent quand même un rien (moi, je me comprends). Quand ses textes, véritables work in progress, ne sont pas réaménagés, l’alchimie est complétée par l’un ou l’autre adjuvant soigneusement décalé (du déguisement kitsch aux projections intimistes), mais jamais tape-à-l’œil. On est juste content d'être là. Il est très bien, ce garçon.

Deuxième volet : Jean-Philippe Toussaint qui, à grands coups de citations de Freud, Starobinski, Bachelard et lui-même (...), entend faire entrer définitivement le geste le plus odieux de toute l’histoire du sport[1] dans la légende en lui octroyant une place au chaud dans l’écurie littéraire la plus pourvue en pouvoir symbolique de ces trente dernières années[2]. Si j’ai un peu de mal à comprendre le geste toussaintien au point de vue idéologique, je reconnais que le plaidoyer tient poétiquement la route… jusqu’au dernier paragraphe, où Toussaint oublie peut-être qu’il est susceptible d’avoir affaire à un public qui connaît Zénon d’Élée (ou bien Midam[3], le papa de Kid Paddle) et que la pirouette ne le fera pas vraiment rire, lui qui, après quelques feuillets porteurs d'une émotion et d'une tension presque palpables, ne s’attendait pas à une conclusion si « facile ». Si c’était à refaire et que tu me lis, Jean-Phi, je te suggère en toute amitié un titre cynique : L’homme assis dans le couloir II.

Troisième volet : Emilie Q. Les mots sont parfois dépassés par les actions. Nadja n’est qu’une surréaliste de pacotille, finalement.

[1] : à égalité avec celui de Conceiçao l’an passé. Dans mon titre, il est écrit subjectif.
[2]: cf. Collectif, Portrait d'Irène Lindon en Onc' Picsou nageant dans une piscine de biens symboliques, Liège, 2006.
[3]: qui n'était probablement pas le premier à récupérer le procédé du Grec, mais mon érudition est limitée - malgré la prétention que j'en tire.

08 novembre 2006

Perec appliqué

Actuellement en train de mener une enquête (faire une liste, donc) sur un corpus de cinquante romanistes. Question: quel est le top 3 des professeurs que vous ne supportez pas? Le premier reçoit 5 points, le deuxième 3 et le troisième 1. Le classement ne sera probablement jamais publié ici, mais, à l'heure qu'il est, des surprises aux attendus, on pourrait déjà tenter de comprendre les noms cités en fonction des résultats des examens[1], des éventuelles remarques en privé [2], de la fréquence des cours [3], du rapport titre/posture des évalués [4], de l'évaluation romaniste des autres filières [5]. Et dire qu'on se moquait de cette connaissance de Romain dont le système de "cotation des amis" lui avait valu d'être le sujet d'une émission de strip-tease.

[1] Ex.: En mettant un échec (mérité ou pas) ou une cote inférieure aux espérances de l'étudiant, le prof augmente ses chances de remporter le classement.
[2] Ex.: Vous voulez vraiment faire ces études? / Vous ne m'avez pas cité au mot près les travers de l'h....... et votre jupe est bien trop longue.

[3] Ex.: Deux heures d'affilée risquent plus d'énerver qu'une seule, idem pour trois entrevues par semaine.
[4] Ex.: Professeur/pote ou assistant/dieu.
[5] Ex.: Peu ou pas d'estime pour les historiens, reconnaissance des latinistes.

03 novembre 2006

Saint-Pholien

Le désert sédatif de la brocante me faisait presque oublier la perte progressive de sensation qui gagnait mes doigts. J’ai poussé la porte du Baudelaire. Plutôt heureux des dépenses du jour. Deux euros pour un livre et un tango, ça tenait d’une publicité pour les petits déjeuners du cinéma. Affalé contre la vitre, j’entrepris de croquer les négociants courageux, qui refusaient de baisser les prix, la négativité du mercure ne les incitant guère à discutailler pour le plaisir (du moins interprétai-je leurs gestes de cette manière).
Dans mon dos, accoudé au bar, un petit bonhomme descendait ce qui devait constituer sa dixième bière depuis son entrée dans le café, probablement coïncidente à l’ouverture de celui-ci. Médecin déchu, il m’avait un jour garanti que, moyennant deux chopes, il serait ravi de m’offrir un certificat à durée indéterminée. Il avait plongé la main dans la valisette noire en polypropylène dont il ne se sépare jamais (j’ignore si elle contient autre chose que son carnet et un tampon nominatif, peut-être des médocs périmés). J’avais souri, dit «non merci».

02 novembre 2006

facteurs de cohésion

Sur le trajet du retour, trois métaphysiciens d’âge moyen relativement flapis procédaient à l’évaluation de leur après-midi, qu’ils avaient entrepris de rendre arrosé et chantonnant. Le gel définitivement ancré dans la chevelure étrange de chacun et qui se reflétait sur les deux autres achevait le processus d’arrachement au réel que les blancs–cerise ingurgités avaient initié. Le plus volubile des gamins (ils devaient profiter du congé de Toussaint), monopolisant la parole tout au long du parcours, avança que, conne ou pas, elle passait bien, Virginie.

Il n’avait pas tort, à en juger par les acquiescements asthéniques de ses deux compères. Ou alors, ils voulaient simplement qu’il se taise, rien qu’un peu et plaçaient tout leur espoir dans un consentement éternel qui, pensaient-ils, lasserait l’orateur. L’un d’eux lui fit remarquer, à un moment, qu’il avait été pisser cinq fois sur une heure. Je cessai alors de minuter leur discours.
* *
*
Les jambes fléchies, la plante des pieds posée sur le bord du bureau, une nième monographie endormie sur les cuisses, je regardais évasivement la luminescence effacée des étoiles en plastique collées sur le plafond il y a un paquet d’années – je me souviens de « Distances » dans les Nouvelles du Grand Possible.

01 novembre 2006

"je vais bien, ne t'en fais pas"

- 200 -

Quitter la pièce. Raisonnablement, les escaliers. Mon portable vibre et, au décrochage, mon interlocuteur me salue et se présente : c’est K.L. Feu d’artifice d’intentions prêtées et je deviens tout blanc. Je n’ai rien envoyé au Fram, je n’ai rien envoyé au Fram. « J’ai bien reçu… ». Je n’avais pas appuyé sur envoyer, j’ai simplement copié-collé le contenu du mail dans un fichier txt, j’en suis certain, ce courriel n’a jamais été envoyé, il est prévu plus tard, je n’ai pas appuyé. « J’ai bien reçu votre demande de prêt interbibliothèques pour Critique de la raison dialectique ». Verrouillage oculaire. Le reste de la conversation, je l’entrecoupe de oui/non, je n’écoute plus vraiment, je reviens au monde, je reprends des couleurs – façon de dire. Le bouquin sera là lundi, je crois : j’en ai besoin pour pas grand-chose.