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26 janvier 2007

Préparer son retour

L'important de chaque départ est d'anticiper le retour, de l'organiser au mieux. Actualisons la maxime : avant de foutre le camp, je change les draps du lit ; j'ouvre le bouquin de Steve Murphy au chapitre intéressant et le place devant le pc ; devant le pc aussi, le dvd de Shining ; je dégage le sol d'un maximum d'encombrités ; j'aligne les marqueurs noirs devant le mur blanc ; je planque la coke (maman, si tu me lis, c'est pour rire) ; je vérifie que ma bouteille de fanta n'est pas pourvue d'un petit trou presque invisible qui aiderait à l'épanchement de son contenu dans mon sac et pour le coup c'est loupé parce qu'en effet c'est trempé ; je boucle ce post pour éponger le tout...

06 septembre 2006

Le retour 3

Les quatre premiers sièges à gauche du troisième wagon sont occupés par deux employés qui regagnent Liège après leur journée de travail. Ils discutent des filles qu'ils tentent péniblement de lever sur meetic et pèsent entre 200 et 250 kilos à eux deux. Pour l'une d'elle, qui habite Chimay, le moins gros serait capable de reprendre un train directement, dès qu'il arrive aux Guillemins. Il ne l'a jamais vue, mais il en est amoureux. Il y en a une autre avec qui il a chatté une fois et qui est passionnée de World of Warcraft : ils n'ont parlé que de ça pendant deux heures. Alors que la communauté imaginative s'étiole peu à peu, le plus gros revient vers une discussion qui concerne leur entreprise et, donc, vers des collègues qu'il visualisera absolument, sans devoir collecter des informations pour recomposer un portrait approximatif qui n'approchera de toutes façons pas le sujet original. Ils en viennent rapidement à plaindre ceux qui ont une famille et ne peuvent se permettre de jouer en réseau le week-end (le vendredi soir, c'est les meilleures parties).

Et tout leur discours apporte, malgré eux, de l'eau au moulin de certains buts de vie, qui se construisent par opposition, négativement, mais qui se construisent : le voeu de ne jamais devenir un héros de Houellebecq.

Pendant que je trace la conclusion au dos d'un formulaire cartonné de la KBR, ils se trouvent une nouvelle communauté, celle des armes qu'ils choisissent dans tel JDR. Une arbalète, une arme légère et une arme lourde. Mais ils n'utilisent jamais cette dernière.

23 août 2006

le retour 1

L'homme dans le bus dont je peux savoir (plus que deviner, plus encore que sentir qui ne serait ici à prendre que dans le sens olfactif et qui n'indiquerait pas la simultanéité de la perception et de la prise de conscience) la présence rien qu'en respirant quand je tends mon abonnement au chauffeur.

Les trente minutes d'attente du train. Je suis placé près d'une jolie blonde qui aura besoin d'aide pour monter ses trois sacs dans le véhicule, mais au moment où le wagon ouvre ses portes c'est une toxicomane qui me réquisitionne, implorant que je hisse sa poussette, qui contient sa fille.

La dame dans le train, qui appelle "mon frère" un Noir qui a porté sa valise. Elle s'assied à côté de moi, puis parle arabe et échange de place avec une enfant. (Je change aussi de place, mais discrètement, en feignant d'aller aux toilettes.)

Le jeune homme au polo rayé qui arrête sa marche pour ne pas passer devant l'objectif de l'appareil photo et que je laisse passer. Je le recroise dix minutes plus tard dans le jardin botanique. Il se lève d'un banc, lance un "hello" et me suit un peu.

Les bandes rouges et blanches soutenues par trois piquets, qui délimitent peut-être le contour d'un corps assassiné, sur la place sablée du jardin botanique où des enfants jouent avec des bois et les poubelles.


Le vieil homme sur le quai, qui porte une cage remplie de pigeons et, dans l'autre main, un bouquin immense qui est censé reprendre les horaires de tous les trains belges.