Le concert de Malibu Stacy, hier soir, à Visé, aurait pu être une réussite totale. En plus des sourires bien sympathiques d’ex-collégiennes, il m’aura permis de retrouver la fraîcheur du combo local qui, à cette occasion, avait décidé de faire découvrir ses nouvelles compositions au public de la cité de l’oie. J’en aurai aussi profité pour me rendre compte, non sans une certaine surprise indubitablement teintée d’une petite jalousie, des talents de T.M. derrière les platines d’Elektrash. Passé les hurlements poussifs d’une première partie décevante (et que je ne vais pas m’amuser à nommer pour lui laisser sa chance), Malibu Stacy a démontré une nouvelle fois sa capacité à enflammer une salle par le biais de chansons aussi simples qu’efficaces. Plus de deux ans après leur émergence remarquée (ma première rencontre avec le groupe date d’un set mémorable ouvrant une soirée durant laquelle les Visétois partageaient l’affiche avec The Cribs et les Kaiser Chiefs, qui ne vendaient pas tellement d’albums à l’époque – l’expérience s’est prolongée à plusieurs reprises, comme ici et là), le groupe a embarqué derrière lui une foule de (très) jeunes gens déchaînés, capables de reprendre à l’unisson les singles de leurs rockers belges préférés et de provoquer quelques frissons. Tout pour plaire cette soirée, donc. Et bien en fait non, pas tant que ça finalement, à cause de la situation visétoise de ce concert. La population présente, à quelques exceptions près, avait en effet tout d’un bal de rhéto du Collège (le seul, avec sa majuscule) : stagnant au milieu de cet univers rock auquel ils étaient absolument étrangers, une foule de petites métonymies sur pattes incarnaient à merveille l’idéologie de la capitale de la Basse-Meuse. Dans ces polos scapa frappés d’un éternel numéro trois et dans ces pulls arborant un sigle TH, qui, dans la conjoncture actuelle, rappelle plus un médiocre groupe allemand que la marque élitiste duquel il est l’emblème, se cristallisaient (malheureusement) à merveille les valeurs néo-libérales inhérentes à la plupart des électeurs de ce microcosme à l’esprit de clocher si développé. Dans les discussions surplombant, tout le concert durant, les mélodies du groupe occupant la scène, on retrouvait ce mélange légèrement antithétique (quoique) de suffisance et de vacuité, ces propos éternels et inexpérimentés sur la supériorité des HEC, tenus par des puceaux en la matière, fruits d’une détermination sanguine inversement proportionnelle – c’est un paradoxe, encore – à la bleuité du parti dont les affiches ornent les fenêtres de la maison paternelle. Je te hais, Visé, pour la façon dont tu incarnes trop parfaitement ces valeurs de productivité et de rentabilité cloisonnées, jusque dans tes salles de concert.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire