02 avril 2006

amstel, vélos et stroopwafels

Dans le train (oui, oui) qui me mène de Roermond à Nimègue, j’ai en théorie le temps de terminer au moins un bouquin et de sérieusement entamer un autre. Les strapontins, dont la présence est légitimée par le fait que je me tiens alors dans un compartiment pour cyclistes et il faut admettre que l’idée n’est pas mal, alliant confort et organisation, efficacité et espace, sont tous relevés, sauf celui que j’occupe. À Venlo embarque une demoiselle, disons carrément moche - mais c’est une constante là-bas donc passons -, qui va s’installer sans me demander mon avis à l’extrémité du compartiment, abaissant un des sièges, puis un deuxième pour y poser ses pieds. Elle enfouit ensuite ses écouteurs dans les oreilles, à leurs places respectives, toujours sans imaginer que son manège ne fait que ralentir ma lecture. L’insonorisation de l’appareil n’est pas parfaite puisque s’en échappe un grésillement un peu désagréable mais que je tolère en vertu d'un procédé social assez intéressant selon lequel l'entente entre deux êtres a de meilleures chances de fonctionner pourvu que chacun use de concessions. Je me replonge illico dans le texte, prêt à pardonner cette immixtion négligeable dans le cours de ma vie. Les minutes s’écoulent sans incident notable, mes pages se tournent et les morceaux se succèdent sur son lecteur mp3 (je peux discerner des variations de rythme, je pourrais même reconnaître les titres, mais je n’ai pas vraiment envie). Soudain, après une demi-heure de voyage commun, la jeune femme se met à accompagner vocalement les sons produits par son appareil. Je lui dis que hé ho ta gueule un peu, ce qu’elle n’entend pas avec les bouchons trop occupés à bousiller ses tympans. Elle les retire et comme elle m’interroge du regard je lui traduis ma demande (sorry jufrouw maar, als je zing, het is moeilijk te lezen) qu’elle assimile parfaitement et s’excuserait presque en hochant positivement la tête, serrant la bouche et gonflant un petit peu les joues. Je la console un peu d’un regard triste, après tout ce n’est pas sa faute, j’imagine, elle a été entraînée par les beats de quelque chanson r’n’b, ça peut arriver aux meilleurs. Je la laisse réintégrer son monde de mauvais garçons en nylon et de grosses voitures américaines, désireux d'utiliser au mieux les vingt minutes de trajet qu’il me reste. Alors, dans le compartiment voisin, un homme se met à beugler une déchirante complainte parsemée de baby. Je suis dans un train de futurs candidats à une émission de télé réalité ? Il y a un casting à Nimègue ? À 22heures ?

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